Comptes de Hamon: une campagne grand format pour un score miniature

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Avec 6,36 % des suffrages exprimés, le candidat du PS a enregistré un score historiquement faible lors de la dernière présidentielle. Mais il a dépensé 15 millions d'euros en quelques mois. Soutiens de Hamon et cadres du PS se renvoient la responsabilité de l'échec.

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Les millions ne suffisent pas toujours à faire une élection. Malgré une campagne éclair de quelques mois, Benoît Hamon a été le deuxième candidat le plus dépensier de la présidentielle 2017, juste derrière le vainqueur Emmanuel Macron. Pourtant, le chef de file du Parti socialiste n’a rassemblé que 6,36 % des suffrages exprimés au premier tour. Un score historiquement faible, qui ramène le coût de sa campagne à 6,58 euros par voix.

La campagne de Benoît Hamon a été marquée par la désorganisation et la division. © Reuters La campagne de Benoît Hamon a été marquée par la désorganisation et la division. © Reuters

Quand ils ont vu les premiers résultats remonter du terrain, les socialistes ont même cru à la catastrophe : un score en dessous des 5 %, seuil qui ouvre le droit au remboursement partiel des dépenses électorales. Finalement, après quelques sueurs froides, Benoît Hamon a quasiment fait le plein du remboursement de l’État applicable à un candidat de premier tour, autour de 8 millions d’euros.

Ses dépenses ont en effet été peu retouchées par la Commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP) : après examen, les rapporteurs ont seulement procédé à la réintégration de frais de la primaire de la Belle Alliance populaire (autour de 35 000 euros) ; un ajout qui a par ailleurs été compensé par le retranchement de plusieurs dépenses non directement liées à la présidentielle.

Comptes de campagne de la présidentielle 2017. © Mediapart

Au-delà de ces ajustements sans conséquence, ni pour le candidat ni pour le contribuable, les échanges entre la CNCCFP et l'équipe de Benoît Hamon mettent en lumière les coulisses d’une campagne marquée par la désorganisation et les erreurs de gestion. Le tout dans un contexte de tensions extrêmes au sein des socialistes, entre un « frondeur », démissionnaire du gouvernement et vainqueur fin janvier de la primaire face à l’ancien premier ministre Manuel Valls, et un exécutif en pleine déconfiture.

« Cela a tenu du sabotage politique et opérationnel », juge sévèrement Bastien Recher, secrétaire général adjoint de la campagne. Ce fidèle de Benoît Hamon, aujourd’hui engagé dans son nouveau mouvement Génération.s, considère que son courant a fait « preuve d’une forme de naïveté par rapport au PS ». « Nous pensions sincèrement que les équipes dirigeantes avaient intérêt à ce que tout se passe le mieux possible... »

En réalité, selon lui, la campagne n'a eu de cesse d'être entravée, depuis Solférino, par ceux qui n'ont jamais souhaité que Benoît Hamon prenne en main le parti. Absence de propositions de campagne, de pré-réservation pour les meetings ou même de repérage pour la location d'un local de campagne : « Quand nous avons remporté la primaire, nous avons constaté que rien n’avait été préparé pour la campagne », déplore Bastien Recher.

Le trésorier du PS Jean-François Debat conteste cet état des lieux : « Ils ne peuvent pas dire que le parti n’a pas joué le jeu. » L’argentier rappelle que la campagne a été « calibrée pour un grand candidat ». Le Parti socialiste a en effet financé la campagne de Benoît Hamon en empruntant 8 millions d’euros, prêt garanti par le remboursement du premier tour, et en engageant sur fonds propres les plus de 7 millions d’euros supplémentaires. Bastien Recher en convient : « Sur ce point, le parti a été réglo. »

En revanche, l’ancien secrétaire général adjoint de la campagne dénonce les dissensions avec le parti, qui n'ont fait que se renforcer au fil des semaines. Il en veut pour preuve les réunions censées coordonner les équipes du PS et du candidat et qui ont été désertées au fil des semaines. Un cadre du PS, ayant voté Hamon à la primaire, estime que ce dernier a fait l'erreur de ne pas « s'appuyer sur des gens ayant l'expérience d'une présidentielle ». « C'est compliqué de mener campagne avec une équipe qui a fait une primaire très artisanale et qui a compris au dernier moment qu'elle devait concourir à l'élection du président de la cinquième puissance mondiale », expose-t-il sous couvert d'anonymat.

Sur le terrain, les fédérations n'ont pas toutes aidé à dynamiser une campagne déjà terne. « Que des gens aient traîné des pieds, bien sûr, quand une campagne ne va pas bien, c’est logique », reconnaît Jean-François Debat. Toutefois, pour le trésorier du PS, ancien soutien de Manuel Valls, l'échec de la campagne incombe autant au bilan du quinquennat qu’à la stratégie des hamonistes : « C’est 50/50. François Hollande avec la loi El Khomri, la loi Macron et la déchéance nous a fait chuter à 12 dans les sondages, et Benoît, qui n'a pas élargi son discours après la primaire, nous a amenés à 6. »

Bastien Recher garde lui en mémoire les retournements de veste ou les prises de position publiques contre le candidat : « Pour Hollande, on était l’homme à abattre. On aurait dû rompre de façon beaucoup plus claire. » Mais avec quel argent, à trois mois de l’élection ? Impossible équation.

En avril 2017, les équipes de campagne ont lancé le « Hamon Tour ». © benoithamon2017.fr En avril 2017, les équipes de campagne ont lancé le « Hamon Tour ». © benoithamon2017.fr

À l'image de ces atermoiements, l’équipe de campagne a navigué à vue pendant des semaines, par exemple en multipliant les déplacements, quitte à fatiguer le candidat à la veille des débats télé et à faire grimper les coûts.

Près de 150 000 euros ont ainsi été dépensé en avril 2017 dans la fameuse « caravane du revenu universel », le « Hamon Tour », censé parcourir 100 villes pour expliquer le programme ; une initiative totalement improvisée et à l’impact limité.

Dans la dernière ligne droite de la campagne, l’organisation du meeting-concert de la place de la République, à Paris, a aussi contribué à faire chauffer la note.

Les rapporteurs de la CNCCFP se sont d’ailleurs étonnés des tarifs pratiqués par la société RegieTeK, qui a facturé 463 680 euros pour cet événement. « Au niveau des frais de personnel, au regard des prix du marché, les frais apparaissent en moyenne 60 % plus élevés », a relevé la Commission.

Autre grief concernant le matériel : « Les prix de location des équipements apparaissent 2 à 3,5 fois plus élevés que les prix du marché », selon la CNCCFP. Finalement, après avoir notamment noté que l'opération avait été organisée dans l’urgence, la Commission n’a pas réévalué cette dépense. « Pour République, on a pris la seule entreprise encore disponible, au dernier moment », confirme Recher, qui assure que le nouveau mouvement Génération.s ne travaille pas avec les prestataires les plus importants de la présidentielle.

Les dépenses complémentaires du meeting de la place de la République ou du « Hamon Tour » ont fait grimper le budget d’un peu moins d'un million d’euros. Initialement, l’équipe Hamon avait présenté au PS un prévisionnel de « 14,5 millions d’euros », selon Bastien Recher. « On était à 14,2 ou 14,3 », pour Jean-François Debat.

Les imprévus de la campagne auront porté ce budget à 15,072 millions, dont 6,110 millions pour les meetings (dont un million pour le seul grand meeting de Bercy). Une variation de 5 % qui reste notable au regard du résultat de la campagne. « La question des moyens est indissociable de celle de l'espace-temps. On peut dépenser 15 millions d'euros à l'arrache en trois mois, comme dépenser intelligemment 10 millions d'euros pendant plusieurs mois », appuie le cadre du PS précédemment cité. Avant d'ajouter, fataliste : « De toute façon, nous étions dans un tel état de délabrement dans l'opinion que, quels que soient le candidat et la campagne, il se faisait tuer. »

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Nous n'avons pas encore pu consulter l'intégralité du compte de campagne de Benoît Hamon, mais avons en revanche récupéré la procédure contradictoire engagée par les rapporteurs.

Comme nous le faisons pour tous les principaux candidats de l'élection présidentielle, nous poursuivons nos recherches visant à analyser leurs dépenses et recettes.

Retrouvez ici quelques-unes de nos enquêtes sur les autres principaux candidats de la présidentielle :`

- Les « ristournes » d'Emmanuel Macron ;

- L'argent russe du FN et le florissant business de cadres de l'extrême-droite ;

- Les angles morts des comptes de campagne François Fillon ;

- Les montages artisanaux de Jean-Luc Mélenchon ;

En février, nous avons également publié ce « parti pris » pointant les graves lacunes du dispositif de contrôle actuel.