À Marseille, Front national, royalistes et néofascistes font bon ménage

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Plusieurs jeunes royalistes de l’Action française ont fait campagne pour le leader du Front national marseillais, Stéphane Ravier, qui a remporté le 30 mars 2014 la mairie de secteur des 13e et 14e arrondissements. L’un d’eux, candidat FN dans un autre secteur marseillais et condamné en 2004 à deux mois de prison ferme pour violences, affiche ses amitiés néofascistes sur les réseaux sociaux.

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Au soir du second tour des municipales marseillaises, plusieurs jeunes militants sont apparus autour de Stéphane Ravier au Royal Garden, où le leader du Front national marseillais fêtait sa victoire. Le FN a raflé vingt sièges au conseil municipal de Marseille et remporté la mairie des 13e et 14e arrondissements. Bandanas blancs et vestes de cuir : le code vestimentaire de ces jeunes, qui portent leur champion en triomphe, est sans équivoque. C’est celui des jeunes de l’Action française, mouvement qui milite pour la restauration de la monarchie.

Stéphane Ravier porté par des militants de l'Action française, le 30 mars 2014. A gauche, Anthony Mura © Romain Beurrier/REA Stéphane Ravier porté par des militants de l'Action française, le 30 mars 2014. A gauche, Anthony Mura © Romain Beurrier/REA

Les mêmes étaient de nouveau présents, casques de moto et gants en cuir à la main, pour assurer le service d’ordre lors de la prise de fonction houleuse de Stéphane Ravier, le 11 avril 2014. La présence de militants de l’AF Provence sur les listes du FN marseillais est passée totalement inaperçue durant la campagne électorale. Ils étaient pourtant au moins deux : Anthony Mura en 15e position dans les 1er et 7e arrondissements et Jérémie Ferrer en 23e position dans les 15e et 16e. Sur la liste de ce dernier secteur, figurait également Anne Tartrais, une proche de Jérémie Ferrer, qui s’est fait tatouer « Blood and Honour » en haut du torse. Ce nom est tiré de la devise des jeunesses hitlériennes « Blut and Ehre », reprise par un groupe de musique. Aucun n’a toutefois été élu.

Militants de l'AF lors de la prise de fonction de Ravier, le 11 avril 2014. Au centre, Jérémie Ferrer avec un sweat «Kosovo». © LF Militants de l'AF lors de la prise de fonction de Ravier, le 11 avril 2014. Au centre, Jérémie Ferrer avec un sweat «Kosovo». © LF
A droite avec le béret, Antony Mura, militant de l'Action française et candidat FN dans le 1e/7e. © LF A droite avec le béret, Antony Mura, militant de l'Action française et candidat FN dans le 1e/7e. © LF

Pour mémoire, l’Action française est l’un des plus anciens mouvements d’extrême droite français, fondé en 1898 sur des positions antidreyfusardes, royalistes et nationalistes. Fidèle à l’idéologie de Charles Maurras, l’Action française fut notamment des émeutes antirépublicaines du 6 février 1934. En février 2014, l'AF Provence fêtait cet anniversaire en organisant un colloque sur « la prise du pouvoir » et « la théorie du coup d’État ». Tout un programme...

Capture du Facebook d'Anthony Mura Capture du Facebook d'Anthony Mura

L'Action française organise également des week-ends d'hommage à Louis XVI, invitant « tous les Français à venir témoigner de leur fidélité au roi, victime d’avoir trop aimé son peuple ». Chaque année en mai, ses militants défilent lors du rassemblement traditionnel de l’extrême droite célébrant Jeanne d'Arc. On les voit ici poser à Paris, avec à droite Jérémie Ferrer, candidat FN aux municipales 2014 de Marseille.

Les militants de l'AF lors du défilé de mai 2013. Jérémie Ferrer, candidat FN, est le 2ème en partant de la droite. © DR Les militants de l'AF lors du défilé de mai 2013. Jérémie Ferrer, candidat FN, est le 2ème en partant de la droite. © DR

L’Action française Provence, une des plus actives en France, était également présente en force cette année. Lors du défilé du 11 mai 2014, les militants marseillais et aixois se sont distingués par un autocollant de soutien au « légionnaire embastillé pour avoir voulu se défendre ». Il s’agit d’un légionnaire mis en examen pour « violences volontaires avec armes ayant entraîné la mort sans intention de la donner » après avoir tué un homme le 3 mai 2014 à la gare du Nord.

Jérémie Ferrer lors du défilé du 11 mai 2014, à Paris. © DR Jérémie Ferrer lors du défilé du 11 mai 2014, à Paris. © DR

Sur cette photo, les jeunes royalistes provençaux posent avec Alain Soral, 55 ans, de passage à Marseille au Diamant Palace, en janvier 2014. Autour de Soral au centre, on retrouve plusieurs proches de Stéphane Ravier, présents au soir du second tour ou lors de sa prise de fonction. Et notamment Guillaume Langlois (troisième en partant de la gauche), Jérémie Ferrer (au dernier rang tout à droite) ou encore Anthony Mura (accroupi devant avec un béret).

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Libération relate que dans sa conférence du 12 janvier, devant une salle comble, Soral a lancé : « Arrêtez de nous faire chier en France ! Ils ont un pays, Israël… ils oublient d’y aller. » Toujours selon le quotidien, à la tribune de Marseille, Soral se vantera d’avoir fait la fameuse quenelle au mémorial de la Shoah à Berlin, « un lieu de drague pédé », « pour en finir avec la religion shoatique ». Les militants de l'AF Provence en ont profité pour faire une quenelle avec l’intéressé, qui se définit comme « national-socialiste ».

Jérémie Ferrer et plusieurs militanst de l'AF provence aux côtés de Soral. © DR Jérémie Ferrer et plusieurs militanst de l'AF provence aux côtés de Soral. © DR

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Stéphane Ravier n'a pas répondu à nos nombreux appels. Contactée, l'Action française n'a pas pu confirmer la réelle appartenance des militants cités dans cet article, faute de fichier des adhérents. Sollicités sur Facebook, Anthony Mura, Jérémie Ferrer et Guillaume Langlois ne nous ont pas répondu. De même que l'Action française Provence, sollicitée à plusieurs reprises.

Lire le droit de réponse de Jérémie Ferrer reçu le 21 mai 2014.