Football: les manœuvres offshore du repreneur du club de Lille

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Spéculation sur des joueurs mineurs, acquisition du Losc via une coquille aux îles Vierges, sociétés-écrans au Panama et à Hong Kong, soupçons de blanchiment : Mediapart, France 3 et Mediacités ont enquêté sur les méthodes troubles du financier luxembourgeois Gérard Lopez, en passe de racheter le club de football lillois.

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Gérard Lopez touche enfin au but. Après avoir vainement tenté, depuis cinq ans, de racheter de grands clubs (dont Lens et l’OM), il est sur le point de prendre le contrôle du Losc. Ce financier hispano-luxembourgeois de 45 ans, qui a fait fortune dans le capital-risque, a livré de maigres informations sur sa reprise du club lillois vendredi, lors d’une conférence de presse avec l’actuel actionnaire majoritaire, Michel Seydoux. « Je n'ai pas trouvé un successeur, j'ai trouvé un ami », a lancé Seydoux. « Le nouveau pilote est vraiment le meilleur que l'on pouvait trouver par rapport à ce que je souhaitais », a-t-il ajouté.

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Malgré ces propos rassurants gravés dans la langue de bois, l’arrivée de Gérard Lopez a de quoi effrayer les supporters du club nordiste et la métropole lilloise, laquelle dépend des redevances du Losc pour financer son grand stade. Selon nos informations, l’homme d’affaires va racheter le Losc via une société immatriculée aux îles Vierges britanniques, célèbre paradis fiscal où Cristiano Ronaldo et José Mourinho planquent leur argent.

Notre enquête, menée en collaboration avec France 3 Nord-Pas-de-Calais et Mediacités, et qui s’appuie notamment sur les documents Football Leaks, prouve que Lopez a spéculé sur des footballeurs mineurs, via le système d’achat de parts de joueurs, ou TPO (third party ownership). Son groupe cumulait cette activité avec celle de représentation de joueurs, sans se soucier des conflits d’intérêts.

Gérard Lopez vendredi 13 décembre à Lille, en marge de la conférence de presse sur sa reprise du Losc. © Jacques Trentesaux / Mediacités Gérard Lopez vendredi 13 décembre à Lille, en marge de la conférence de presse sur sa reprise du Losc. © Jacques Trentesaux / Mediacités

Notre enquête montre aussi que Gérard Lopez, que la presse présente pourtant comme très riche, semble financer toutes ses affaires par la dette, sans que personne ne connaisse jamais l’origine de l’argent. C’est aussi un adepte des sociétés offshore aux îles Vierges, au Panama et à Hong Kong. Sans oublier les déboires de son ex-écurie de Formule 1 Lotus, sauvée in extremis de la faillite grâce à son rachat par Renault en 2015. L’aventure s’est soldée par des pertes colossales et une enquête judiciaire sur des soupçons de blanchiment.

  • Une offshore aux îles Vierges pour racheter le Losc

France 3 Nord Pas-de-Calais avait déjà révélé que la société britannique Victory Soccer, avec laquelle Lopez va racheter le Losc, était détenue par la holding Chimera Consulting, immatriculée à Honk Kong. « Ces informations sont fausses », a dit Lopez vendredi à L’Équipe. Non seulement elles sont vraies, mais nous révélons aujourd’hui que Chimera appartient à une société offshore nommée Incredible Wealth (« incroyable richesse »), enregistrée aux îles Vierges britanniques.

Le Losc va être racheté par Victory Soccer (Royaume-Uni), filiale de Chimera Consulting (Hong Kong), elle-même propriété d'Incredible Wealth, enregistrée aux îles Vierges britanniques © Mediapart Le Losc va être racheté par Victory Soccer (Royaume-Uni), filiale de Chimera Consulting (Hong Kong), elle-même propriété d'Incredible Wealth, enregistrée aux îles Vierges britanniques © Mediapart

Dans une réponse écrite envoyée dimanche à Mediapart, Gérard Lopez reconnaît d’ailleurs la réalité du montage, deux jours après l'avoir démenti. Il affirme être « le seul bénéficiaire économique de ces structures ». Selon lui, cette localisation dans l’un des paradis fiscaux les plus opaques de la planète « n’est pas motivée par des raisons fiscales », mais par des raisons d’ « efficacité » et de « sécurité juridique », le tout « en respectant strictement la légalité et l’éthique ».

Le souci, c’est qu’à cause de cette structure aux îles Vierges, il est impossible de vérifier si Gérard Lopez est bien l’actionnaire d’Incredible Wealth, donc du Losc. L’homme d’affaires entretient aussi le flou en matière financière, que ce soit sur le montant du rachat (moins de 50 millions, si l’on en croit son entretien à L’Équipe) ou sur les investissements. Lopez affirme simplement qu’il s’agit de son argent, qu’il n’endettera pas le club, et que « tout a déjà été présenté et validé par la DNCG », l’organe de la Ligue qui contrôle les finances de clubs. Étrange, car Lopez a rendez-vous mercredi avec la DNCG. Et le passé ne plaide pas en sa faveur : lorsqu’il a racheté l’écurie de F1 Lotus, Lopez n’avait investi que 31 millions d’euros, intégralement empruntés. Et l’écurie a réalisé plus de 200 millions de pertes en cinq ans.

  • Une mystérieuse fortune

Gérard Lopez ne donne jamais de chiffres et n’aime pas qu’on fouille dans ses affaires. Il a refusé de nous parler, préférant nous envoyer des réponses écrites par l’intermédiaire de son avocat, qui nous menace au passage de poursuites judiciaires (lire notre Boîte noire). Dans un récent portrait, le quotidien espagnol El Pais, invité à voyager avec Lopez dans son jet privé, décrit ses luxueuses demeures à Londres, Luxembourg et Dubaï, sa Ferrari et sa collection d’œuvres d’art. Le souci, c’est qu’on ignore le montant et l’origine de sa fortune.

Ce financier hispano-luxembourgeois a grandi au Grand-Duché à partir de l’âge de 7 ans, dans une famille modeste d’immigrés espagnols. Il crée en 2000 le fonds de capital-risque Mangrove Capital avec deux associés, l'Américain Mark Tluszcz et l'Allemand Hans-Jürgen Schmitz, rencontrés au cabinet d’audit Arthur Andersen. Le fonds s’est fait un nom en misant sur l’entreprise de téléphonie sur internet Skype, revendue 3,2 milliards de dollars à eBay en 2005. Un coup fumant qui est censé avoir rendu Lopez riche, même si  l’intéressé entretient le mystère sur le montant.

Des documents officiels de Mangrove, exhumés par Mediapart, relativisent l’ampleur du jackpot. Mangrove a investi 1,35 million d’euros dans Skype et a touché 135 millions en 2005, soit cent fois sa mise. Sauf que le fonds prévoyait à l’époque d’en reverser 122 à ses investisseurs, soit un reliquat de 13 millions pour Mangrove et ses trois associés. Bref, Lopez n’a touché au mieux que quelques millions dans l’opération.

Les comptes officiels de ses sociétés connues font état de modestes profits. Suffisamment pour s’assurer un beau train de vie, mais pas assez pour investir. Détail piquant : même son ticket d’entrée dans deux des fonds de Mangrove (l’intéressement pour les managers, qui misent aux côtés des investisseurs), qui s’élevait à 4,5 millions pour les trois associés, a été intégralement financé par l’emprunt.

Toute la méthode Lopez est là : les comptes de ses sociétés luxembourgeoises montrent qu’il n’injecte quasiment jamais de cash dans ses affaires. Lorsqu’il investit, c’est soit avec l’argent des autres, soit en s’endettant, sans qu’on sache jamais d’où vient l’argent. L’intéressé dément.

  • Quand Lopez spéculait sur des mineurs au Brésil

Lopez est fan de ballon rond. En 2007, il commence en prenant la présidence du CS Fola, le très modeste club associatif de sa ville natale d'Esch-sur-Alzette (1,8 million de budget par an), qu'il parvient à hisser comme champion de la non moins modeste première division luxembourgeoise.

En 2012, Gérard Lopez claironne qu'il va investir pas moins de 500 millions d’euros dans le ballon rond – une somme dont le monde du foot ne verra jamais la couleur. Dans la foulée, il tente de racheter le RC Lens. C’est un échec. Peu importe, Lopez voit grand. Son idée ? Maîtriser tous les maillons de la chaîne du business, pour encaisser un maximum d’argent sur les transferts. Pour porter ce projet, il recrute Marc Ingla, ancien directeur marketing du FC Barcelone, qu'il va nommer directeur général du Losc. 

Faute de club, Gérard Lopez commence par se lancer dans la TPO, c’est-à-dire le négoce de morceaux de joueurs. Une pratique légale à l’époque mais très controversée, interdite par la FIFA en mai 2015 après que son secrétaire général l’a qualifiée d’ « esclavage moderne » (lire nos enquêtes ici et ).

L'immeuble Vanterpool Plaza à Tortola (îles Vierges britanniques) abrite la société offshore de Cristiano Ronaldo... et l'un des actionnaires du fonds de TPO de Gérard Lopez. © Matthias Krug/Der Spiegel L'immeuble Vanterpool Plaza à Tortola (îles Vierges britanniques) abrite la société offshore de Cristiano Ronaldo... et l'un des actionnaires du fonds de TPO de Gérard Lopez. © Matthias Krug/Der Spiegel

En juin 2012, Lopez crée un fonds de TPO baptisé MPI. Il appartient à la société Mangrove Founders, dont Gérard Lopez est actionnaire à 37,5 %, aux côtés de son associé Hans-Jürgen Schmitz et d’une société nommée Fedalk Investing, immatriculée aux îles Vierges britanniques à Vanterpool Plaza, soit dans le même immeuble que les coquilles offshore de Cristiano Ronaldo et José Mourinho ! Le second fonds, MPI II & Partners, vise à investir l’argent de mystérieux investisseurs, dissimulés derrière une fondation néerlandaise.

Gérard Lopez a spéculé sur des joueurs mineurs au Brésil

Comme il l’a fait avec les start-up de l’internet, Gérard Lopez mise sur de très jeunes pousses, parce que c’est là qu’on fait les plus grosses culbutes. Les documents Football Leaks montrent qu’il n’a pas hésité à spéculer sur deux joueurs mineurs au Brésil. La FIFA interdit formellement la rémunération d'intermédiaires sur les transferts de joueurs de moins de 18 ans. Mais acheter des parts d’un mineur (en les revendant à sa majorité) ne faisait l’objet d’aucune « réglementation à l'époque », nous a indiqué la Fédération brésilienne. Lopez s’est engouffré dans ce vide juridique, sans le moindre scrupule.

Ce document du club de Porto Alegre prouve que MPI, le fonds de TPO de Gérard Lopez, a acheté 30% du joueur mineur brésilien Alisson Farias. © EIC Ce document du club de Porto Alegre prouve que MPI, le fonds de TPO de Gérard Lopez, a acheté 30% du joueur mineur brésilien Alisson Farias. © EIC

Sa première affaire est l’achat (à crédit) de 30 % d’Alisson Farias, modeste ailier gauche du Sport Club Internacional de Porto Alegre, prêté au club portugais Estoril en juillet 2016 (notre document ci-dessus). Il est décrit à l'époque par le journal brésilien Globo comme « un jeune prometteur » mais « qui n'a pas réussi à confirmer ». Le club de Porto Alegre nous indique que la transaction date de 2012, alors que Farias n’avait que 16 ans, avec l’accord écrit de « ses représentants légaux ».

Le second joueur acheté à la découpe par le MPI est plus connu des amateurs de foot : il s'agit de Gerson Santos da Silva, que la presse brésilienne présente comme « le Pogba brésilien ».

Gerson Santos da Silva, milieu offensif de l'AS Roma, ici sous le maillot de la sélection brésilienne des moins de 20 ans. © Reuters Gerson Santos da Silva, milieu offensif de l'AS Roma, ici sous le maillot de la sélection brésilienne des moins de 20 ans. © Reuters

L’histoire est particulièrement glauque. En 2011, alors qu’il n’a que 14 ans, ses parents vendent 20 % de leur fils à la société brésilienne MDC. MPI entre dans la danse deux ans plus tard, alors que Gerson a intégré Fluminense, club mythique de Rio de Janeiro. Le fonds de Gérard Lopez achète 22,5 % du joueur de 16 ans auprès du club et d’un autre intermédiaire.

Le jackpot intervient pile un an plan tard, avec l’achat du jeune prodige par l’AS Roma pour 16,6 millions d’euros, selon Transfermarkt. Mais MDC attaque Fluminense, car le club ne lui aurait pas payé sa part. Suivra un accord amiable, par lequel MPI accepte de réduire sa part à 12,5 %. Mais l’affaire est restée très rentable pour le fonds de Lopez. MPI a touché près de 1,8 million d’euros pour un joueur acheté au maximum 361 365 euros. Soit au moins 1,4 million de plus-value, près de quatre fois la mise de départ (notre document ci-dessous).

L'accord financier entre le club Fluminense de Rio et MPI suite au transfert de Gerson à l'AS Roma. Le fonds de Gérard Lopez a touché  au total 1,8 million d'euros, dont 1,4 million de plus-value. © EIC L'accord financier entre le club Fluminense de Rio et MPI suite au transfert de Gerson à l'AS Roma. Le fonds de Gérard Lopez a touché au total 1,8 million d'euros, dont 1,4 million de plus-value. © EIC

L’affaire est d’autant plus opaque que, le 18 octobre 2013, Gérard Lopez a initié la création d’un autre fonds d’investissement, MPI II & Partners. Cette fois, il n’y a pas mis son argent personnel. Les actionnaires sont MPI II, une société luxembourgeoise gérée par Mangrove Founders (dont il est actionnaire). Et une fondation néerlandaise, Stichting MPI II, aux mystérieux investisseurs.

Comme à son habitude, Lopez finance son activité par la dette : 10 millions d’euros, probablement apportés par Stichting MPI II. Au départ, le montant devait même atteindre 30 millions d’euros, avant d’être revu à la baisse, peut-être en raison de l’interdiction de la TPO. Lopez et ses associés se contentent de gérer, ce qui leur a tout de même rapporté 750 000 euros de commissions en deux ans. Au total, MPI et MPI II ont investi 6,5 millions. Dans combien de joueurs ? Une douzaine, a répondu Gérard Lopez à L'Essentiel en décembre 2014.

Dans cette interview, il assumait sans problème son business. Aujourd’hui, il affirme avoir été un simple « investisseur » dans les deux fonds de TPO et n’avoir « jamais été impliqué dans la gestion journalière ou les opérations », lesquelles ont été effectuées « dans la plus stricte légalité et éthique ».

Les fonds de TPO (négoce de parts de joueurs) de Mangrove, le fonds d'investissement de Gérard Lopez et ses associés © Yann Fossurier / France 3 Nord-Pas-de-Calais Les fonds de TPO (négoce de parts de joueurs) de Mangrove, le fonds d'investissement de Gérard Lopez et ses associés © Yann Fossurier / France 3 Nord-Pas-de-Calais

Après l’interdiction de la TPO, les fonds avaient l’obligation de solder tous leurs contrats au plus tard en mai 2016. Gérard Lopez s’est-il mis en règle ? Concernant Farias, le club de Porto Alegre nous assure que oui, sans donner aucun détail. Mais les autres joueurs ? L’un d’entre eux n’a été revendu qu’en juillet 2016. Pour les autres, on sait seulement que fin décembre 2015, soit quatre mois avant la date limite fixée par la FIFA, MPI et MPII n’avaient pas soldé l’ensemble de leurs investissements. « Tout a toujours été fait dans la légalité », se borne à répondre Lopez.

  • L’agence Kick Partners et les conflits d’intérêts

En février 2013, quelques mois après leur entrée dans la TPO, les hommes de Mangrove Capital ont aussi créé une agence de représentation de joueurs baptisée Kick Partners, domiciliée à l’adresse du fonds. Les actionnaires se cachent derrière un prête-nom luxembourgeois. Mais on retrouve parmi les administrateurs Hans-Jürgen Schmitz, l’associé de Lopez dans Mangrove Capital, et un jeune agent de joueurs libanais, Rawad Kassis. Ce dernier s’occupait notamment de l’international ghanéen Asamoah Gyan, passé par l’Udinese, le Stade rennais et Sunderland.

Selon un ancien collaborateur de Mangrove, qui a souhaité garder l’anonymat, l’objectif de Kick Partners était de constituer « une agence transnationale d’agents de joueurs de foot ». « L’idée était de trouver des agents de niveau intermédiaire, qui aient un petit portefeuille de joueurs talentueux, une bonne implantation locale, et de créer des agences comme ça à travers les pays, pour pallier leurs défauts et faire des transactions internationales avec leurs joueurs », explique-t-il. Selon lui, c’est Marc Ingla, l’homme fort de Lopez dans le foot, qui est chargé de sélectionner les agents. « Quand je suis parti, il n’y avait qu’une seule structure, dans un des pays », poursuit notre témoin.

Le problème, c’est que Kick Partners semble alors avoir vocation à gérer les carrières des joueurs dont Mangrove – via la société MPI – a acquis les morceaux. « Des synergies étaient envisageables », élude l’ancien collaborateur. C’est pourtant contre nature, puisque Mangrove pourrait être tenté de faire passer ses profits avant la carrière du joueur.

Le fonds s’est trouvé en plein dans ce conflit d’intérêts avec le Brésilien Gerson. Dans une interview à CNN (ci-dessus) de janvier 2015, l’agent Rawad Kassis, présenté comme le PDG de Kick Partners, se pose aussi en représentant de Gerson, dont Mangrove détenait à l’époque 22,5 %. « Gerson est un jeune talent super prometteur (…) Il est très près du championnat italien (...). C’est un gamin de 17 ans et il doit attendre d’avoir 18 ans pour rejoindre un club italien. Le club pourra le signer maintenant et il pourra rejoindre le championnat italien quand il aura 18 ans. »

Marc Ingla, ancien dirigeant du FC Barcelone, va être nommé directeur général du Losc par Gérard Lopez © Reuters Marc Ingla, ancien dirigeant du FC Barcelone, va être nommé directeur général du Losc par Gérard Lopez © Reuters
Le conflit d’intérêts va encore s’aggraver avec le rachat du Losc par Gérard Lopez. Après le décès de Rawad Kassis en 2015, il a été remplacé comme administrateur de Kick Partners par… Marc Ingla, que Lopez s’apprête à nommer à la tête du Losc. La loi française est pourtant formelle : un dirigeant de club a l’interdiction d’exercer en même temps le métier d’agent, que ce soit à titre personnel ou via une société. En clair, si on suit le règlement à la lettre, Marc Ingla ne pourra pas cumuler les deux casquettes.

Gérard Lopez affirme qu’il n’y a pas de conflit d’intérêts, car « Kick Partners n'a plus d'activité » depuis le décès de Rawad Kassis, qui s’occupait selon lui à la fois de l’agence de joueurs et des fonds de TPO. « La seule activité de Marc Ingla sera la gestion du Losc en qualité de directeur général », a-t-il insisté dans L’Équipe. Concernant Lopez, la question du conflit d’intérêts reste en suspens : puisque Kick Partners est détenue par un prête-nom, on ne sait pas si le futur propriétaire du Losc en est actionnaire…

Outre Marc Ingla, le futur propriétaire du Losc s’appuiera sur son « bras droit sportif », le Portugais Luis Campos. Ancien directeur technique de l'AS Monaco de 2013 à juin 2016, c’est un proche du sulfureux super agent portugais Jorge Mendes, dont les Football Leaks ont révélé le gigantesque système d’évasion fiscale et les opérations troubles avec Monaco.

La Formule 1 et les coquilles offshore au Panama

  • Des rachats de clubs ratés par manque d’argent ?

L’arrivée de Lopez à Lille pose une autre question : celle de sa surface financière. Lors de ses multiples tentatives de rachat de clubs, Gérard Lopez semble avoir systématiquement échoué par manque d’argent. Cela commence en janvier 2013 avec le RC Lens. Lopez a démenti toute implication, malgré le fait que les négociations étaient menées par ses deux partenaires de Mangrove, Mark Tluszcz et Marc Ingla. « Des gens très professionnels », se souvient Luc Dayan, président du RC Lens à l’époque.

Mais leur offre n’est pas retenue par l’actionnaire du club, le Crédit Agricole, car Mangrove voulait seulement acheter dans un premier temps une minorité de blocage de 34 %. « Ils nous avaient demandé une sorte d’observation pendant un an, avant de décider s’ils continuaient ou pas, raconte Michel Faroux, ancien directeur général adjoint du Crédit Agricole Nord de France. Il n’y avait pas d’issue définitive garantie. Il était prévu qu’ils mettent de l’argent à proportion de leur part au capital. Autrement dit, s’ils mettaient 1, il fallait que le Crédit Agricole mette 2. » La banque a logiquement préféré vendre à l’homme d’affaires azerbaïdjanais Hafiz Mammadov, qui alignait suffisamment d’argent pour racheter 100 % des parts.

Lopez ne renonce pas pour autant. Fin 2014, il part à l’assaut du Deportivo Lugo, une équipe espagnole de deuxième division. La province et la municipalité de Lugo souhaitent céder les parts qu’elles détiennent dans le club et qui représentent 49 % du capital. « Comme ma famille vient de la région, on m'a proposé de répondre à l'appel d'offres », a expliqué Lopez à l’époque à L’Essentiel.

Il est alors le seul candidat en lice. Mais curieusement, il demande un paiement en différé et étalé, alors que l’appel d’offres obligeait le repreneur à tout payer d’un coup. Lopez manquait-il d’argent ? Quoi qu’il en soit, un actionnaire minoritaire a profité de son faux pas pour lui rafler le club. Lopez a dû s’incliner, après une longue bataille judiciaire. Il assure aujourd’hui que, contrairement à son concurrent, il « aurait payé en cash, et non en dette », et que c’est pour cela qu’il n’a « pas voulu surenchérir ».

Gérard Lopez décide de se réorienter vers la France. Et cible l’Olympique de Marseille, dont la propriétaire, Margarita Louis-Dreyfus, veut se débarrasser. Pour rafler la mise, il fait miroiter le retour sur le banc de l’ex-entraîneur du club, l’Argentin Marcelo Bielsa, adulé par les supporters. Mais c’est l’Américain Frank McCourt qui rafle la mise fin août 2016.

Ce ratage semble de nouveau financier. Selon le Journal du Dimanche, Gérard Lopez aurait demandé à payer le rachat sur dix ans, et le droit de rembourser sa mise de départ en piochant dans les futures recettes du club. « C'est une information mensongère de la part d’un membre du clan MLD (Margarita Louis-Dreyfus – ndlr). Il s'agissait d'un paiement en une fois, sur les fonds propres de Gérard », a démenti l’un de ses porte-parole auprès de France 3 Nord-Pas-de-Calais.

Un mois et demi plus tard, le 16 octobre 20016, Michel Seydoux, président et actionnaire majoritaire du Losc (Lille), annonce être entré en « négociations exclusives » avec l’homme d’affaires pour la reprise du club qu’il souhaite vendre depuis plusieurs années. Reste désormais à finaliser la vente, ce qui n’est toujours pas le cas malgré la conférence de presse organisée vendredi. « Il reste des formalités, mais tout a été signé pour le rachat », a assuré Lopez.

Il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Le financier a récemment tenté de racheter Gil Vicente, en deuxième division portugaise, avant de renoncer. « On a mis une date butoir à notre proposition et elle n'a pas été acceptée », a-t-il dit vendredi. Gérard Lopez a par contre démenti être intéressé par le club anglais de Hull.

Puisque la TPO est désormais interdite, Lopez semble vouloir se convertir à un autre modèle financier : celui de la multipropriété de clubs, à la manière  des « galaxies » Red Bull (RB Leipzig, Red Bull Salzbourg…) ou Pozzo (Udinese, Watford, Grenade). L’idée est de pouvoir continuer à faire du commerce de joueurs en les transférant entre les clubs « maison », pour améliorer le recrutement, mais aussi pour maximiser les plus-values financières. Le modèle peut tenir la route, à condition d’avoir de l’argent.

  • La Formule 1 et les sociétés secrètes au Panama

Mais la précédente incursion de Gérard Lopez dans le sport n’a pas de quoi rassurer. Avant le foot, l’homme d’affaires s’était lancé dans la Formule 1 entre 2010 et 2015, avec l’écurie Lotus. L’opération, marquée par l’usage d’une montage financier douteux impliquant des sociétés offshore, s’est terminée par un gigantesque fiasco financier et par une enquête judiciaire sur des soupçons de blanchiment.

L’affaire a été menée via Genii Capital, une société d’investissement que Lopez a fondée en 2008 au Grand-Duché avec Éric Lux, un promoteur immobilier luxembourgeois. Les deux hommes ont créé à l’époque une agence de gestion de carrière de pilotes, Gravity Sport Management, et une holding destinée à racheter une écurie, Gravity Racing International.

Il y a toutefois une sérieuse zone d’ombre derrière ces deux sociétés. Avant d’être revendues à Genii Capital, elles appartenaient à Éric Lux et à la société luxembourgeoise Espasande, elle-même détenue par deux sociétés-écrans immatriculées au Panama, baptisées Woodhenge et Xen Investments Corp. Gérard Lopez est-il ou a-t-il été l’un des propriétaires de ces coquilles offshore ? « Oui », nous a-t-il répondu, sans en dire davantage. 

Voilà qui est dommage. Car les coquilles panaméennes Woodhenge et Xen Investments possèdent la bagatelle de 90 sociétés au Luxembourg, dont bon nombre ont été curieusement dissoutes ou liquidées à la fin des années 2000. Une galaxie totalement opaque, sur laquelle Gérard Lopez ne s’est jamais expliqué.

Un virement suspect de Lotus vers le club de foot de Lopez

  • Le fiasco Lotus et le mystère des 40 millions d'euros

En 2010, Genii Capital achète 100 % de Renault F1, basée en Grande-Bretagne, contre un premier chèque de 5,3 millions d’euros. Lopez rebaptise l’écurie Lotus. Elle obtient des résultats honorables à partir de 2012 grâce à l’arrivée des pilotes Kimi Raikonnen et Romain Grosjean. Un exemple de synergies, puisque la carrière de Grosjean est gérée par l’agence de Lopez et Lux, Gravity Sport Management.

Gérard Lopez (2e en partant de la gauche) et ses pilotes de l'écurie Lotus en 2011. © Reuters Gérard Lopez (2e en partant de la gauche) et ses pilotes de l'écurie Lotus en 2011. © Reuters

Mais, avec plus de 200 millions d’euros de pertes cumulées en cinq ans, Lotus est un gouffre financier. Raikonnen finit par claquer la porte en raison de salaires impayés, tandis que des fournisseurs non réglés attaquent en justice. Pour éviter la faillite, Lopez et Lux doivent revendre l’écurie à Renault pour la livre sterling symbolique en décembre 2015.

Selon nos informations, Lopez et son associé Éric Lux ont financé l’intégralité de l’aventure Lotus par de la dette, pour un total de 148 millions d’euros. Mais leur groupe, Genii Capital, n’a emprunté que 31 millions. Faute de moyens, il a fallu demander de l’argent auprès de mystérieux créanciers et d'actionnaires minoritaires.

Gérard Lopez et son associé ont vendu 40% de Lotus à six investisseurs, dont cinq se cachent derrière des sociétés-écran immatriculées aux îles Vierges britanniques © Donatien Huet / Mediapart Gérard Lopez et son associé ont vendu 40% de Lotus à six investisseurs, dont cinq se cachent derrière des sociétés-écran immatriculées aux îles Vierges britanniques © Donatien Huet / Mediapart
Ils sont concentrés dans une sous-holding baptisée Gravity Motorsports (GM) – voir notre infographie. Entre 2012 et 2014, Genii a ainsi vendu 40 % de ses intérêts dans Lotus, dont 2 % à l’homme d’affaires Andy Ruhan. Selon la presse spécialisée, il aurait prêté de 57 à 75 millions d’euros, et aurait de facto pris le contrôle opérationnel de l’écurie dès 2014 (lire ici et ).

Les 38 % restants ont été cédés… à cinq sociétés immatriculées aux îles Vierges britanniques, baptisées Bearn Holdings, Lenon Securities, Bluestone Securities, Latimore Finance ou encore Whiterock Alliance. Lopez refuse de dire qui sont ces mystérieux mécènes, ni pourquoi ils éprouvent le besoin de se cacher derrière des sociétés-écrans. Ce sont des individus qui sont « dans le cercle de Genii et de ses associés directs », se borne-t-il à répondre.

La présence de ces coquilles exotiques est d’autant plus troublante que l'usage d'une partie de l’argent qui a transité par ce montage  n'est pas précisément renseigné dans les comptes. Selon nos informations, sur les 148 millions empruntés par Genii et ses filiales qui détenaient Lotus, seulement 108 millions ont été injectés dans l’écurie. À quoi ont servi les 40 millions restants ? « Cela est inexact, les différentes sociétés ont également des opérations dont d’autres dans le domaine du sport automobile », répond Lopez.

Il y a aussi un vrai mystère sur les conséquences de l'opération. Après la revente de Lotus et la faillite de l'agence de pilotes Gravity Sport Management (26 millions de pertes), Genii Capital se retrouve lesté d'une gigantesque dette de 113 millions d'euros pour seulement 48 millions d'actifs. Bref, la société semble proche de la faillite. « Genii est capable de rembourser ses dettes », assure Lopez, sans préciser comment. « Il n’y a pas de risque de faillite, il n’y a aucune dette bancaire. Les données liées à la dette ne sont pas liées à la transaction ni aux pertes », ajoute-t-il. 

  • La justice enquête sur des soupçons de blanchiment

L’opération Lotus vaut aussi à Lopez d’être visé par une information judiciaire sur des soupçons de blanchiment, menée par un juge d’instruction luxembourgeois. Tout a commencé en juin 2015 avec un signalement de la Fédération luxembourgeoise de football au sujet du club de première division CS Fola Esch, dont Gérard Lopez a pris la présidence en 2007. Comme l'a révélé la radio locale 100.7, la dénonciation porterait sur un virement de 2 millions d’euros de l’écurie Lotus au CS Fola, lequel aurait reversé l’argent à la société Lynx Investments, immatriculée à Hong Kong. Selon nos informations, cette coquille offshore appartient à 100 % à Éric Lux, l’associé de Gérard Lopez (notre document ci-dessous).

La société de Hong Kong Lynx Investments, suspectée d'avoir touché 2 millions d'euros de l'écurie Lotus via le club de foot luxembourgeois du CS Fola, appartient à 100% à l'associé de Gérard Lopez, Eric Lux. © Mediapart La société de Hong Kong Lynx Investments, suspectée d'avoir touché 2 millions d'euros de l'écurie Lotus via le club de foot luxembourgeois du CS Fola, appartient à 100% à l'associé de Gérard Lopez, Eric Lux. © Mediapart

L’opération est doublement problématique. D’abord, Lotus, qui était financièrement à l’agonie, n’avait a priori aucun intérêt à verser 2 millions à un club assocatif luxembourgeois présidé par Gérard Lopez. C’est d’autant plus vrai pour les actionnaires minoritaires qui possédaient 40 % de Lotus, et qui semblent avoir été lésés dans l’opération. « Suggérer que ce versement serait constitutif d’un abus de biens sociaux est purement et simplement diffamatoire, nous répond Lopez. Il n’y avait pas de difficultés à l’époque de ce versement puisqu’il a été possible. »

L’homme d’affaires reconnaît le paiemement de Lotus au CS Fola, mais dément que l’argent a été reversé à Lynx Investments, la société d’Éric Lux à Hong Kong. Il refuse de s’expliquer sur l’objectif de l’opération et la destination des fonds. Dans un communiqué, le CS Fola avait nié avoir « versé le montant de 2 millions d'euros à Messieurs Lopez et Lux », sans démentir avoir reçu ces fonds de Lotus. « Si des virements ont été faits à Monsieur Gérard Lopez, il s’agit de remboursements de crédits qu’il avait consentis au CS Fola », ajoutait le secrétaire général du club, Pim Knaff.

  • Hong Kong, Dubaï et le pétrole russe

Éric Lux et Gérard Lopez auraient-ils utilisé l’argent de Lotus pour monter un nouveau business ? Une chose est sûre : Lynx Investments, la société de Lux soupçonnée d’avoir touché 2 millions de l’écurie de Formule 1, était à l’époque actionnaire à 50 % de la société britannique Nekton Services, aux côtés d’une seconde coquille de Hong Kong baptisée W Finance Group, appartenant à Gérard Lopez.

Via leur avocat commun, les deux hommes assurent qu’ « Éric Lux n’a aucun lien avec les opérations ou les entités de Nekton ». Nos documents prouvent pourtant le contraire. Par contre, Lux a revendu en avril 2015 ses parts dans Nekton Services à Lopez, qui en est désormais l’unique actionnaire, via une nouvelle société immatriculée à Honk Kong, W Group Commodities. 

Nekton n’est autre que le nouveau groupe de Gérard Lopez, spécialisé dans le trading pétrolier et les opérations financières liées à l’énergie. Un business monté grâce à… Lotus. Si l’écurie de F1 fut un fiasco, elle a permis à Lopez de sillonner le monde et de rencontrer hommes d’affaires et chefs d’État en marge des grands prix. C’est ainsi que l’homme d’affaires est devenu l’ami du président russe Vladimir Poutine. Comme il l’a raconté à El Pais, Lopez a même convoyé la monoplace Lotus sur une base militaire proche de Saint-Pétersbourg, afin que Poutine puisse la conduire !

C’est grâce à l’autocrate russe que Lopez a pu développer ses affaires pétrolières dans le pays. « Est-ce que ça aiderait que les gens sachent qu’on est amis ? », lui aurait lancé Poutine lors d'un week-end privé organisé dans sa datcha. Toujours selon ses confidences à El Pais, Lopez a répondu « oui ».

Résultat : Nekton, la société financière de Lopez, a racheté 50 % de Rise Capital, un fonds basé en Suède mais dirigé par un ancien cadre d'une banque d’État russe et spécialisé dans les investissements en Russie. Lequel a signé dans la foulée un partenariat avec Dmitry Kobylkin, proche de Poutine et gouverneur du district arctique de Yamal, très riche en gaz et en pétrole. Lopez est chargé de convaincre les étrangers d’investir dans les infrastuctures de cet eldorado glacé.

Comme d’habitude avec Gérard Lopez, son nouveau business est basé dans des paradis fiscaux. L’entité principale de Nekton est domiciliée à Dubaï, où l’homme d’affaires aurait sa résidence principale, selon une source locale. Mais le groupe a aussi des entités à Londres et à Hong Kong. Loin de son Luxembourg natal, qui dispose pourtant d’une fiscalité très avantageuse, et où il avait basé jusqu’ici la plupart de ses sociétés opérationnelles.

Pourquoi a-t-il installé Nekton dans des paradis fiscaux exotiques ? « Je suis un investisseur travaillant sur plusieurs continents et c’est donc normalement que je dispose de sociétés dans de nombreux pays », répond-il. Il aurait par exemple choisi Hong Kong, car la province chinoise a des accords fiscaux avec le Luxembourg. Mais on peine à comprendre son attirance pour Dubaï et le Panama. Ni les raisons qui l’ont poussé à orchester le rachat du Losc via une société aux îles Vierges.

Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.

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Douze journaux européens regroupés au sein du réseau European Investigative Collaborations (EIC), dont Mediapart est l'un des membres fondateurs, ont publié du 2 au 24 décembre 2016 les Football Leaks, la plus grande fuite de l'histoire du sport. Obtenus par l'hebdomadaire allemand Der Spiegel et analysés par les journaux membres de l'EIC, ces 18,6 millions de documents ont permis de documenter de manière inédite la face noire du football, entre fraude et évasion fiscales, réseaux de prostitution, connexions mafieuses, ou encore exploitation de joueurs mineurs. Soixante journalistes, associés à huit informaticiens qui ont développé des logiciels spéciaux pour l'opération, ont enquêté pendant plus de six mois.

Pour cette nouvelle enquête sur Gérard Lopez, Mediapart a choisi de partager les documents Football Leaks concernant le repreneur du Losc avec avec le journaliste de France 3 Nord-Pas-de-Calais Yann Fossurier, et avec nos confrères Sylvain Morvan et Charles Carrasco (basé à Rio de Janeiro au Brésil) de Mediacités, media en ligne lancé en 2016 à Lille pour développer le journalisme d'investigation en région. Les trois medias ont enquêté ensemble et recueilli des documents et témoignages inédits qui ne figurent pas dans les Football Leaks.

Contacté par Mediapart, Gérard Lopez a refusé notre demande d'interview. Il a préféré répondre par écrit à nos questions par l'intermédiaire de son avocat, Nicolas Huc-Morel. Son courrier commence ainsi : « Je souhaiterais, en préambule, commencer par rappeler que je suis né au Luxembourg. Ensuite, je suis un investisseur travaillant sur plusieurs continents et c’est donc normalement que je dispose de sociétés dans de nombreux pays. Les raisons de ces implantations sont l’efficacité et la sécurité juridique et mes investissements se font en respectant strictement la légalité et l’éthique. La localisation de mes entreprises n’est pas motivée par des raisons fiscales et il ne peut m’être fait le reproche de voir appliquées à mes investissements les règles applicables en la matière, étant rappelé qu’il y a des accords très clairs entre la France et le Luxembourg sur les flux financiers et la gestion des sociétés. Pour conclure, la documentation en votre possession est à l’évidence parcellaire, présentée de manière fallacieuse ou totalement inexacte. »

Nous avons aussi tenté de joindre son associé Éric Lux. Nous avons en retour reçu des réponses écrites adressées par l'intermédiaire de Me Huc-Morel, qui est également son avocat. Ses réponses sont, à quelques détails près, strictement identiques à celles de Gérard Lopez. Le secrétaire général du CS Fola, l'avocat luxembourgeois Pim Knaff, n'a pas donné suite à nos sollicitations.