La droite limite la casse, le FN obtient huit députés

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La vague Macron n’a pas totalement submergé la droite. L’alliance LR-UDI obtient 130 sièges et peut se satisfaire d’être, de très loin, la principale force d’opposition, même si les divisions internes sont déjà apparues. Le FN est loin de ses objectifs et n'aura probablement pas de groupe. 

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Comme un soulagement. La droite qui espérait, il y a un mois encore, obtenir la majorité absolue, en était presque, ce dimanche soir, à se réjouir de voir élire un peu plus d’une centaine de députés à l’Assemblée nationale. Il est vrai que la droite LR-UDI a plutôt mieux résisté qu’annoncé à la vague LREM. « La campagne intense que nous avons menée, circonscription par circonscription, a permis ce soir la constitution d’un groupe suffisamment important pour faire valoir nos convictions, pour défendre nos valeurs », a déclaré à peine les résultats connus, François Baroin.
Pour le chef de file de la droite, ces députés « porteront la responsabilité essentielle d'incarner la première force d'opposition sur les bancs de l'Assemblée nationale », puisque le groupe LR-UDI avec 130 sièges sera, de très loin, le groupe le plus important face à LREM.

François Baroin au siège Les Républicains © Reuters François Baroin au siège Les Républicains © Reuters

Un certain nombre de ténors qui étaient sérieusement menacés ont été réélus ce dimanche. C’est le cas d’Éric Woerth dans l’Oise, de Claude Goasguen à Paris ou Daniel Fasquelle dans le Pas-de Calais. L’ancien président du groupe LR à l’Assemblée Christian Jacob est lui aussi confortablement réélu, tout comme Éric Ciotti à Nice ou Valérie Boyer à Marseille. On notera que cette dernière est la seule « filloniste » rescapée, avec les défaites ce dimanche de Jérôme Chartier et Jean-François Lamour, et l’élimination dès le premier tour d’Isabelle Le Callennec et Vincent Chriqui. Le co-fondateur de la droite forte, Guillaume Peltier, est enfin parvenu à se faire élire et ce malgré une fin de campagne marquée par le scandale de la « candidate fantôme » dans sa circonscription

Du côté de l’UDI, ont été réélus Jean-Christophe Lagarde en Seine-Saint-Denis, Charles de Courson dans la Marne, ou Maurice Leroy dans le Loir-et-Cher.

Quel est le poids des « Macron compatibles » chez les vainqueurs ? La question va s’avérer cruciale dans les prochains jours où la droite pourrait se scinder en deux groupes, l’un d’opposition frontale à la majorité macroniste, l’autre « constructif » et prêt à voter la confiance au gouvernement. Parmi ceux qui avaient le plus bruyamment appelé à saisir la « main tendue » d’Emmanuel Macron, les résultats sont en demi-teinte. Si Thierry Solère dans les Hauts-de-Seine, Franck Riester en Seine-et-Marne, Laure de La Raudière ou encore Yves Jégo sont élus, en revanche, Nathalie Kosciusko-Morizet est, elle, battue tout comme les juppéistes Gilles Boyer et Maël de Calan.

Par ailleurs, alors que LREM et le MoDem bénéficient d’une écrasante majorité, l’intérêt politique de bénéficier d’un « groupe d’appoint » a beaucoup perdu de son sens.

Les résultats à peine connus, plusieurs dirigeants LR ont d’ailleurs commencé à fustiger l’attitude de ces députés, les accusant même d’avoir provoqué la défaite de leur famille politique. « Ceux qui par leur comportement nous ont fait perdre des députés n’ont plus leur place dans notre famille politique », a ainsi déclaré Éric Ciotti sur son compte Twitter.

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Quelques jours plus tôt, Brice Hortefeux avait d’ailleurs dénoncé dans un entretien au Parisien « ce jeu dangereux incarné par une poignée d'élus LR qui ne viennent même plus siéger dans nos instances de débat. Ils vont à l'encontre de la nécessaire unité des Républicains ».

Après cette défaite, le débat sur la ligne du parti, mis sous le boisseau pendant ce long tunnel électoral, a déjà repris. Plusieurs personnalités LR ont ainsi, dès dimanche soir, appelé à reconstruire la droite en profondeur, jugeant que le macronisme triomphant l’avait d’un coup totalement ringardisée. « Ce n’est pas une défaite, c’est la fin d’une époque, on n’a pas su renouveler le logiciel politique depuis 2012. (…) On a semblé plus attachés à la France d’hier qu’à celle de demain, il faut tout refaire du sol au plafond », a ainsi déclaré Valérie Pécresse sur France 2. «  Qu’on n’ait pas parlé d'écologie, qu’on ait semblé en retrait sur l’égalité hommes-femmes, c’est complètement dingue », a-t-elle ajouté.

Christian Estrosi a, de son côté, expliqué qu’il fallait « maintenant tirer les leçons de l’échec et très rapidement clarifier notre ligne politique et redéfinir nos valeurs fondamentales ». Dans un communiqué, le maire de Nice demande également que ce débat ait lieu dès ce lundi « au bureau politique et avant la réunion du groupe parlementaire ». Celui qui se présente désormais comme le rempart contre la montée du FN dans la région PACA, s’est par ailleurs félicité que dans son département le FN échoue à envoyer un seul député à l’Assemblée.

Pour la droite, le résultat décevant du FN, qui malgré ses huit sièges ne peut constituer un groupe à l’Assemblée, est l’autre relative bonne nouvelle de la soirée. C’est dans le Nord-Pas-de-Calais, où le PS a littéralement disparu, que le FN réalise sa plus spectaculaire percée avec cinq députés élus. Marine Le Pen est enfin élue dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, mais aussi Sébastien Chenu, José Évrard, Bruno Bilde et Ludovic Pajot.

Après trois tentatives infructueuses, Louis Aliot est parvenu, de justesse, à se faire élire contre la candidate LREM. Gilbert Collard est, lui, réélu sur le fil avec 50,16 % des voix contre l’ex-torera Marie Sara. En revanche, dans un parti profondément fracturé, la défaite de Florian Philippot qui échoue une nouvelle fois à se faire élire en Moselle, comme de son frère Damien, parachuté dans l’Aisne, pourrait avoir de lourdes conséquences sur l’avenir du Front national.

Rallié à Marine Le Pen dans l’entre-deux-tours, le président de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan conserve son siège de l’Essonne. Il avait d’ores et déjà annoncé qu’il ne siégerait pas avec le FN.

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Cet article a été actualisé lundi avec les chiffres définitifs.