Un ex-responsable FN dénonce les attaques «antisémites» et «homophobes» subies

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Débarqué du FN après avoir divulgué la vidéo des insultes racistes du numéro 2 du Front national de la jeunesse (FNJ), l’ex-président d’un collectif frontiste dénonce la « chasse aux sorcières » dont il a été victime. À Mediapart, Daniel Auguste affirme aussi avoir été lui-même « harcelé » par ce responsable frontiste, à coups de remarques « xénophobes », « antisémites », « homophobes ».

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« La première question, c’était : “qui a balancé ?” » Ancien président du syndicat des étudiants du FN, Daniel Auguste ne décolère pas de l’attitude de son parti, qui l’a mis à la porte après avoir découvert qu’il avait divulgué dans la presse la vidéo où l’on voit le numéro deux du Front national de la jeunesse (FNJ) tenir des propos racistes. Dans un entretien à Mediapart, il dénonce la « chasse aux sorcières » dont il a été victime, et raconte aussi le « harcèlement » qu’il dit avoir subi de la part de ce même responsable, à coups de remarques « xénophobes », « antisémites », « homophobes ».

L’affaire avait secoué le Front national à l’occasion de son grand congrès à Lille, en mars. Le 10 mars, une vidéo est postée d’un compte anonyme sur Twitter. On y voit Davy Rodriguez, numéro 2 du FNJ et assistant parlementaire de Sébastien Chenu et Marine Le Pen, insulter le vigile d'un bar lillois. « Sale Africain », « singe », « espèce de nègre de merde », lui aurait-il lancé, d’après l’enquête de BuzzFeed, qui publie alors plusieurs témoignages. Le Front national soutient d’abord Davy Rodriguez, qui dénonce « un montage », puis, face à la polémique, le suspend. Le parquet de Lille ouvre une enquête après le dépôt de plainte du vigile. Le 13 mars, Rodriguez démissionne et publie un communiqué ambigu, dans lequel il n'infirme ni ne confirme avoir tenu des propos racistes.

Mais au Front national, l’affaire ne s’est pas arrêtée là. Quelques jours plus tard, la direction du parti apprend qui a fait fuiter la vidéo : Daniel Auguste, le président du collectif des étudiants du FN, « Marianne ». Le jeune homme de 23 ans explique aujourd'hui qu’un « deal » avait été passé avec le Front national par l’intermédiaire du président du FNJ, Jordan Bardella : Daniel Auguste acceptait de démissionner sans fracas et le parti ne révélait pas qu’il avait divulgué la vidéo. « Ne fais aucune [annonce] publique », lui a demandé le président du FNJ, le 15 mars, d'après un échange de SMS que Mediapart s'est procuré. Le 6 mai, son nom sort dans le Journal du dimanche. Il se plaint auprès de Jordan Bardella : « On s’était mis d’accord : je disais rien, aucune déclaration et vous non plus. »

Daniel Auguste déplore aujourd’hui qu’au FN, on soit plus virulent avec celui qui dénonce des propos racistes qu’avec celui qui les tient. Il dit aussi avoir dévoilé cette vidéo parce que le numéro deux du FNJ l’aurait lui-même « humilié » pendant « presque un an », stigmatisant notamment son « origine » et sa « religion ». C’est ce qu’il avait confié à Mediapart sous couvert d’anonymat le 10 mars. C’est aussi ce qu’il avait écrit cinq jours plus tard à Jordan Bardella dans un SMS : « Je l’ai publié non par rivalité mais parce qu’il m’a constamment humilié. En me traitant de petite pute juive d’Aliot, d’homosexuel de merde, de basané, de crépu, tout ça je l’ai accepté pendant des mois et des mois sous couvert de son humour de merde [...] J’ai énormément souffert à cause de lui. » Il explique à Mediapart qu'il était « impossible de dénoncer » ces propos, « parce que cela veut dire assumer publiquement ».

Daniel Auguste lors de notre entretien, le 7 mai. © M.T. / Mediapart Daniel Auguste lors de notre entretien, le 7 mai. © M.T. / Mediapart

Sollicités, le vice-président du FN, Steeve Briois, Jordan Bardella et Davy Rodriguez n'ont pas donné suite. Le député Louis Aliot a, lui, évoqué une « vengeance personnelle » de Daniel Auguste (lire notre « Boîte noire »). D'anciens frontistes ont pourtant déjà apporté des témoignages similaires (exemples ici et  et )En décembre 2016, le numéro deux du collectif Marianne, Guillaume Laroze, avait lui aussi démissionné en dénonçant les insultes subies au sein d'un parti où il est plus « aisé d’être conservateur et militant de la “Manif pour tous ” » « gauchiste islamisé infiltré » (sic), « parasite LGBT », « déchet pédérastique », « sodomite ». « L’amnistie systématique de certains dérapages ou les œillères à ce sujet sont insoutenables. Le jeune homo que je suis l’a très mal vécu »avait-il expliqué sur Facebook et Twitter.

À Mediapart, Daniel Auguste a accepté de raconter son parcours au Front national, de son arrivée fin 2015 en provenance de l’UMP (il fut l'éphémère responsable des « Jeunes avec Juppé » dans le XIIIe arrondissement parisien) à sa démission contrainte en mars.

Mediapart : La vidéo montrant Davy Rodriguez a été tournée le 9 mars devant un bar lillois, en marge du congrès du FN. Quelle est l’origine de cette affaire ?

Daniel Auguste : C’est un jeune militant du Sud qui filme – moi je n'étais pas présent – et me montre la vidéo le lendemain. Je lui dis que je vais l’envoyer à la hiérarchie. Un secrétaire départemental du FN m’écrit qu'« il y a quelque chose à faire, mais faut faire ça rapide ». Il me dit que « pour le griller totalement il faut l’envoyer à la presse ». Il me convainc, il m’aide à créer un faux compte sur Twitter pour envoyer la vidéo à des journalistes.

En interne, comment cela se passe-t-il lorsque la vidéo sort dans la presse, en plein congrès ?

La première réaction a été de crier au « fake », au « complot », et de protéger Davy (Rodriguez), puis de rechercher celui qui avait « trahi ». La première question, ce n'est pas « mon dieu qu’est-ce qu’il a dit ? », mais « qui a balancé ? » Le Front national a fait preuve d’un zèle démesuré pour le défendre et chercher le « traître », ils ont fait la chasse aux sorcières. J’aurais aimé voir le même acharnement dans ladite « dédiabolisation » du parti. Au bout d’un moment, ce n’était plus possible de nier, donc ils ont dit qu'ils allaient écarter Davy en attendant la réunion d’une probable commission de discipline… Mais si ses propos n’avaient pas été rendus publics, ils l'auraient gardé. C’est là où j’ai découvert le Front national. La réaction du directeur de cabinet de Marine Le Pen, Nicolas Lesage, est d'ailleurs symptomatique. Dès la publication de la vidéo sur Twitter, je lui signale et il me répond qu'elle « n’est pas très valorisante mais pas très claire non plus ni compromettante non plus », puis il s'inquiète juste de savoir si « un buzz a pris à ce sujet ».

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Mediapart avait eu plusieurs échanges avec Daniel Auguste au mois de mars, lors de la publication sur Twitter de la vidéo. Après que son nom a été révélé dans la presse, le 6 mai, il a estimé que le « deal » qu'il avait avec le Front national « ne tenait plus ». Il a accepté de s'exprimer à visage découvert et de raconter son parcours et ses années au Front national. L'entretien a eu lieu le 7 mai, il a duré près de deux heures et a été enregistré avec son accord. À l'appui de ses déclarations, il nous a fourni une série d'échanges SMS et sa plainte, déposée le 9 mai. Après l'entretien, il nous a apporté plusieurs précisions.

Sollicités, le vice-président du FN, Steeve Briois, le président du FNJ, Jordan Bardella, et Davy Rodriguez, n'ont pas souhaité répondre à nos questions. Le député Louis Aliot nous a rétorqué ne pas vouloir répondre aux « éboueurs de l’information, des ragots et des fonds de cuves ». S'agissant des « saluts romains » dans les soirées FNJ, il ajoute : « Si Daniel [Auguste] m’avait dit ça, il sait très bien que je serais intervenu immédiatement pour les virer du Front avec l’approbation de Marine. Après toutes ces querelles, Je crains qu’il ne s’agisse que d’une vengeance personnelle. »