Après Hénin-Beaumont, l'émergence d'un laboratoire de la mutation du FN?

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Dans une note tout juste publiée à la fondation Jean-Jaurès, le directeur adjoint de l'Ifop, Jérôme Fourquet, analyse les ressorts de la nouvelle dynamique du vote FN, à Hénin-Beaumont comme dans l'eurorégion Nord-Ouest, où la mutation idéologique impulsée par Marine Le Pen permet au parti d'extrême droite de résister dans les urnes. Selon Jérôme Fourquet, le discours anti-élite et l'implantation dans des zones rurales «pourraient ainsi créer un nouvel espace politique alors que l'UMP et Nicolas Sarkozy continuent d'occuper le terrain sur l'insécurité et l'immigration».
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Enfin la science politique au sens large daigne se réintéresser au Front national, et aux contours d'un possible rebond, niés par tous ceux qui ont abandonné cet objet d'étude en préférant décréter que Nicolas Sarkozy l'avait génialement Prolonger"), comme lors des dernières élections européennes dans la région Nord-Ouest.

 

Directeur adjoint du département Opinion à l'Ifop, Fourquet (déjà interrogé par Mediapart à propos du NPA – un autre secteur d'étude qu'il a intelligemment choisi de pas délaisser) livre sur 12 pages une analyse détaillée aux enseignements forts instructifs. D'où il ressort que loin du particularisme local et conjoncturel avancé par certains, la montée en puissance du FN à Hénin-Beaumont pourrait préfigurer une mutation du parti d'extrême droite, axée sur un discours anti-élite susceptible d'élargir la base de son électorat aujourd'hui réduit à peau de chagrin.

 

Au regard de deux sondages réalisés dans la cité minière, pondérés par les résultats bureau de vote par bureau de vote, le sondeur remarque entre les scrutins municipaux de 2008 et 2009 que la «poussée s’est effectuée tous azimuts», quelles que soient les catégories de l'électorat. Et Fourquet de relever que seuls les cadres et professions intermédiaires sont encore récalcitrants au vote frontiste. En outre, parmi ceux qui résistaient encore à glisser un bulletin "Briois/Le Pen" dans l'urne, le vote des femmes a progressé de 15 points, celui des "+ de 65 ans" de 23 points et celui des "- de 35 ans" de 13,5 points.

 

Autre idée reçue battue en brèche, l'augmentation du score entre les deux tours de 2009 (de 39,3% à 47,7%) serait dû à un bon report des voix qui s'étaient portées sur la liste "divers gauche" de l'ancien maire PS Pierre Darchicourt, et non de l'UMP.

 

Puis, Fourquet étend son analyse électorale au vote FN dans l'eurorégion Nord-Ouest, lors du dernier scrutin européen, qui est la circonscription ayant le mieux résisté (une évolution relative de -21%, contre -49% en Île-de-France et -31% dans le Sud-Est).

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