Paparazzi: la plainte de Macron jugée sans fondement

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L’enquête préliminaire ouverte cet été contre un paparazzi sur plainte de l’Élysée a été classée sans suite pour « absence d’infraction », et non pas suite au retrait de cette plainte par la présidence de la République, comme cela a été annoncé.

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La communication est tout un art. L’Élysée a vraisemblablement fait fuiter, voilà quelques jours, une information censée montrer à quel point Emmanuel Macron est un président sage et magnanime. Challenges recueille ce tuyau élyséen, et se charge de le relayer avec tambours et trompettes : « EXCLUSIF. Emmanuel Macron vient de décider d'abandonner ses poursuites judiciaires qu'il avait engagé [sic] contre un paparazzi. Une façon aussi de réchauffer ses relations avec les médias », annonce l’hebdomadaire ce jeudi 15 septembre. La nouvelle est aussitôt reprise par la plupart desdits médias.

La réalité est un peu moins glorieuse. Selon des informations obtenues par Mediapart de sources concordantes, s'il est mis un terme à cette affaire très médiatisée, c’est en fait parce que le parquet de Marseille n'a rien découvert qui puisse être poursuivi sur le plan judiciaire, et a récemment classé sans suite l’enquête préliminaire ouverte en août pour « harcèlement » et « atteinte à la vie privée ». Bref, la plainte de l’Élysée ne tenait pas la route. Ce classement sans suite a été prononcé pour « absence d’infraction », ce qui signifie clairement que le photographe en question, Thibaut Daliphard, n’a commis aucun des délits que l’Élysée lui reprochait.

« J’ai reçu voici quelques jours un courrier du parquet de Marseille daté du 11 septembre m’annonçant le classement sans suite de l’enquête visant mon client pour absence d’infraction », explique l’avocat du photographe, Gabriel Denecker (du barreau de Lille), contacté par Mediapart. Précision importante : « Il n’est pas fait état d’un retrait de plainte dans ce courrier », relate MDenecker.

Emmanuel et Brigitte Macron © Reuters Emmanuel et Brigitte Macron © Reuters
Selon le récit fait à son avocat, le photographe a été contrôlé une première fois par un officier de sécurité devant la résidence privée de Marseille où les époux Macron passaient quelques jours de vacances au mois d'août, et s’est vu répondre qu’il n’y aurait pas de possibilité de prendre des clichés ce jour-là, mais éventuellement quelques jours plus tard. Le lendemain, l’Élysée venant de confirmer que le couple présidentiel y passait ses vacances, le photographe se présente à nouveau devant la résidence pour aller aux nouvelles auprès du même policier, sans appareil photo, et se retrouve alors embarqué et placé en garde à vue pendant six heures. Le dépôt de plainte est annoncé dimanche 13 août.

« Il n’y a eu ni harcèlement, ni violation de la vie privée. C’est ce que confirme le classement de l’enquête pour absence d’infraction. En revanche, il y a bien eu une garde à vue pour rien, on pourrait parler de détention arbitraire, expose MDenecker. Il est possible que des policiers aient fait du zèle, et que le président de la République ne soit pas à l’origine de ces hauts faits d’armes, mais par la suite il les a assumés en annonçant le dépôt de plainte. » Pour l’avocat de Thibaut Daliphard, on a ainsi « sali son honneur et celui de sa profession ». Aux yeux de l’avocat, une lettre de regrets de l’Élysée aurait été préférable à ce vrai-faux retrait de plainte par voie de presse.

Selon des sources informées, la présidence de la République a effectivement retiré sa plainte contre le photographe, mais en ayant déjà connaissance, par le ministère de la justice, des résultats plus que décevants de l'enquête et de la volonté du parquet de Marseille de la clore logiquement par un classement sans suite. Il restait à savoir si ce retrait de plainte a été effectué au vu des intentions du procureur (annoncées par voie hiérarchique), ou après sa décision effective de classement sans suite (transmise par le même canal), ce qui ne change finalement rien à l'affaire, on va le voir. Dans tous les cas, ce retrait de plainte présidentiel n’est pas mentionné sur le courrier adressé le 11 septembre par le parquet à l’avocat du photographe.

Sollicitée par Mediapart ce lundi 18 septembre, la conseillère presse et communication d’Emmanuel Macron déclare que « la plainte qui avait été déposée au nom du président de la République a été retirée dans un souci d’apaisement, et c’est ce qui explique la décision de classement sans suite ». Questionnée sur les modalités de dépôt et de retrait de cette plainte, la conseillère explique qu’il s’agissait en fait d’un « signalement effectué auprès du parquet de Marseille par le GSPR » (Groupe de sécurité de la présidence de la République), et que c’est le GSPR qui a « retiré son signalement ». Quant à la date de ce « retrait de signalement », l’Élysée promet de la retrouver et de la communiquer rapidement. Après quelques heures, la conseillère répond à Mediapart que la plainte a été retirée le 4 septembre.

Dès le départ de cette affaire marseillaise, le photographe et l’Élysée n’avaient pas la même version des faits. La présidence de la République a d'abord affirmé au mois d’août que le paparazzi, placé en garde à vue, s’était introduit dans la propriété privée occupée par le chef de l’État. Thibaut Daliphard, interrogé par RMC/BFMTV, avait formellement contesté : « Ça fait dix ans que je fais ce métier, je ne me suis jamais introduit dans une propriété privée, je n'allais certainement pas commencer par celle d'Emmanuel Macron. » Cas d’école : voudrait-il déposer plainte contre Emmanuel Macron pour diffamation ou dénonciation calomnieuse qu’il ne le pourrait pas. Bénéficiant de l'immunité pénale accordée au chef de l’État (article 67 de la Constitution) le président de la République peut raconter ce qu’il veut sur ce photographe et le poursuivre en justice, sans se soucier d’être poursuivi à son tour.

Sollicités par Mediapart, ni le procureur de Marseille ni Thibaut Daliphard n'ont donné suite.

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Mis en ligne lundi 18 septembre à 18 heures, cet article a été mis à jour et complété à 19 h 30 avec la date du retrait de la plainte, dès qu'elle a été communiquée par la présidence de la République.