France

Redon : le jeune homme mutilé porte plainte pour « violences volontaires » contre les gendarmes

Un jeune homme de 22 ans a eu sa main arrachée à la suite de l’intervention des gendarmes le 18 juin dernier, qui ont massivement tiré des grenades, notamment des GM2L. Il porte plainte, ce mardi 20 juillet, contre les gendarmes pour « violences volontaires avec armes » et pour « non-assistance à personne en danger ». Comme nous l’avions révélé, les pompiers, appelés à plusieurs reprises, n’ont pu intervenir.

Pascale Pascariello

20 juillet 2021 à 14h34

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Le jeune homme de 22 ans, Alban*, qui a eu sa main arrachée à Redon (Ille-et-Vilaine), le 18 juin, lors d’une opération des gendarmes pour réprimer une free party interdite, vient de déposer plainte, le 20 juillet, pour « violences volontaires avec armes par personnes dépositaires de l’autorité publique, et ayant entraîné une infirmité permanente », ainsi que pour « non-assistance à personne en danger ». Aucun secours n’avait pu le prendre en charge, comme nous l’avions révélé (à lire ici)

Redon, 19 juin 2021. © Loic Venance, AFP.

Le 18 juin, aux abords d’un ancien hippodrome, en pleine campagne, les gendarmes ont fait un usage massif de grenades lacrymogènes et de grenades GM2L. Remplaçant les GLI-F4, à charge explosive, les GM2L ont une composition pyrotechnique susceptible d’arracher un membre. D’après nos informations, elles présentent également des dysfonctionnements qui ont contraint le ministère de l’intérieur à interdire leur lancer à la main, depuis le 1er juillet. 

Dans sa plainte, Alban explique s’être rendu en autostop à la fête pour y retrouver des amis. Une fois sur place, il se souvient des « groupes de personnes assises au milieu des gaz lancés par les forces de l’ordre » et d’avoir « entendu des bruits d’explosion », certainement des « grenades assourdissantes ».

Puis, un « engin explosif a déchiqueté ma main droite », victime « d’une arme employée par les forces de l’ordre ». Ce sont des personnes « qui étaient proches de moi au moment des faits m’ont amené eux-mêmes auprès des services hospitaliers de Redon », avant qu’il soit transféré à Rennes.  

Amputé de sa main droite, Alban « souffre encore à ce jour de multiples conséquences physiques et psychologiques de cet événement ».

Il dénonce, dans sa plainte, les conditions de sa première audition réalisée par les enquêteurs le 29 juin, dans le cadre de l’enquête initialement ouverte par le procureur de Rennes sur l’origine de ses blessures. Lorsqu’il a été entendu, il a été pris par « la fatigue engendrée par l’audition en elle-même et par les conséquences encore vive de son amputation et du traitement médicamenteux ».

En déposant plainte, il espère qu’une enquête pénale sera déclenchée pour « violences volontaires », regrettant que l’enquête ouverte, au lendemain des faits, par le parquet de Rennes, l’ait été sous « une qualification minimaliste de violences involontaires avec interruption totale de travail de plus de trois mois ».

Elle ne prend en compte « ni l’infirmité permanente ni l’usage d’une arme par les forces de l’ordre », déplore l’avocat d’Alban, MStephane Vallée, auprès de Mediapart. « Cette enquête qui reste sous l’autorité du parquet ne tient absolument pas compte dans ses qualificatifs de la gravité de la situation, poursuit-il. On peut être amené à avoir des soupçons sur la façon dont elle est conduite. »

L’avocat rappelle qu’il faut se poser la question du maintien de l’ordre et de ses moyens, et refuse que l’histoire d’Alban soit « un énième titre dans les journaux. Comme s’il était normal aujourd’hui de perdre sa main pour un jeune homme de 22 ans lors d’un rassemblement festif. Rien ne le justifie ! Il faut qu’il y ait une vraie prise de conscience qu’il n’est pas possible que les forces de l’ordre mutilent des jeunes et que les autorités décident de telles opérations »

Les gendarmes ont eux-mêmes indiqué, dans leur compte rendu d’opérations, avoir déclenché, à partir de minuit trente, « des tirs nourris de grenades ». Les pompiers, quant à eux, signalent dans leur rapport d’intervention une urgence vitale à 2 h 49 pour « un blessé main arrachée par grenade ».

Le parquet de Rennes n’a pas, à ce jour, ouvert d’enquête sur l’absence de secours déployés pour les teufeurs. Pourtant, les pompiers ont noté dans leur rapport que leur véhicule est resté bloqué au « rond-point des Noës », à plusieurs centaines de mètres de l’ancien hippodrome.

Comme nous l’avions relaté, alors que leurs véhicules, sécurisés par les forces de l’ordre, ont pu prendre en charge les gendarmes blessés, ils n’ont en revanche pas été autorisés à le faire pour les jeunes blessés, dont Alban. L’un des pompiers, de garde ce soir-là, a confié à Mediapart avoir eu « honte d’être pompier ».

Cette nuit-là, plusieurs jeunes viennent en aide à Alban, notamment pour lui faire rapidement un garrot, le soutenir et le conduire en urgence à l’hôpital – certains ont témoigné auprès de Mediapart (à lire ici et ) et de Brut (qui annonce également le dépôt de plainte). Alors qu’Alban vient de perdre sa main, les forces de l’ordre, averties en temps réel de ses blessures, ne font rien.

À 2 h 53, des gendarmes infiltrés en civil parmi les jeunes informent pourtant qu’un « individu [a été] blessé à la main ». Ces agents de la cellule départementale d’observation et de surveillance (CDOS) précisent quatre minutes plus tard qu’il a « la main arrachée ». Les gendarmes continuent à tirer sans prendre la décision de l’évacuer.

Un autre jeune, Valentin, a lui aussi alerté les gendarmes. « Lorsque j’ai vu le jeune qui n’avait plus de main, j’ai tout de suite appelé les pompiers, à 2 h 46. Mais ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas rentrer sur le site et qu’il fallait voir avec les gendarmes », explique-t-il auprès de Mediapart. Après près de deux minutes de discussion avec les secours, Valentin compose alors le 17, à 2 h 50.

« On ne peut rien faire, m’a-t-on dit. Avec un ton presque moqueur et en me demandant si j’avais d’autres informations à fournir. C’était indécent alors que je demandais de l’aide, il ricanait en essayant de glaner je ne sais quoi et m’a raccroché au nez. »

Ancien militaire, Valentin « ne respecte plus désormais la gendarmerie. Pas un seul ne s’est dit qu’un jeune était en danger. Comment est-ce possible d’agir ainsi ? C’est criminel. »

Pascale Pascariello


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