Quelle majorité pour le PS à l'Assemblée ?

Le PS et ses alliés misent sur une majorité absolue au Parlement, sans l'aide des écologistes ni du Front de gauche. Mais, d'un possible effet Trierweiler aux subtilités du réglement de l'Assemblée nationale, quelques accrocs pourraient venir troubler ce scénario idyllique.

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Confiance et prudence. Au PS et dans les ministères, on s’attend évidemment à une victoire dimanche soir, sur la foi des remontées de terrain, des sondages d’opinion et des projections en sièges réalisées à l’issue du premier tour. Beaucoup rêvent même d’une majorité absolue (c’est-à-dire supérieure à 289 sièges) pour le seul PS et ses alliés (chevènementistes et radicaux). Un scénario martelé vendredi par les médias sur la foi des derniers sondages de plusieurs instituts. « Nous travaillons sur l’hypothèse d’une majorité présidentielle suffisante qui nous permette de gouverner, confirme Jean Mallot, directeur de cabinet (pas encore nommé) du ministre des relations avec le Parlement, Alain Vidalies. Les différentes simulations sont à peu près convergentes et montrent que le PS et les formations apparentées peuvent être majoritaires seules. » Autrement dit, sans les écologistes ni Le Front de gauche.

Mais le même Jean Mallot, fin connaisseur des arcanes de l’Assemblée nationale, s’empresse d’ajouter qu’il faudra de toute façon ménager les écologistes, avec lesquels un accord de législature a été signé, et ne pas humilier le Front de gauche. « Ce sont des partenaires précieux  qui ont appelé à voter François Hollande sans hésitation aucune. Ils ont leur place dans la majorité présidentielle. » Car la prudence est de mise, et il faut s’assurer les meilleurs reports de voix possibles. Une élection n’est jamais jouée d’avance, font valoir plusieurs conseillers. Surtout pas ces législatives, où les électeurs risquent d’être tiraillés entre le fait de donner une majorité à François Hollande et la peur d’un État tout-PS.

Ces derniers jours, des estimations ont circulé dans les ministères. Si elles sont optimistes, les projections des experts électoraux nuancent quelque peu l’ambition des socialistes d’obtenir à eux seuls la majorité absolue. Car si la majorité de gauche oscillerait entre 325 et 335 sièges, avec un sérieux coup de main des départements d’outre-mer (une quinzaine de sièges pour la gauche), les “socialistes et apparentés” n’auraient qu’entre 296 et 313 élus, dont 285 dans la meilleure hypothèse pour le seul PS. Le reste se partageant entre radicaux de gauche, les chevènementistes et les divers gauche.

Difficile de dire quel sera alors le comportement de ces députés, celui des ultra-marins ou encore l’attitude des dissidents élus. À l’instar d’Olivier Falorni, qui pourrait bien faire tomber Ségolène Royal à la Rochelle, intégreront-ils le groupe socialiste ? Dans l’entourage de Jean-Marc Ayrault, certains craignent par ailleurs que des députés soient tentés par un cavalier seul, faisant le pari qu’ils pèseront politiquement davantage hors du groupe, par exemple en aidant à en constituer un autre, notamment en cas de majorité serrée.

Autre incertitude dans le scénario idéal des socialistes : les conséquences de l’affaire Trierweiler. Par définition, difficile de prévoir les effets électoraux du tweet ravageur de la compagne de François Hollande, qui a déclenché cette semaine la première crise politique du quinquennat. « Cela peut nous coûter 0,5 à 1 % au niveau national, s’inquiète un cadre du PS. Ce qui peut nous faire perdre une vingtaine de circonscriptions, là où les résultats du premier tour sont serrés et où ça se jouera à quelques centaines de voix. » « On nous en parle quand même souvent sur les marchés et dans les porte-à-porte, dit un candidat PS en conquête dans une circonscription de droite. Du coup, moi qui voulais alerter l’électorat de gauche et centriste sur le FN local qui soutient l’UMP, je galère. » Un autre socialiste, proche d’une candidate francilienne au coude-à-coude avec la droite, s’exclame de son côté : « Il faudra compter dimanche combien de sièges Trierweiler aura coûté a la majorité présidentielle. »

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