Après le plan du gouvernement: pauvreté, l’urgence oubliée

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Le premier ministre a annoncé de nouvelles mesures contre la pauvreté. Insuffisantes, selon les associations d’aide aux plus précaires. Elles estiment qu'un million de personnes supplémentaires ont basculé dans la pauvreté.

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L’annonce était initialement prévue à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, le 17 octobre. L’attentat de Conflans-Sainte-Honorine a contraint le gouvernement à prendre une semaine de plus. C’est finalement à l’occasion d’un déplacement dans un centre d’hébergement et de réinsertion sociale d’Emmaüs Solidarité, à Épinay-sur-Orge (Essonne), que le premier ministre Jean Castex a dévoilé ses nouvelles mesures en direction des personnes les plus précaires.

Après plusieurs cafouillages gouvernementaux sur un sujet que le pouvoir est accusé de négliger, le premier ministre n’a que 700 millions d’euros supplémentaires, pour répondre à la grave crise sociale. Parmi les principales mesures, figurent 30 000 accompagnements supplémentaires via le dispositif d’insertion par l’activité économique (IAE), pour un coût de 150 millions d’euros, selon Matignon.

Le gouvernement prévoit par ailleurs de débloquer 120 millions d’euros pour doubler les « parcours emplois compétences » dans les quartiers de la politique de la ville. Des « plateformes mobilité » seront développées, qui permettront aux chômeurs de louer ou acheter un véhicule à moindre coût, et pouvoir ainsi se rendre sur leur lieu de travail.

Enfin, le gouvernement compte renforcer l’accès au logement et à l’hébergement d’urgence. Pour cela, il va notamment prolonger l’aide aux impayés de loyers et au paiement des dépenses de logement mise en place en juin par Action Logement (l’ancien « 1 % logement »), avec un assouplissement des critères d’octroi de l’aide pour les plus fragiles.

Par ailleurs, 1 500 places d’hébergement et d’accompagnement social seront financées pour des femmes sans abri sortant de maternité avec leur nourrisson.

Selon les associations qui accompagnent les plus précaires, ces mesures sont très loin d’être à la hauteur de la crise sociale.

Revoici, légèrement amendé, notre article initialement publié le 16 octobre 2020 et consacré à ce plan du gouvernement :

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Il est des confusions qui disent beaucoup. Par exemple sur les points aveugles d’un pouvoir lorsqu’il considère les plus pauvres. Mercredi soir, lors de son interview télévisée, Emmanuel Macron a annoncé qu’une « aide exceptionnelle de 150 euros, plus 100 euros par enfant » allait très bientôt être versée aux « bénéficiaires du RSA et des APL ». Un coup de pouce financier bienvenu pour les Français les plus précaires, très largement touchés par la crise économique déclenchée par l’épidémie de Covid-19 et le confinement du printemps. Une telle initiative permettrait aussi, affirmait alors le président, de toucher « tous les jeunes très largement », eux qui sont parmi les plus vulnérables.

© Emmanuel Macron
Le lendemain, Jean Castex a répété cette promesse en direct. Pourtant, dans le détail, elle est fausse : si les allocataires du revenu de solidarité active toucheront bien l’aide fin novembre, ce ne sera pas le cas des Français bénéficiant de l’aide au logement. Seuls ceux qui ont des enfants y auront droit, pour un montant de 100 euros par enfant. La grande majorité des 18-25 ans bénéficiaires des APL, qui n’ont pas accès au RSA, seront donc privés de cette mesure.

La différence de ciblage est loin d’être minime : 4,1 millions de ménages y auront droit, mais pas 2,4 millions d’autres ménages, qui touchent des APL sans être au RSA ni avoir d’enfant. La bévue a finalement été reconnue par le cabinet du premier ministre 24 heures environ après l’intervention d’Emmanuel Macron, alors que les spécialistes, comme Manuel Domergue de la fondation Abbé Pierre, avaient immédiatement mis le doigt sur le cafouillage.

Le gouvernement tente depuis de raccrocher les wagons en catastrophe. L’éventail des nouvelles mesures est de toute manière étroit : il s’agira principalement d’aider au retour vers l’emploi et à l’insertion par l’activité économique. Il n’y aura pas de revalorisation des minima sociaux, ni de versement de milliards d’euros à destination des plus pauvres.

Comment en serait-il autrement, alors que dans son plan de relance à 100 milliards d’euros présenté à la rentrée, le gouvernement n’a réservé que 800 millions d’euros pour les plus pauvres – et encore, 530 millions ont été dépensés pour augmenter de 100 euros l’allocation de rentrée scolaire, dont moins de 40 % des bénéficiaires vivent sous le seuil de pauvreté, selon Louis Schweitzer, président du comité d’évaluation de la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté.

« Les annonces du premier ministre ne dépasseront pas le statut de mesurettes », considère Véronique Fayet, présidente du Secours catholique. Avec les autres responsables des principales associations du secteur, elle a été reçue le 2 octobre à Matignon, et en est ressortie sans grande illusion. Elles n’obtiendront pas l’augmentation rapide et significative du RSA (560 euros maximum pour une personne seule aujourd’hui) qu’elles demandent.

« Nous avons été écoutés poliment, mais il n’y a pas eu de dialogue, résume Véronique Fayet. Je crois que Jean Castex, maire d’une petite commune, peut comprendre ce que cela signifie de vivre avec 500 euros par mois. Mais le président rejette tout ce qu’il voit comme de “l’assistanat”. »

Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, constate lui aussi qu’« il y a un refus au plus haut sommet de l’État ». Résultat, estime-t-il, « les plus pauvres sont les grands oubliés du plan de relance » : « C’est le prolongement de la politique menée depuis deux ans et demi : coupes dans les APL et le logement social, et refus de revaloriser le RSA et de l’ouvrir aux 18-25 ans. »

Pourtant, alors que le couvre-feu dans les grandes villes pourrait aggraver des prévisions économiques déjà très sombres, le constat est le même chez tous les acteurs des politiques de solidarité : il y a urgence. Le gouvernement estime déjà que le montant dépensé pour financer le RSA depuis le début de l’année par l’État et les départements a augmenté de 10 % par rapport à 2019.

Selon Les Échos, le nombre de bénéficiaires en août était déjà de 7 % supérieur à la prévision réalisée par la Sécurité sociale avant la crise sanitaire. Le surcoût budgétaire en 2020 est estimé pour l’instant à près de 600 millions d'euros, pour un budget global de 11,5 milliards d'euros.

De quoi inquiéter les départements, puisque l’État, censé couvrir intégralement le financement du RSA, en laisse en fait environ 40 % à leur charge. Les dépenses supplémentaires se traduiront sans doute par des dépenses moins importantes en faveur des actions d’insertion…

Or tous les voyants virent au rouge. La Fédération des acteurs de la solidarité prévoit au moins un million supplémentaire de pauvres l’an prochain. Ils viendraient s’ajouter aux 9,3 millions de personnes vivant déjà sous le seuil de pauvreté monétaire (1 063 euros par mois et par personne), qui concernait 14,8 % des ménages en 2018, selon l’Insee. Et cela sans même compter la vague de destructions d’emplois qui commence à s’abattre sur la France. La Banque de France prévoit un taux de chômage au-dessus des 10 % en 2020, et de 11 % début 2021.

Les conséquences sont très concrètes. Les associations de lutte contre la pauvreté voient arriver de nouveaux profils, nombreux. De début mars à la mi-avril, le Secours populaire a assuré en urgence l’alimentation de 1,3 million de personnes, « venues parfois après plusieurs jours de jeûne », indique l’association. C’est une forte hausse : « 600 000 personnes jusqu’ici inconnues du Secours populaire ont sollicité une aide auprès de l’association durant le confinement », indiquait il y a quelques jours dans notre émission À l’air libre Houria Tareb, secrétaire nationale de l’association.

À l'air libre (16) : Financements libyens: Sarkozy chez les juges, retour sur une affaire hors norme © Mediapart
« La crise sanitaire a fait basculer les personnes qui étaient sur le fil du rasoir, comme les retraités qui vivaient avec une retraite déjà très limite et qui, pour assurer leurs fins de mois, faisaient de petits travaux », indiquait la responsable initiative. De même pour « les mamans seules qui assuraient des emplois par-ci par-là », et « tous les jeunes actifs, qui arrivaient à avoir un salaire assez correct [grâce à des primes] et qui à cause du confinement se sont retrouvés avec un Smic » ou moins.

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Mise à jour - 22h30 : Les annonces prévues samedi ont été reportées à plus tard, en raison de l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine.