Avec «Edouard Philippe 2», Emmanuel Macron tente un nouveau départ

Ferrand, Bayrou, Goulard et Sarnez partis à cause des affaires, Édouard Philippe se retrouve à la tête d'un nouveau gouvernement aux airs, déjà, de synthèse macroniste. L'équipe n’a plus grand-chose de l’escouade « resserrée » promise. Portraits des nouveaux entrants.

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Passations de pouvoir express pour nouveau gouvernement. Mercredi soir, sitôt le gouvernement « Philippe 2 » connu, les premières passations entre les nouveaux ministres et leurs successeurs ont eu lieu en un éclair. Il fallait vite dissiper cette impression de flottement, voire d’amateurisme, qui flotte depuis quelques jours au sommet de l’État.

Effacer ces derniers jours catastrophiques, où quatre ministres de plein exercice, parmi les plus exposés du gouvernement, ont dû renoncer à leur poste : le fidèle Richard Ferrand, toujours secrétaire général du parti présidentiel, sous le coup d’une enquête préliminaire ; d’éminents ministres issus du MoDem, balayés par le soupçon d’irrégularités dans l’emploi d’assistants et de collaborateurs du parti centriste. Exit, la ministre des armées Sylvie Goulard. Exit la ministre de l’Europe, Marielle de Sarnez. Exit même François Bayrou, le garde des Sceaux dont le parti est visé par une enquête préliminaire. Le toujours président du MoDem a beau crier au complot des « sycophantes », sa position au gouvernement était en réalité devenue intenable.

Mercredi soir, sur le perron côté jardin – la cour était occupée par un concert en pleine fête de la musique –, le secrétaire général de l’Élysée a donc annoncé, avec une heure et demie de retard, un nouveau gouvernement. Le remaniement « technique » annoncé s’est transformé en opération ripolinage, comme une tentative de nouveau départ. Il n’est pas certain que l’opération soit convaincante. Certes, ce gouvernement est paritaire (14 hommes, 15 femmes), et les femmes ministres dotées de portefeuilles de plein exercice – dont la justice et les armées – sont plus nombreuses que leurs collègues masculins. Certes, de nouveaux profils continuent d’apparaître, que le grand public ne connaît pas – ou qu’il a oubliés, comme celui de la nouvelle ministre des armées Florence Parly, ex-secrétaire d’État au budget de Lionel Jospin.

Mais cette équipe, qui n’a plus grand-chose de l’escouade « resserrée » promise pendant la campagne (ils sont désormais 29 dans l'équipe gouvernementale), fleure aussi de façon un peu trop évidente la synthèse macroniste entre les différents pôles de la large majorité qu’Emmanuel Macron tente de bâtir pour « recomposer » la vie politique. Ce gouvernement intègre de nouvelles personnalités LR venues du versant « constructif » de la droite, comme les secrétaires d’État Sébastien Lecornu (auprès de Nicolas Hulot), Jean-Baptiste Lemoyne (auprès de Jean-Yves Le Drian). Mais aussi des « marcheurs » de longue date, comme le nouveau ministre de l’agriculture Stéphane Travert, et les secrétaires d’État Julien Denormandie, Benjamin Griveaux et Brune Poirson ; deux MoDem, à des postes moins visibles – la ministre Jacqueline Gourault et la maire de Mont-de Marsan Geneviève Darrieussecq ; quelques personnalités reliées, mais d’un peu loin, à la gauche, comme la techno Florence Parly ou la juriste Nicole Belloubet. Au passage, Macron se sert aussi de ce remaniement pour faire plaisir à ses ministres Le Drian et Le Maire en les remontant d’un rang protocolaire.

Il innove toutefois en nommant, comme il l’avait annoncé pendant sa campagne, des secrétaires d’État ou des ministres sans affectation précise, destinés, selon l’Élysée, à « être les adjoints » de leurs ministres. Il faudra voir si cette trouvaille s’avère efficace ou bien une source de rivalités. Portrait des onze nouveaux venus du gouvernement « Philippe 2 ».

Les technos

Florence Parly © Reuters Florence Parly © Reuters

Florence Parly, ministre des armées. Une figure de gauche, ou plus ou moins, pour remplacer Sylvie Goulard. Florence Parly, 54 ans, n’est pas une inconnue en politique, mais il faut remonter à Lionel Jospin pour s’en souvenir. En 1997, elle intègre le cabinet du premier ministre Lionel Jospin, tout juste nommé premier ministre après la catastrophe chiraquienne de la dissolution. Elle crée ensuite la surprise en 2000 – Dominique Strauss-Khan quitte alors précipitamment Bercy, mis en examen – en devenant secrétaire d’État au budget jusqu’à 2002. Sa mère, professeure d’économie, est dans le même temps directrice de cabinet du ministre de l’éducation, Claude Allègre. Entrée au PS en 1995, diplômée de l’ENA (en 1987, promotion Fernand Braudel, celle de Christian Paul ou Gaëtan Gorce), elle est recrutée en 1991 par Paul Quilès, alors ministre de l’équipement. 

Après la défaite de Lionel Jospin à la présidentielle en 2002, Florence Parly est battue aux élections législatives par Jean-Pierre Soisson. Elle est ensuite vice-présidente du conseil régional de Bourgogne (2004-2006) et présidente du directoire de l’Agence régionale de développement d’Île-de-France. Elle est dans le même temps chargée de l’économie et de l’emploi au PS. Depuis, Florence Parly est passée par Air France, puis la SNCF où elle est devenue, en 2016, directrice générale de SNCF Voyageurs.  Elle n’a, de fait, aucune expérience dans les affaires militaires et stratégiques.

Nicole Belloubet, au centre, en 2013 © Reuters Nicole Belloubet, au centre, en 2013 © Reuters

Nicole Belloubet, ministre de la justice, garde des Sceaux. Cette agrégée de droit public, jusqu’ici membre du Conseil constitutionnel, va porter les lois de moralisation mitonnées par François Bayrou et l’Élysée. À 62 ans, la vie professionnelle de Nicole Belloubet est plutôt marquée à gauche. C’est l’ancien président PS du Sénat, Jean-Pierre Bel, qui l’avait nommée chez « les Sages » en 2013, première femme professeure de droit à pénétrer une enceinte alors très masculine. C’est aussi sur des listes de barons socialistes qu’elle s’est engagée en politique, devenant maire adjointe de Toulouse en 2008, puis vice-présidente de la région Midi-Pyrénées auprès de Martin Malvy en 2010 (chargée de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche).

Nicole Belloubet a surtout enseigné, et même officié comme rectrice d’académie entre 1997 et 2005, sous Jack Lang entre autres, qui lui avait passé commande de rapports (sur les violences sexuelles et sexistes à l’école et la réforme du lycée). Une fois la droite arrivée au pouvoir, elle avait toutefois claqué la porte de l’éducation nationale au nom d’une certaine « éthique professionnelle », pour dénoncer un insupportable manque de moyens – c’était en 2005, avec un certain François Fillon rue de Grenelle… Pour tenir pendant son marathon parlementaire, Nicole Belloubet pourra en tout cas réviser son dernier article de professeure, plein d’à-propos : « Éthique et démocratie ». François Bayrou évacué, elle récupère son rang (troisième du gouvernement)… mais perd le statut honorifique de ministre d’État.

Nathalie Loiseau © Reuters Nathalie Loiseau © Reuters

Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes. Pas énarque mais presque. Nathalie Loiseau, 53 ans, diplômée de Sciences-Po et de l’Inalco (Institut national des langues et des civilisations orientales) remplace Marielle de Sarnez, qui a dû quitter précipitamment le gouvernement en raison de l’enquête judiciaire sur les emplois présumés fictifs du MoDem. Cette haute fonctionnaire n’est pas une inconnue du Quai d’Orsay, où elle a mené une carrière de 26 ans. Elle a notamment été porte-parole de l’ambassade de France aux États-Unis en 2003, en pleine crise de la guerre d’Irak. Elle devient directrice des ressources humaines du ministère, avant de prendre le poste prestigieux, en 2011, de directrice générale de l'administration du même Quai d’Orsay. En 2012, avec l’arrivée de Laurent Fabius au ministère, elle est nommée à la direction de l’École normale d’administration (ENA), sans en être elle-même diplômée.

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