Bloc contre bloc, Le Pen a choisi sa stratégie européenne

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Pour sa rentrée politique, Marine Le Pen s’est confortablement installée dans le match « mondialistes immigrationnistes », camp dans lequel elle range Emmanuel Macron, contre partisans du « retour des peuples » – celui de Trump, Orban et Salvini.

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Macron est seul, « affaibli », « impuissant ». Elle est portée par une « vague qui va balayer de sa puissance le monde ancien ».

Lors de son discours de rentrée, et malgré la situation financière pour le moins délicate de son parti, la présidente du Rassemblement national (ex-FN) a déroulé avec détermination l’axe principal de sa stratégie européenne.

À huit mois d’un scrutin où son parti est donné au coude à coude avec LREM, Marine Le Pen a choisi en Macron son seul et unique adversaire. Et « la submersion migratoire » comme seul et unique thème de campagneL’affrontement binaire qui a commencé à s’esquisser entre l’Europe d’Orban et celle de Macron lui va parfaitement, tant elle est persuadée que son camp en ressortira grand gagnant.

« En Hongrie, en Pologne, en Italie, en Autriche, nos idées sont déjà au pouvoir ! », s’est réjouie Marine Le Pen qui a réuni près de huit cents militants au Théâtre Forum de Fréjus (lire notre boîte noire). « Nous assistons partout au retour des peuples », s’est même enflammée la dirigeante du RN, inscrivant cette montée des nationalismes dans « un mouvement mondial » qui aurait déjà commencé en Inde, en Chine, en Russie avant de gagner les États-Unis de Donald Trump.

« Aujourd’hui, ce ne sont plus nous qui sommes isolés mais Mme Merkel qui perd du pouvoir chaque jour davantage, le titubant Juncker et le funambule Macron », a martelé l’ancienne candidate à l’élection présidentielle qui a prédit, avec des accents messianiques, l’avènement d’un « grand basculement politique » avec ce scrutin européen.

Marine Le Pen lors de sa rentrée à Fréjus © Reuters Marine Le Pen lors de sa rentrée à Fréjus © Reuters

Pour mieux installer ce face-à-face, Marine Le Pen a jeté avec condescendance une pelletée de terre sur les cercueils des « anciens partis LR ou le PS, figés dans le clivage droite-gauche, relégués au rang de figurants ». Tout juste Laurent Wauquiez a-t-il eu droit à une petite pique supplémentaire sur ses faux-semblants en matière d'immigration. Mais le président de LR ne mérite manifestement pas plus.

En cette rentrée, la présidente du RN a préféré taper à bras raccourcis sur un pouvoir qu’elle voit déjà vaciller. L’Union européenne de Macron, c’est « la subversion migratoire » et « la soumission aux oligarchies financières », a-t-elle expliqué. Un modèle qui a du plomb dans l’aile, tout comme ce jeune président déjà démonétisé après un été particulièrement catastrophique.

« À l’heure où tout le monde fait sa rentrée, lui donne plutôt l’impression de faire sa sortie. Il ne marche plus, il rame », s’est-elle gaussée, moquant, après un an d’exercice du pouvoir, l’inconsistance du parti présidentiel et les « fantômes » du gouvernement. « On ne dirige pas un pays comme la France seul, entouré de mercenaires de supermarché », a-t-elle lancé, manifestement enivrée par le climat politique européen. Toujours à son aise dans ce registre, elle a ironisé sur la dernière trouvaille élyséenne – vendre des mugs et des tee-shirts à l’effigie du président –, comme révélant son « penchant puéril et ridicule pour le nombrilisme ». Elle a patiemment mitraillé ce président qui s’émeut du « pognon de dingue » donné aux plus pauvres « devant sa vaisselle à 500 000 euros » et rappelé que, malgré les promesses du startuper, le chômage continue d’augmenter et que la croissance est en berne.

Un président qui n’a donc « plus d’argent pour le pouvoir d’achat des retraités, pour la police mais [qui] en a pour l’immigration », s'est-elle indignée, renouant avec le thème favori de son camp. Car à l’instar de ce qui a fait gagner ses partenaires européens de la Ligue ou du FPÖ, le seul et unique thème de cette campagne sera celui de « la submersion migratoire ».

Et sur ce sujet, où l’Union européenne serait mue par « une folle vision idéologique », Marine Le Pen n’hésite pas à dénoncer un vaste complot. « Nous vivons la submersion de l’Europe et la submersion silencieuse de la France (…) Cette submersion est organisée méticuleusement » par l’Union européenne.

Décrivant des préfets « qui n’ont qu’une priorité : l’implantation des migrants. Comment les acheminer, par cars, par bateaux, comment leur trouver un emplacement : là il n’y a pas de problèmes, l’argent coule à flots ! » pour leur fournir « des accompagnateurs, de l’argent de poche, des stages », Marine Le Pen a sorti la grosse artillerie avec l'aisance de celle qui sait que plus c’est gros, plus ça passe. Celle qui a renoncé à toute crédibilité sur le front économique a ainsi avancé le chiffre fantaisiste de deux milliards d’euros consacrés à l’AME (aide médicale d’État) qui correspond – tiens, tiens – au plan pauvreté annoncé par Macron. Qu'importe si le budget de l'AME est en réalité deux fois moindre, le message est là et il est simple : « Avec nous l’Aquarius n’accostera plus sur les côtes françaises. »

Citant à deux reprises l’essayiste Hervé Juvin, pressenti pour être tête de liste aux élections européennes, elle a expliqué, comme il l’avait fait le matin devant les cadres du parti, que « le combat des nations contre l’UE est un combat d’indépendance ». Décidément, le match Macron-Orban, « mondialistes » contre « réveil des peuples », a galvanisé une Marine Le Pen qui a presque réussi à faire oublier, en cette rentrée, la situation catastrophique de son parti.

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Cette année encore, Mediapart n'a pas été accrédité par le RN (ex-FN) pour assister au meeting de Marine Le Pen.