Rythmes scolaires, allègement des classes, réforme du collège... sur le bureau du ministre de l'éducation

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Jean-Michel Blanquer, nouveau ministre de l'éducation nationale, a effectué son premier déplacement dans une école ce mardi. Sans vouloir tout réformer, il a promis de prendre le temps d'évaluer les réformes et les dispositifs initiés par ses prédécesseurs. Revue des chantiers qui l'attendent.

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« Il n’y aura pas une énième loi ou une énième réforme », a promis le nouveau ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, juste après la passation de pouvoirs le 17 mai. C’est peu dire qu'il s’est déjà bien préparé à sa nouvelle charge. L’homme connaît parfaitement la rue de Grenelle. Il y a occupé le poste de ministre de l’éducation de l’ombre sous l’ère Sarkozy, en étant à la tête de la Dgesco, la direction de l’enseignement scolaire, jusqu’en novembre 2012. D’où sa réputation d’homme de droite, même si Jean-Michel Blanquer explique qu’il souhaite dépasser les clivages qui n’ont plus de sens à ses yeux.

Pour le nouveau ministre, il faut tout miser sur l’école primaire pour accroître les performances des écoliers et se fonder sur des études scientifiques, en neurosciences notamment. Il plaide aussi pour une autonomie accrue des établissements et de leurs chefs, selon le dogme défendu par l’Institut Montaigne, think tank libéral qui a l’oreille d’Emmanuel Macron.

Jean-Michel Blanquer © DR Jean-Michel Blanquer © DR
En octobre 2016, le nouveau patron de la rue de Grenelle avait déjà esquissé une feuille de route dans un livre programme : L’École de demain. Il y dévoile sa vision de l’école et fait part de sa forte envie de laisser plus de liberté d’action aux acteurs du monde éducatif. Son triptyque pour y parvenir ? « L’expérience, la comparaison internationale et la science, trois piliers fondamentaux pour appréhender l’avenir », écrit-il.

Bon connaisseur des arcanes de ce ministère à l’administration lourde, Jean-Michel Blanquer devra pourtant gérer les dossiers brûlants laissés par sa prédécesseure. L’homme se targue d’être pragmatique. Mais il devra aussi écouter la base et les syndicats. Le Snuipp et le Snes lui ont déjà adressé des courriers (à lire ici et ).

Parmi ces derniers, l’attente prévaut. Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes, principal syndicat du secondaire, résume le personnage ainsi : « Il a un atout indéniable, il connaît tous les rapports de force dans l’éducation nationale. On va voir comment il se comporte à ce niveau de responsabilités. Quand il était recteur et à la tête de la Dgesco, il était assez autoritaire et voulait aller vite. En tant que ministre, il va devoir s’arrondir et ne pas faire table rase de ce qui a été fait. » La moue boudeuse de Najat Vallaud-Belkacem à l’annonce du nom de son successeur, immortalisée par la caméra de l’émission Quotidien, ne laisse aucun doute sur la circonspection de l’ex-ministre concernant la nomination de Jean-Michel Blanquer. 

Si la rentrée 2017 est déjà prête, le nouvel exécutif entend toutefois y apporter quelques correctifs. Jean-Michel Blanquer veut mettre en musique la mesure phare d’Emmanuel Macron en matière éducative : la réduction à douze des effectifs en classe de CP en éducation prioritaire. 2 200 classes sont concernées. D’ailleurs, symboliquement, le premier déplacement du ministre porte sur cette thématique. Jean-Michel Blanquer s'est rendu ce mardi 23 mai dans une école en REP+ à Creil, dans l’Oise.

Puis il devra réajuster les réformes mises en place sous le quinquennat Hollande, comme le candidat Macron s’y était engagé. D’abord celle des rythmes scolaires et du collège. Puis le dispositif « plus de maîtres que de classes » mis en place par Vincent Peillon. 

Le 17 mai, Najat Vallaud-Belkacem a soigné ses adieux. La ministre a adressé un mémorandum en dix points à « ses successeurs », sachant que ce poste difficile est rarement occupé en continu par la même personne. Au cours du quinquennat Hollande, trois ministres se sont succédé rue de Grenelle : Vincent Peillon, Benoît Hamon et, depuis septembre 2014, Najat Vallaud-Belkacem.

Pour la ministre sortante, il ne faut pas faire de l’école la « victime des alternances politiques ». En clair, elle demande à Jean-Michel Blanquer de ne pas détricoter toutes les mesures mises en œuvre au cours du quinquennat, convaincue que la politique éducative de ces cinq dernières années constitue « un socle solide ». Le quinquennat Hollande a eu l’ambition de donner « priorité au primaire » et est arrivé avec une belle corbeille de mariée pour les enseignants, à savoir la promesse de créer 60 000 postes. Promesse tenue, même si tous les postes n'ont pas encore été pourvus. Puis la loi d’orientation sur l’école, dite loi de refondation, qui devait être la grande loi du quinquennat, a été votée en 2013. L’ambition de Vincent Peillon était indéniable mais, dans les faits, pléthore de chantiers ont été ouverts, donnant un sentiment d’éparpillement.

Les réformes, avec leurs lots de polémiques, ont émaillé ces cinq dernières années. Le ministère de l’éducation nationale a voulu toucher aux rythmes scolaires, au nouveau collège, en passant par les programmes, les zones d'éducation prioritaire, la formation des enseignants, sans oublier l’évaluation des élèves. Le nouveau ministre indique vouloir prendre le temps avant de tout bouleverser. Durant la campagne, l’idée de réduire le baccalauréat à trois ou quatre épreuves a été suggérée. Pour le moment, le nouveau ministre a indiqué temporiser. Même s’il a expliqué être favorable à « un bac musclé ». Mais d’ores et déjà, quelques chantiers l’attendent. 

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