Virgin Megastore : la fin d’une époque

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Les magasins Virgin ont été placés en redressement judiciaire lundi dernier. Une décision qui sanctionne à la fois la mauvaise gestion de leur propriétaire, Walter Butler, et les bouleversements de l’économie de la culture. Les salariés risquent de devoir bientôt méditer une des maximes préférées de Richard Branson, fondateur de la marque Virgin : « Débrouillez-vous par vous-même. »

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« Penser oui et pas non », « mettez-vous au défi », « débrouillez-vous par vous-même »… Les salariés de Virgin Megastore vont probablement devoir méditer ces grandes leçons de vie extraites de l’autobiographie du fondateur de la marque Virgin, Richard Branson, intitulée Ma petite philosophie connaît pas la crise.

Eux, contrairement au milliardaire britannique, vivent en effet une crise : une crise de management et de stratégie, elle-même inscrite dans un bouleversement plus général de l’économie de la culture, qui fragilise l’enseigne détenue par le fonds d’investissement Butler Capital Partners (BCP).

Le tribunal de commerce de Paris a examiné lundi dernier, 14 janvier, le dossier de cessation de paiement déposé par le distributeur de biens culturels Virgin. L’enseigne a été placée en redressement judiciaire et un administrateur a été nommé pour une période de quatre mois. Si la liquidation judiciaire, qui aurait signifié la mort de l’entreprise, n’a pas été prononcée, les mille salariés que compte Virgin en France ont plus que du souci à se faire. Leur disparition pourrait bien être seulement différée puisque le dépôt de bilan de l’entreprise sanctionne autant la mauvaise gestion du financier Walter Butler qu’elle incarne la fin d’une époque : celle des mégastores.

Un phénomène qui ne touche pas seulement la France, puisque, le lendemain de cette décision du tribunal de commerce de Paris, de l’autre côté de la Manche, la marque mythique HMW a également été placée en redressement judiciaire, faisant craindre la disparition de la dernière chaîne de magasins de disques en Grande-Bretagne, avec 4 000 suppressions d’emplois à la clef.

Walter Butler, propriétaire à 74 % des magasins Virgin, les avait rachetés à Lagardère en 2008. À la tête du fonds d’investissement Butler Capital Partners (BCP), cet ancien inspecteur des finances et ancien banquier d’affaires chez Goldman Sachs, s’est spécialisé dans la reprise à bas prix de groupes en difficulté.

En 2005, il avait ainsi racheté à l’État près de 38 % de la SNCM, Société nationale Corse-Méditerranée, avant de quintupler sa mise en revendant ses parts, payées 13 millions d’euros, pour 73 millions à Veolia Transport en décembre 2008. Une pirouette permise par l’injection massive de fonds publics dans la compagnie de transports maritimes (voir l’article de Philippe Riès à ce sujet).

Sa méthode de cost killer lui a permis de remettre sur pied quelques entreprises revendues ensuite à bon prix, comme France Champignon, cédée en 2010 à Bonduelle. Mais lorsque le « retournement » d’une entreprise en difficulté en structure florissante lui semble impossible, même en taillant drastiquement dans les coûts et les effectifs, Walter Butler n’hésite pas à laisser tomber, comme cela avait été le cas pour la Sernam, et ce quelles qu’en soient les conséquences sociales.

Il est donc peu probable que Walter Butler se démène pour conserver Virgin Megastore, d’autant que ce dépôt de bilan lui laisse quand même quelques jolies perspectives de rentrée d’argent frais. D’après le JDD, l’homme est propriétaire d’une licence perpétuelle sur le célèbre logo rouge et blanc, estimée à 20 millions d’euros, auxquels il faudrait ajouter le bail du Megastore des Champs-Élysées pour 20 millions d’euros, des autres magasins Virgin pour 20 millions également, et une trésorerie de 35 millions d’euros.

Ce qui expliquerait notamment l’intérêt, annoncé par le journal dominical, du spécialiste des loisirs créatifs Cultura pour une reprise, totale ou partielle, des magasins Virgin.

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Retrouvez aussi le reportage audio réalisé par l'émission Les Pieds sur terre, sur France Culture. Virgin, paroles de gilets rouges.