Patrick Stefanini, le ministre de l’immigration de l’ombre

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Patrick Stefanini résiste aux remaniements. N'étant pas ministre, ne l'ayant jamais été, ce haut fonctionnaire tout-puissant sous l'ère Juppé a conçu et fabriqué le ministère le plus controversé du gouvernement, celui de l'immigration et de l'identité nationale. Il en reste le secrétaire général... et en tire les ficelles alors que l'ancien socialiste Éric Besson succède ce jeudi 15 janvier à Brice Hortefeux. Portrait.

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Certes, Éric Besson succède à Brice Hortefeux à la tête du controversé ministère de l'immigration et de l'identité nationale. Mais c'est ailleurs qu'il faut chercher l'homme fort du ministère. Celui qui tire les ficelles depuis plusieurs mois n'est autre que le secrétaire général de cette administration créée ex-nihilo, Patrick Stefanini. Cet homme glaçant de 55 ans, dont les «proches» disent qu'il n'est pas aussi rigide qu'il en a l'air, connaît la machine sur le bout des doigts. Et pour cause, il l'a conçue et fabriquée de toutes pièces.

 

Lors de la conférence de presse de Brice Hortefeux, le 13 janvier 2009.

 

Ce n'est pas un hasard si ce spécialiste des arcanes du RPR, pour en avoir été lui-même l'un des piliers, est nommé à la tête du Comité interministériel de contrôle de l'immigration en mai 2005. À l'aise en meccanos, cet énarque entré sur le tard au Conseil d'État (1998) est chargé de repenser, au profit de Nicolas Sarkozy alors ministre de l'intérieur, la politique migratoire française et sa recomposition. Quand Brice Hortefeux est nommé au poste de ministre de l'immigration et de l'identité nationale, en mai 2007, il assure sa formation (technique) et garantit la continuité avec son prédécesseur. En janvier 2008, il prend logiquement les rênes de sa «chose». C'est d'ailleurs depuis ce poste de secrétaire général du ministère qu'il devrait s'assurer qu'Éric Besson suit la voie tracée de l'immigration «choisie».

 

«Stefanini, c'est l'homme à abattre, indique un responsable associatif. Il est le vrai et unique ministre de l'immigration. Il ne délègue rien et décide de tout, du budget aux nominations en passant par les décrets. Voilà comment il tient les uns et les autres. Sa carrière politique a échoué, mais en ce sens il reste un redoutable politique.»

 

Quelque 600 fonctionnaires pour un budget de 500 à 600 millions d'euros: la création en quelques mois d'une nouvelle administration ne s'est pas faite sans heurts. Des batailles pour imposer son périmètre, par exemple pour ramener dans son giron l'asile politique, au quai d'Orsay depuis 1952, de même qu'une partie du contrôle de la police de l'air et des frontières, lié au ministère de l'intérieur.

 

Des batailles pour le réorganiser avec la mise en place de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en remplacement de l'agence d'accueil des étrangers et des migrants (ANAEM) et d'une partie de l'agence pour la cohésion sociale et l'égalité des chances (ACSE). Il n'a pas laissé que des bons souvenirs auprès des fonctionnaires de l'ex-direction de la population et des migrations (DPM), passés des affaires sociales à l'immigration.

Des batailles, aussi, pour justifier la localisation du ministère, rue de Grenelle à Paris, un site jugé trop onéreux par certains parlementaires y compris de droite.

 

Brice Hortefeux, lors de sa dernière conférence de presse en tant que ministre de l'immigration.

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Encore le choix du pas de côté. Alors que tous les projecteurs sont braqués sur Éric Besson, Brice Hortefeux, Xavier Bertrand et quelques autres, j'ai voulu mettre en lumière le grand manitou du ministère de l'immigration et de l'identité nationale, Patrick Stefanini.