Documentaire: «Un monde sans fous?»

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Le documentaire «Un monde sans fous?», que Mediapart diffuse à partir d'aujourd'hui, démonte le discours sécuritaire qui tient lieu de politique de santé publique. Un projet de loi vise en effet à imposer des soins sous contrainte hors de l'hôpital. Texte dangereux, il pourrait avoir l'effet inverse de celui proclamé.

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«Un monde sans fous?» est le deuxième documentaire que diffuse Mediapart après «Torture made in USA» de Marie-Monique Robin, à l'automne dernier. Cette fois, notre volonté est de permettre au plus grand nombre d'entendre une parole qui réfute point par point les discours sécuritaires appliqués à la psychiatrie. Parce que l'accueil qu'une société réserve à ses fous témoigne de son degré de démocratie.

Ce documentaire a déjà été diffusé le 13 avril sur France 5, rassemblant une audience de plus de 400.000 personnes. En association avec les productrices de Cinétévé, Mediapart en propose la version longue (67 minutes, soit 12 minutes de plus) accompagnée de douze interviews vidéo. Alors que les contraintes d'un film imposent que seules quelques secondes soient sélectionnées au montage, les entretiens du juge Serge Portelli, des psychiatres Hervé Bokobza, Patrick Chemla, Daniel Zagury, Jean Oury, d'infirmiers et d'aides-soignants..., sont ici proposés dans leur intégralité. Ils témoignent aussi du long travail d'enquête du réalisateur, Philippe Borrel.


Ce documentaire arrive au moment même où un projet de loi réformant les soins en psychiatrie est en discussion. Ce texte prévoit une obligation de soins, pas seulement à l'hôpital, mais aussi à l'extérieur.

Jusqu'à présent, l'hospitalisation à la demande d'un tiers ou l'hospitalisation d'office (réclamée par le maire ou le préfet) organisent l'administration de soins sous contrainte pour les personnes présentant un danger pour elles-mêmes ou pour autrui. Avec ce projet de loi, les soins pourraient être demandés «sur simple certificat médical» par un tiers ou le préfet, et être imposés à la personne concernée, même si elle n'y consent pas, et en dehors d'une hospitalisation.

En d'autres termes, les lieux de soins et le domicile deviennent ainsi des espaces de contrôle et de contrainte. Et que se passera-t-il si le patient ne prend pas son traitement? «L'établissement de santé engage immédiatement une procédure de convocation. (...) Le directeur en informe le représentant de l'Etat.» Il «prend toutes mesures utiles» et «peut notamment ordonner la réhospitalisation du patient». La menace comme dernier arme, à défaut de convaincre.

Ce texte a pour objectif évident de répondre à la figure du «fou dangereux», illustrée récemment par le «pousseur du RER» et le «schizophrène auteur d'un meurtre à Grenoble». Ces drames existent et il faut tout faire pour éviter qu'ils se produisent. Mais d'une part, la réponse à ces faits divers ne doit pas occulter le fait que 1,5 million de personnes consultent chaque année en psychiatrie. D'autre part, que la majorité des criminels ne relève pas de la psychiatrie: il suffit de se rendre dans une cour d'assises pour le constater.

Sous couvert de protéger la société, ce projet de loi est à l'opposé des besoins de la psychiatrie et de ses usagers, et, comble de l'absurdité, il peut avoir un effet totalement inverse.

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J'ai volontairement restreint cette réflexion aux effets que l'on peut attendre de cette loi sur les grands psychotiques parce que ce sont eux qui sont le plus inaccessibles aux soins. Mais ils ne seront pas les seuls à qui s'appliquera la loi. Dans un souci de concision, je n'ai pas non plus détaillé les besoins en lits, en personnel, en formation, pas plus que le transfert des soins vers le monde associatif qui mériteraient tout autant qu'on s'y attarde.

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