Hépatite C: peut-on soigner à n’importe quel prix?

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Pilule en or massif, le Sovaldi du laboratoire Gilead a déjà coûté plus d’1 milliard d’euros à l’assurance maladie, pour seulement 25 000 patients soignés de l’hépatite C. Les malades réclament un plus large accès à ce médicament quand l’industrie pharmaceutique impose des tarifs insensés. Des ONG dénoncent « l’avidité » du laboratoire.

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Médecins du monde a mis les pied dans le plat, samedi 16 avril, à l’occasion du Congrès international du foie, qui a réuni à Barcelone le monde médical et pharmaceutique : « Presque toutes les personnes avec l’hépatite C peuvent guérir grâce aux nouveaux antiviraux à action directe, mais l’avidité du laboratoire Gilead empêche l’accès universel à leurs médicaments pourtant vitaux. Des gens continuent à mourir inutilement, tandis que Gilead récolte des milliards de profit annuel. »

En France, l’association de patients SOS Hépatites a adressé une lettre ouverte à la ministre de la santé, publiée dans le Club de Mediapart, lui demandant d’ouvrir l’accès aux nouveaux traitements contre l’hépatite C. L’association relaie les témoignages de malades auxquels le Sovaldi de Gilead, qui domine très largement le marché des antiviraux à action directe, est toujours refusé.

Yvette par exemple : « Je dois me débarrasser de ce virus. La pire violence que je subis, c'est le refus de droit aux soins ! » Ou Françoise, à qui le traitement est également refusé : « C'est injuste. De plus, je souffre de plus en plus d'insomnies, de douleurs hépatiques… » « Les restrictions n’ont plus de raison d’être, renchérit Marc Bourlière, gastro-entérologue et hépatologue à l’hôpital Saint-Joseph à Marseille. Aujourd’hui, le nombre de patients traités diminue parce qu’ils sont moins nombreux à être éligibles. Or le gain en termes de morbi-mortalité est très important pour tous les patients, à long terme. »

Manifestation à Barcelone où s’est tenu du 13 au 17 avril le Congrès international du foie © TAG Manifestation à Barcelone où s’est tenu du 13 au 17 avril le Congrès international du foie © TAG
Le virus de l’hépatite C est une maladie infectieuse virale du foie qui se transmet par voie sanguine. En France, l’épidémie est mal cernée : environ 230 000 personnes seraient porteuses du virus en France, mais seules 140 000 sont diagnostiquées. Dans le monde, 150 millions de personnes vivent avec une hépatite chronique, qui se caractérise par une inflammation du foie. Chez la plupart des individus, le virus reste longtemps en sommeil. Mais il se réveille, parfois plusieurs décennies après la contamination, chez 10 à 20 % des individus qui développent une cirrhose hépatique évoluant parfois vers un cancer du foie.

L’arrivée du Sovaldi (la molécule est le sofosbuvir) a constitué une rupture thérapeutique : un traitement de trois mois est suffisant, sans effets secondaires majeurs. Et il est efficace à 90 % : le virus n’est plus détectable chez les personnes traitées. Le précédent traitement, très long, aux effets secondaires très lourds, ne guérissait qu’un patient sur deux. Mais deux ans après son arrivée sur le marché français, l’accès au sofosbuvir reste restreint en France aux malades dont le foie est le plus malade. En juin 2014, la Haute Autorité de santé a recommandé de ne traiter que les malades qui ont une fibrose hépatique (consécutive à l’inflammation du foie) aux stades F3 ou F4. Sont pour l’instant exclus les malades dont les fibroses sont aux stades F0, F1 ou F2.

« Pour nous, cela n’a pas de sens, explique Yann Mazens, le directeur de SOS Hépatites. Ce traitement est utile pour tous les malades. Et au-delà du bénéfice individuel, il y a un bénéfice collectif : si tout le monde est traité, nous pouvons éradiquer l’épidémie de l’hépatite C. En France, c’est la première fois qu’on instaure une discrimination dans l’accès à un médicament pour des raisons financières. »

En effet, lorsque le ministère de la santé a saisi en 2014 la Haute Autorité de santé pour qu’elle se prononce sur le Sovaldi, il a évoqué « un risque financier majeur pour la solidarité nationale ». Il s’est confirmé : en 2014 et 2015, seuls 25 000 patients ont été traités, mais l’assurance maladie a dû débourser au moins 1 milliard d’euros. C’est l’équivalent du budget d’un gros CHU français, alors que le système de santé est soumis à un plan d’économies sans précédent qui pèse sur la qualité des soins et les conditions de travail des professionnels de santé.

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