Quand forer tue: le secret bien gardé de l’épopée du gaz de Lacq (1/2)

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C’était le plus gros site de production de gaz en France. Une fierté nationale, une mythologie fondatrice des prétendues Trente Glorieuses. Cinquante ans après son ouverture, on découvre une inquiétante surmortalité parmi les riverains du gisement de Lacq. Mais ce sujet dérange les pouvoirs publics qui ont jusqu'ici enterré ou refusé les études épidémiologiques. Premier volet de notre enquête.

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Un jour, l’Amérique a surgi en Béarn. À Lacq, dans l’arrière-pays de Pau, on découvre du gaz, un gisement pléthorique. Une manne. C’étaient les années 1950. La Société nationale des pétroles d’Aquitaine (SNPA), ancêtre du groupe Elf, démarre l’exploitation d’un des plus gros gisements français d’hydrocarbures. Une usine sort de terre, puis une autre. Des plateformes industrielles surgissent dans les champs de blé et de maïs. La première ville nouvelle de France, Mourenx, se construit. Des tours s’élèvent, des barres s’allongent pour loger les travailleurs qui affluent d’Espagne et des rapatriés d’Algérie. Les ouvriers bénéficient du statut minier et empochent de bonnes payes. Parfum de ruée vers l’or. En 1960, Nikita Khrouchtchev, premier secrétaire du Parti communiste d’Union soviétique, visite la cité champignon, érigée en vitrine de la modernité à la française : technologie, natalité bondissante et souveraineté énergétique. Lacq fournit une bonne partie de la consommation de gaz en France.