Karachi: Takieddine mis en examen par le juge Van Ruymbeke, Sarkozy en danger

Par et

A l'issue de son audition, l'homme d'affaires a été mis en examen pour «complicité et recel d'abus de biens sociaux» dans le cadre du volet financier de l'affaire Karachi. Un nouveau témoin avait révélé aux policiers avoir eu connaissance de transferts de fonds opérés en espèces, depuis la Suisse, par Ziad Takieddine avec deux proches de Nicolas Sarkozy: Thierry Gaubert et Nicolas Bazire.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Il s'agit d'une très mauvaise nouvelle pour l'Elysée. A l'issue de plusieurs heures d'audition par le juge Renaud Van Ruymbeke, l'homme d'affaires Ziad Takieddine, dont Mediapart a dévoilé cet été l'étendue des liens avec l'entourage présidentiel, a été mis en examen, ce mercredi, pour «complicité et recel d'abus de biens sociaux» dans le cadre du volet financier de l'affaire Karachi. Il a également été placé sous contrôle judiciaire, lui interdisant de quitter le pays - son passeport lui a été retiré - et d'entrer en contact avec les autres protagonistes de l'affaire.

Le juge a également décidé d'une saisie des biens de sociétés appartenant à M. Takieddine (dont ce dernier dit ne pas être le détenteur), a assuré à l'Agence France-Presse (AFP) son avocat, Me Ludovic Landivaux.

Jeudi dernier, un nouveau témoin a révélé aux policiers de la Division nationale des investigations financières (Dnif) avoir eu connaissance de transports de fonds opérés au milieu des années 1990 par l'homme d'affaires franco-libanais avec deux proches de Nicolas Sarkozy : Thierry Gaubert, son ancien collaborateur à la mairie de Neuilly, au ministère du budget et au ministère de la communication ; et Nicolas Bazire, l'ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur à Matignon et témoin de mariage du chef de l'Etat avec Carla Bruni.

Ziad Takieddine, Thierry Gaubert et Dominique Desseigne © Photo Mediapart Ziad Takieddine, Thierry Gaubert et Dominique Desseigne © Photo Mediapart

Selon ce témoin, Thierry Gaubert a accompagné à plusieurs reprises M. Takieddine dans un établissement bancaire suisse pour y retirer des fonds, remis à Paris à Nicolas Bazire, qui occupait également les fonctions de directeur de campagne d'Edouard Balladur en 1995. Les espèces auraient été transportées dans de volumineuses valises.

Egalement entendue par les policiers, Nicola Takieddine, l'épouse du marchand d'armes, s'était longuement expliquée, le 30 août, sur le patrimoine et les relations politiques de son mari.

Les enquêtes financières conduites par le juge Van Ruymbeke convergent aujourd'hui pour désigner M. Takieddine comme un acteur central du financement occulte de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur. A partir de 2002 et jusqu'à 2009, l'homme d'affaires, proche de Claude Guéant, Brice Hortefeux, Jean-François Copé et Thierry Gaubert, s'est ensuite installé comme l'un des émissaires du clan Sarkozy auprès de plusieurs hauts dirigeants arabes.

Avec Brice Hortefeux. © (Mediapart) Avec Brice Hortefeux. © (Mediapart)
Selon les documents rassemblés par Mediapart, il a ainsi encaissé d'importantes commissions occultes de Total et du groupe Bull pour des marchés en Libye.

L'enquête du juge Van Ruymbeke, commencée il y a un an en marge des investigations de la justice sur l'attentat de Karachi, a d'ores et déjà pu établir que Ziad Takieddine avait été étrangement imposé par le gouvernement Balladur dans les négociations financières des marchés d'armement Agosta (la vente de sous-marins au Pakistan) et Sawari 2 (la vente de frégates à l'Arabie saoudite), signés fin 1994.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale

ACTUALISATION - Cet article, publié initialement dans la soirée du 13 septembre, a été actualisé le lendemain à la suite de la mise en examen de Ziad Takieddine par le juge Van Ruymbeke.

Le 10 juillet, Mediapart, s'appuyant sur des documents inédits, a commencé la publication d'une série d'articles consacrés à l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine.

Connu pour être le principal suspect du volet financier de l'affaire Karachi, et pour son rôle dans les ventes d'armes conclues par le gouvernement Balladur, M. Takieddine apparaît à travers notre enquête comme l'un des conseillers occultes du clan Sarkozy, et ce depuis 2002.

Réagissant à nos informations, plusieurs hauts responsables de la majorité, Claude Guéant, Brice Hortefeux et Jean-François Copé ont admis une relation personnelle, voire amicale, avec le marchand d'armes. Mais sans jamais expliquer les faveurs, ou la mansuétude, de l'Etat français à son égard.

Fiscalement domicilié en France, M. Takieddine, dont les seuls biens immobiliers sont évalués à près de 100 millions d'euros, est parvenu à ne pas y payer d'impôts ces dix dernières années. Questionnée par la justice, la DGSE a prétendu ne pas avoir connaissance de son activité depuis les années 1980.

Notre enquête a mis au jour ses missions d'émissaire secret en Arabie saoudite, en Libye et en Syrie, révélant la part d'ombre du chef de l'État et de son entourage. Des documents que nous avons publiés mettent aussi en cause les groupes Total et Bull, dans les paiements de commissions occultes à l'intermédiaire, pour des contrats pétroliers et d'électronique militaire.

Des analyses sur l'affaire Takieddine ont été publiées, sur Mediapart, par Edwy Plenel (lire ici) et François Bonnet (lire ici). Enfin, nous mettons au fur et à mesure de nos révélations les documents utilisés dans nos articles en libre accès sur FrenchLeaks.