«Tout le monde sait qu’il y a des quotas dans le football, personne n’est dupe»

Par Sarah Nedjar (Bondy Blog)

Sur les bords des pelouses en Seine-Saint-Denis en fin de semaine dernière, jeunes joueurs et entraîneurs franciliens se disaient choqués par les révélations des Football Leaks, d'autres s'avouaient peu surpris.

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« Au début, je n’avais pas compris l’enquête. Je pensais que la polémique, c’était qu’il y avait trop de personnes colorées dans l’équipe. On se disait : “Eh ! si ce sont les meilleurs, normal qu’ils les recrutent !” Mais si le quota passe avant le talent, là oui, je suis en colère. » Daniel Peres, joueur vétéran et ancien dirigeant du club du FC Scudettos à Saint-Denis (93), rejette formellement l’idée de sélectionner des jeunes selon d’autres critères que leurs capacités physiques.

« Moi, si j’avais dix joueurs noirs dans mon équipe, si le onzième meilleur est noir, je n’ai aucun souci. Si je joue à onze joueurs blancs, pas de souci non plus. En fait on ne se pose même pas la question : tu es un garçon méritant, tu joues. Si on gagne des coupes, c’est parce qu’on part ensemble, comme à la guerre. »

L’enquête de Mediapart et d’« Envoyé spécial » a pourtant révélé qu’entre 2013 et 2018, le PSG a bien fiché des adolescents selon leur couleur de peau. C’est le non-recrutement en raison de son « origine » d’un jeune joueur noir très talentueux en 2014, Yann Gboho, 13 ans à l’époque, qui a provoqué un scandale en interne. Sauf que le club a enterré l’affaire et que cette politique discriminatoire a continué jusqu’au printemps 2018. 

Sur la pelouse du stade Marcel-Cerdan à Pantin, à deux rues d’Aubervilliers, alors que ses joueurs jouent sous la pluie contre ceux du Bourget Football Club, les révélations ne semblent pas surprendre le coach et président de l’Olympique Football Club de Pantin, Mohamed Id Said. « C’est vrai que ça dérange. On veut transmettre des valeurs de dépassement de soi, de travail acharné… mais il y a cette réalité derrière. En fait, tout le monde sait qu’il y a des quotas dans le football. Si tu es beur et que tu arrives une année où il y a déjà quatre, cinq Beurs dans l’équipe, c’est compliqué, voire impossible pour toi d’être sélectionné. C’est triste à dire, mais personne n’est dupe. »

Le coach et président de l’Olympique Football Club de Pantin, Mohamed Id Said. © Sarah Nedjar Le coach et président de l’Olympique Football Club de Pantin, Mohamed Id Said. © Sarah Nedjar

Pendant notre rencontre, l’entraîneur nous affirme que l’un de ses protégés est au même moment en train de négocier, avec ses parents, un contrat avec le PSG. Nous l’appellerons Thomas* pour préserver son identité. Le jeune joueur noir a 12 ans à peine. « Je suis sûr et certain que lui aussi a été fiché sur ces critères ethniques. Les négociations avec le PSG avaient commencé en plein milieu de la période durant laquelle ces pratiques ont été révélées », affirme Mohamed Id Said, désabusé.

À quelques mètres, Noam Piston, jeune joueur de l’Olympique Football Club de Pantin de 17 ans, arbore fièrement une doudoune estampillée PSG. « Cette histoire me choque. On voit les joueurs en symbiose, ils jouent tous ensemble, et ils gagnent ! Ils sont tous de couleurs différentes. Vous imaginez si des gens aussi doués ont été mis de côté à cause de leur couleur ? On va manquer des super joueurs et des super équipes. »

« On en parle beaucoup, c’est une pratique plutôt étrange, c’est pas ça le cœur du sport, renchérit Ibrahima Cisse, 18 ans, qui joue à Torcy et est venu voir ses copains jouer à Pantin. À partir du moment où on fait des compétitions, d’où viennent les parents des joueurs on s’en foutC’est dévalorisant d’être fiché dans tous les cas. Moi, je n’ai pas envie de me demander si on m’a pris pour mon talent ou pour satisfaire un quota ! » Et d’ajouter, en regardant ses camarades s’échauffer au bord du terrain : « Nous, on vient d’un milieu brassé culturellement, on ne s’est jamais posé la question. Mais plus j’évolue, plus je me rends compte que ça va être difficile. »

La Ligue des droits de l’homme a annoncé qu’elle portait plainte pour discrimination. Quant à la Fédération française de football, elle a dit vouloir saisir le Conseil national de l’éthique (CNE). Deux initiatives qui ne suffisent pas à apaiser le choc qu’ont subi les entraîneurs et leurs joueurs en apprenant la nouvelle. Mais Mohamed Id Said en est persuadé : selon lui, d’autres grands clubs français s’adonneraient aux mêmes pratiques.

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