François Hollande face à une gauche à reconstruire

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Le pouvoir a limité la casse lors de ces régionales, mais il est loin de pouvoir espérer endiguer à l’avenir le FN, qui engrange un nombre de voix historique lors du second tour. François Hollande doit désormais trancher entre les appels à réorienter à gauche, à accélérer vers la droite ou à ne rien changer.

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Le PS a évité la débâcle. Mais il n’a rien à fêter. Au second tour des élections régionales, il a limité la casse avec cinq nouvelles régions conquises, contre sept pour la droite – la Corse étant acquise par les indépendantistes. Mais, dans l’histoire de la Ve République, le nombre de votants pour le FN n’a jamais été aussi élevé, et la gauche, totalement rayée de la carte de plusieurs régions, est en lambeaux.

Sur le papier pourtant, François Hollande et Manuel Valls évitent la catastrophe électorale tant annoncée : les régionales ne pouvaient être que perdues (la gauche détenait 21 des 22 régions métropolitaines depuis 2010 – la réforme territoriale en a réduit le nombre à 13) et ils ont perdu tous les scrutins organisés depuis la présidentielle de 2012 (municipales, européennes et départementales). Avant les attentats du 13 novembre, l’hypothèse basse, qui paraissait la plus probable, ne donnait que trois régions au PS (Bretagne, la grande région Aquitaine et Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées). Avec en plus Centre-Val-de-Loire et Bourgogne-Franche-Comté, le parti au pouvoir, avec ses alliés écologistes et du Front de gauche, fait donc mieux que prévu.

Surtout, le parti d’extrême droite n’est parvenu à conquérir aucune région : en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en PACA, le retrait de la liste socialiste, demandé par l’Élysée et par Matignon, a permis à Xavier Bertrand (57,8 %) et à Christian Estrosi (54,8 %) de l’emporter avec une avance confortable. En “ACAL” (Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine), Florian Philippot est lui aussi battu, malgré le maintien du socialiste Jean-Pierre Masseret – désavoué par son parti et par le premier ministre Manuel Valls – qui retrouve son score de dimanche dernier (15,5 %).

Discours de Manuel Valls après le second tour, le 13 décembre 2015

Le premier ministre, qui avait renoncé à intervenir au soir du premier tour, avait fait le tour des radios et des télévisions tout au long de la semaine pour multiplier les appels au front républicain et à voter pour les candidats de droite là où le FN était en position de l’emporter. Dimanche soir, il s’est précipité pour s’en féliciter. Lors de son allocution, peu après 20 heures, Manuel Valls a d’abord salué « les électeurs qui ont répondu à l’appel très clair – celui de la gauche – à faire barrage à l’extrême droite, qui n’obtient, ce soir, aucune région. (...) Là, comme partout ailleurs, cet élan très digne est une injonction à en finir avec les petits jeux politiciens, les invectives, les sectarismes. Les responsables politiques de tous bords doivent pouvoir, quand c’est nécessaire, construire ensemble ».

Le premier ministre a également salué le sursaut de mobilisation au second tour : 58,5 % des électeurs sont allés voter dimanche, contre 50 % au premier tour. « Les Français ont montré qu’ils voulaient voter. Et que l’idée, défendue par certains de reporter les élections à cause des attentats, était une très mauvaise idée », se félicite également un proche de François Hollande.

Mais au-delà de ces quelques sources de satisfaction, l’exécutif est face à un véritable casse-tête, avec un Front national qui n’a jamais été aussi fort (lire l’article de Marine Turchi). Le parti d’extrême droite, en tête du premier tour, est même parvenu à recruter de nouveaux électeurs au second. « Ce n’est pas une bonne nouvelle, surtout dans les zones rurales. Il va nous falloir répondre à ces inquiétudes », indique un conseiller ministériel. Dimanche soir, l’Élysée, Matignon et le PS se gardaient d’ailleurs de tout triomphalisme – d’autant plus que la perte de l’Île-de-France, même de peu (deux points séparent Valérie Pécresse et Claude Bartolone), est un véritable revers sur le plan politique et symbolique.

« Ce soir : aucun soulagement, aucun triomphalisme. Le danger de l’extrême droite n’est pas écarté. Loin de là. Je n’oublie pas les résultats du premier tour et des élections passées », a souligné Manuel Valls. Même tonalité du côté de Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS : « Pour le Parti socialiste, ces résultats constituent un succès sans joie. » « Ce soir personne ne doit triompher. Chacun doit prendre la mesure du chemin qu'il reste à parcourir pour reconquérir nos concitoyens qui se sont tournés vers le FN », a également souligné Didier Guillaume, président du groupe PS au Sénat, un proche de François Hollande.

Le président de la République sait que le paysage politique est désormais divisé en trois blocs. Et que les scores du FN rendent très vraisemblable la présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Au vu des résultats des élections intermédiaires depuis 2012, sa propre qualification, elle, est très incertaine. Le total gauche des régionales est très faible : au second tour, les listes emmenées par le PS chutent à 29 %, contre 46,40 % lors du précédent scrutin en 2010. Dans certains territoires, le PS a purement et simplement disparu.

François Hollande, qui consulte à tout-va pour construire sa réponse politique – il s’exprimera au plus tard devant les Français lors des vœux du 31 décembre –, va devoir trancher entre trois options : celle, incarnée par son premier ministre, Manuel Valls, d’un rassemblement de la gauche et du centre-droit autour de la République (et passant outre les divergences sur la politique économique et sociale), celle demandée par le Front de gauche, les écologistes et une partie du PS d’une inflexion à gauche de sa politique, et celle de ne pas trancher entre les deux premières, en tentant, comme il en est coutumier, une synthèse pour tenter d’incarner la posture de père de la Nation raisonnable et apaisé qu’il affectionne.

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