Au procès de Georges Tron: «Je suis totalement innocent»

Par

Les avocats de l’ancien ministre Georges Tron, accusé de viols en réunion devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, s’attaquent à la solidité du dossier d’enquête.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Commandante à la brigade criminelle de la direction régionale de la police judiciaire (DRPJ) de Versailles, Patricia Pendariès est entendue comme témoin ce mercredi par la cour d’assises de Seine-Saint-Denis. C’est elle qui a dirigé l’enquête « hors norme » sur Georges Tron, accusé au départ d‘agressions sexuelles et de harcèlement par Eva Loubrieu et Virginie Faux (le parquet a rapidement requalifié certains des faits visés par les plaignantes en viols).

Si l’enquête est confiée en mai 2011 à son service – qui traite habituellement les homicides, mais pas les viols –, c’est parce que l’affaire est sensible, comprend-on : Georges Tron est alors secrétaire d’État (dans le gouvernement Fillon). Perquisitions, gardes à vue et écoutes téléphoniques s’enchaînent. La DRPJ de Versailles effectue plus de 70 auditions, et rédige 430 procès-verbaux « On a beaucoup travaillé », déclare la commandante. Sous l'obligation de réserve et le jargon de rigueur, on croit deviner qu'elle a accordé du crédit à la parole des deux plaignantes. 

Mais il se trouve que cette enquête ne démarre que deux à cinq ans après les faits allégués, semble-t-elle regretter. Eva Loubrieu et Virginie Faux ont en effet eu du mal à se décider à porter plainte, compte tenu des répercussions prévisibles (elles ont d’ailleurs tout perdu depuis).

Georges Tron en 2015. © Reuters Georges Tron en 2015. © Reuters

Il n’y a pas d’éléments matériels ni de preuves dans ce dossier, martèle pour sa part la défense de Georges Tron, qui cherche à faire douter les jurés du sérieux de cette enquête policière. « Difficile de faire des investigations complémentaires quand la personne était seule avec le maire », répond la commandante.

« Au fil du temps, on a trouvé d’autres femmes qui ont évoqué soit des relations sexuelles avec Georges Tron, soit avoir subi des gestes déplacés de sa part. » Ces femmes sont au nombre de six.

Pendant l’enquête, les plaignantes étaient en souffrance, et les enquêteurs guettés au tournant. « Ce n’était pas une atmosphère sereine », témoigne cette policière chevronnée. Les interférences et les pressions ont été nombreuses. « Les employées de mairie avaient peur de parler, peur de perdre leur emploi, peur des représailles », raconte la commandante à la barre de la cour d’assises. « Les personnes convoquées étaient prises en charge avant les auditions, et parfois accompagnées. » Des attestations en faveur de Georges Tron arrivaient en nombre, presque identiques, du même bureau de poste.

Pour ne rien arranger, l’enquête fait apparaître des liens entre Georges Tron et la police : l’ancien commissaire de la commune de Draveil a intégré l'équipe du maire, et il a gardé ses entrées au commissariat. « M. Tron semblait vouloir tout savoir sur ce qui se passait dans les procédures, et semblait les utiliser contre ses opposants, selon certains témoins », déclare la commandante Pendariès. Le secrétaire d'État et maire de Draveil a d'ailleurs réussi à faire muter une autre commissaire qui entendait que la mairie ne se mêle pas de son travail.

Entamés mardi, les débats sont globalement courtois, et organisés avec méthode par le président de la cour d’assises, Philippe Coirre. Le médiatique Éric Dupond-Moretti, moins brutal et plus posé que l’an dernier, lorsqu’il avait fait capoter le procès, s’attaque néanmoins au dossier et monte progressivement en température.

En ces premiers jours d’audience, l’avocat de Georges Tron s’attache à rappeler que le dossier avait été clos avec un non-lieu délivré par les juges d’instruction, avant que la chambre de l’instruction n’en fasse une lecture différente. Selon l’avocat, le dossier est « vide ». Il veut surtout présenter l’affaire comme un complot ourdi par le FN, et y associe même Serge Poinsot, l’ancien maire (LR) de Vigneux (Essonne), alors rival de Georges Tron.

Le dossier montre que certains proches du FN ont essayé de surfer sur ce scandale, pas qu'ils l'ont inventé. Mais la présence de l'avocat frontiste Gilbert Collard au départ de l'affaire conforte le clan de Georges Tron dans la thèse du complot politique. Lorsqu'il défendait Eva Loubrieu et Virginie Faux, les plaintes ne visaient pas des faits de viol, remarque Éric Dupond-Moretti. « Collard, lui, il sait ce qu’est un viol ! », lâche l'avocat. Une allusion un brin perfide à une plainte déposée contre son confrère Gilbert Collard. Au passage, il s’agit aussi pour Éric Dupond-Moretti de présenter les deux plaignantes comme des menteuses, des femmes légères et affabulatrices.

Curieusement, la thèse du complot politique avancée par la défense a déjà été utilisée par Georges Tron, mais de façon quelque peu différente. En 1998, un tract anonyme avait dénoncé des massages de pieds et des agressions sexuelles imputées à Georges Tron. Le maire de Draveil avait alors porté plainte en diffamation, et désigné comme auteurs du tract… deux membres du RPR, déclare un policier à la barre. Cette enquête-là a fait chou blanc.

Les expertises psychologiques ne seront pas d'un grand secours, dans ce procès. Un expert, Bernard Phesans, a décelé « une dimension névrotique » chez Georges Tron, qui cache ses failles intimes, « refuse d'entendre » que le pied a une connotation sexuelle, et que masser les pieds des femmes en toute circonstance, quand on est homme politique, pose question. Mais ce même expert assure que « 95 % d'entre nous présentent des dimensions névrotiques », qu'il n'y a rien de pervers chez Georges Tron, et que rien n'indique que sa relation avec Brigitte Gruel ait pu être sexuelle.

Mardi, au premier jour du procès, les deux accusés ont clamé leur innocence dans une courte déclaration à la cour d’assises. « Tout est faux dans ce qui m’est reproché », commence Brigitte Gruel d’une voix douce. Depuis sept ans, elle dit que sa famille et elle-même vivent « un enfer », qu’elle ne travaille plus, qu'elle est sous calmants. Elle assure à nouveau être innocente, et veut que tout cela s’arrête.

Georges Tron prend la parole à son tour. Le teint hâlé, impeccablement coiffé, le maire (LR) de Draveil semble sûr de lui. « Depuis le premier jour, le 24 mai 2011, j’ai dit que j’étais totalement innocent des faits qui m’étaient reprochés. Je n’ai jamais été violent envers qui que ce soit, je suis totalement innocent. J’ai été touché et blessé par ces accusations qui ont été fortement répercutées par la presse. » Georges Tron conclut : « Je redis ici ce que je dis depuis sept ans. »

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale