Après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, onze personnes en garde à vue

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Samuel Paty, un professeur d’histoire-géographie, a été décapité en fin d’après-midi vendredi à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) près de son collège. Son agresseur a été tué. Le Parquet national antiterroriste s’est saisi de l’affaire. Onze personnes sont en garde à vue ce dimanche matin. 

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Samuel Paty, un professeur d'histoire-géographie, a été décapité en fin d’après-midi vendredi 16 octobre à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Son agresseur a été abattu par la police dans la ville voisine d’Éragny (Val-d’Oise).

Un hommage national sera rendu à l'enseignant vendredi 23 octobre, a annoncé l'Élysée ce samedi.

Le Parquet national antiterroriste (PNAT) s’est saisi de l’affaire : l’enquête a été ouverte pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle », a indiqué le PNAT. La sous-direction antiterroriste (SDAT) de la police et la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ont été saisies.

Samuel Paty. © Compte Twitter de Christophe Capuano, maître de conférences à l'université Lyon2 Samuel Paty. © Compte Twitter de Christophe Capuano, maître de conférences à l'université Lyon2
Les faits se sont déroulés vers 17 heures, près du collège du Bois-d’Aulne, dans le quartier des Hautes-Roches. Les policiers de la brigade anti-criminalité de Conflans-Sainte-Honorine ont été appelés pour un individu suspect rôdant autour de cet établissement scolaire, selon une source policière citée par l’AFP. Sur place, les policiers ont découvert la victime, un enseignant d’histoire-géographie du collège. 

À 200 mètres de là, à Éragny, ils ont tenté d’interpeller un homme armé d’une arme blanche qui les menaçait. Ils ont fait feu sur lui et l'ont tué. L’homme aurait crié « Allah Akbar » avant d’être abattu. Un périmètre de sécurité a été installé et le service de déminage appelé, en raison d’une suspicion de gilet explosif.

Est-ce le mobile de ce crime (en tout cas, il est envisagé par les enquêteurs) ? La victime, Samuel Paty, un enseignant, avait fait l’objet le 5 octobre d’un signalement de la part de parents d’élèves. Le professeur avait mené, en classe, une intervention sur la liberté d’expression en lien avec les caricatures de Mahomet.

Un père d'élève avait informé, dans une vidéo diffusée sur YouTube le 8 octobre, qu’un professeur d’histoire du collège du Bois-d’Aulne avait montré à ses élèves de 4e une photo d’un homme nu en disant que c’était le prophète des musulmans. « Quel est le message qu’il a voulu passer à ces enfants ? Pourquoi cette haine ? Pourquoi un professeur d’histoire se comporte comme ça devant des élèves de 13 ans ? » s’indignait ce père d’élève.

Selon Le Parisien, qui cite un membre d'une association de parents d'élèves du collège, « ce professeur, Samuel P., se savait menacé de mort sur les réseaux sociaux suite à son cours sur la liberté d'expression ».

Plusieurs personnes de la famille du tueur - ses parents, son grand-père et son petit frère - ainsi que de son entourage proche ont été interpellées dès vendredi soir.Le père d’une élève de la victime et un militant islamiste très actif, Abdelhakim Sefrioui, sont aussi en garde à vue depuis samedi.

Une onzième personne a été placée en garde à vue dimanche matin dans le cadre de l’enquête sur la décapitation d’un professeur d’histoire dans les Yvelines, a-t-on appris de source judiciaire.Cette personne est issue de l’entourage de l’assaillant, Abdoullakh A., un Russe tchétchène de 18 ans qui a été tué vendredi par les policiers, a précisé cette source à l’AFP.Toutes les gardes à vue se poursuivaient dimanche matin.

 

On sait encore peu de chose sur le profil de l’auteur. Il s’agit d’un jeune Tchétchène de 18 ans, inconnu des services de renseignement.

Des policiers sur les lieux où le terroriste a été abattu, à Eragny © AFP Des policiers sur les lieux où le terroriste a été abattu, à Eragny © AFP

Sur Twitter, le compte @Tchetchene_270 – fermé depuis – a diffusé, aussitôt le crime accompli, une photo d’une tête décapitée sur le bitume d’une chaussée à proximité d’un trottoir. Une image horrible assortie de ce commentaire : « De Abdullah, le serviteur d’Allah, à Marcon [sic], le dirigeant des infidèles, j’ai exécuté un de tes chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Muhammad, calme ses semblables avant qu’on ne vous inflige un dur châtiment… » Des vérifications sont en cours pour s’assurer qu’il s’agit bien de la revendication de l’auteur de l’attaque.

Très porté sur la religion, le titulaire de ce compte avait épinglé début octobre une vidéo de douaa, des invocations au prophète traduites en arabe et en russe.

Un profil très proche du dernier auteur présumé d’un attentat en France. Le 25 septembre dernier, Zaheer Hassan Mahmoud, un Pakistanais de 25 ans, inconnu des services de renseignement, avait attaqué à l’aide d’un hachoir deux personnes, les blessant grièvement devant les ex-locaux de Charlie Hebdo, rue Nicolas-Appert à Paris. 

En garde à vue, Zaheer Hassan Mahmoud s’était dit « en colère » après avoir regardé « ces derniers jours des vidéos en provenance du Pakistan » concernant la publication et la republication par Charlie Hebdo des caricatures de Mahomet, le 2 septembre, à la veille de l’ouverture du procès des attentats de janvier 2015. 

Le mode opératoire de l’attentat perpétré cet après-midi n’a, lui, qu’un seul précédent : le 26 juin 2015, Yassin Salhi avait décapité son patron, Hervé Cornara, et suspendu par une chaîne la tête de celui-ci à un grillage, entre deux drapeaux sur lesquels était inscrite la chahada, la profession de foi de l’islam : « Il n’y a de Dieu que Dieu et Mohamed est son prophète. »

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Actualisation: samedi 17 octobre à 9 h 50, avec notamment les gardes à vue en cours. L'article sera mis à jour en fonction des nouveaux éléments.

Cet article a été réactualisé dimanche 18 octobre au matin, afin d'inclure les derniers faits connus