Société Enquête

Condamné dans le procès Bygmalion, l’ex-dircom de l’UMP se console à Levallois

Pierre Chassat, l’ex-directeur de la communication de l’UMP condamné dans l’affaire Bygmalion, a été nommé, juste avant le jugement, administrateur de deux sociétés d’économie mixte à Levallois-Perret. Des postes qui pourraient lui permettre de toucher 62 000 euros de revenus par an, en plus de sa rémunération d’élu et de ses fonctions de directeur de cabinet à Aulnay-sous-Bois.

Clément Fayol

24 octobre 2021 à 12h07

Cet article est en accès libre.

Pour soutenir Mediapart je m’abonne

PDF

Le 1er octobre, Pierre Chassat a été condamné dans l’affaire Bygmalion à trois ans de prison dont deux avec sursis pour « abus de confiance, complicité d’escroquerie et financement illégal de campagne électorale ». Une peine qu’il purgera en portant un bracelet électronique. Le tout assorti de cinq ans d’inéligibilité - il a fait appel de cette décision. De quoi hypothéquer son avenir professionnel ?

Pas du tout. Quatre jours auparavant, le lundi 27 septembre 2021, Pierre Chassat, conseiller municipal chargé de la sécurité et de la communication à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), était ressorti du conseil municipal auréolé de deux postes d’administrateur de sociétés civiles liées à la ville.

Écouter l’article

© Mediapart

D’après les documents de la mairie et les recoupements effectués par Mediapart, ces fonctions permettront à Pierre Chassat, intime de la maire de Levallois, Agnès Pottier-Dumas, de toucher jusqu’à 62 000 euros annuels au titre de ses nouvelles fonctions. Contacté à de multiples reprises par Mediapart, il n’a pas souhaité nous répondre.

Pierre Chassat, le 17 mars 2021, lors du procès Bygmalion. © MARTIN BUREAU / AFP

Alors que la réunion du 27 septembre, entamée à 18 h 30, tourne autour de sujets classiques (remise de primes à des athlètes locaux médaillés aux JO, subventions municipales, etc.), arrive le moment où huit élus, dont Pierre Chassat et la maire, Agnès Pottier-Dumas, doivent sortir car ils sont concernés par deux votes.
Les élus de la majorité procèdent en effet à des modifications de statuts de deux sociétés d’économie mixte et aux nominations d’élus à des postes d’administrateurs. Pour la Société d’économie mixte d’aménagement, de rénovation et d’équipement Levallois-Perret (Semarelp), sept élus sont proposés. Pierre Chassat prend le poste de vice-président. La maire, Agnès Pottier-Dumas, en deviendra présidente.
Pour ces postes au sein d’une structure soupçonnée d’avoir offert des emplois de complaisance à l’époque des époux Balkany, les rémunérations de la présidence et de la vice-présidence peuvent respectivement atteindre un maximum de 45 000 et 24 000 euros annuels, auxquelles s’ajoute une voiture de fonction pour chaque poste.

Extrait du procès verbal du conseil municipal municipal de la ville de Levallois du 27 septembre 2021.

Dans la foulée, Pierre Chassat est aussi présent dans le contingent proposé au vote pour Levapark, chargé de la gestion des parkings de la ville. Cette fois, il est renouvelé au poste de président, une fonction qui est annoncée avec une rémunération plafond de 38 000 euros ainsi, là encore, qu’une voiture de fonction.

Pierre Chassat profitera-t-il de ces deux voitures dans une ville de 2,41 km2 ? Il n’a pas plus répondu à ces questions qu’à celles concernant ses futures rémunérations.

Malgré les votes de l’opposition et une poignée d’abstentions, la majorité municipale a obtenu sans mal l’enregistrement de la décision. Et ce d’autant plus qu’elle était portée par la maire, ancienne protégée de Patrick et Isabelle Balkany et proche de Pierre Chassat.

Cumul des fonctions, Levallois en base arrière

Des bonus généreux pour l’élu qui est, rappelons-le, directeur de cabinet et donc salarié de la mairie d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Dans cette ville de 85 000 habitants, il est au service du maire, Bruno Beschizza, ancien commissaire de police et expert LR des questions de sécurité. Ce dernier, qui n’a eu de cesse de dénoncer une « justice trop laxiste » (ici, ici ou ), a déclaré après le jugement qu’il maintenait en place Pierre Chassat : « Monsieur Pierre Chassat qui, comme les autres prévenus, bénéficie de la présomption d’innocence tant que sa condamnation n’est pas définitive, poursuivra donc sa mission sur le poste de directeur de cabinet du maire d’Aulnay-sous-Bois qu’il occupe depuis le 1er juillet 2017 sans qu’aucune règle ou principe du droit pénal ou du droit de la fonction n’y fasse obstacle. »

En plus de sa rémunération de directeur de cabinet, l’ancien communicant de l’UMP perçoit 2 000 euros annuels à l’intercommunal Paris Ouest Défense et une rémunération de 1 800 euros par mois en tant qu’élu à Levallois.

Dans l’affaire Bygmalion, les policiers de l’Office central de la lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales s’étaient déjà interrogés sur les liens de Pierre Chassat avec la ville de Levallois-Perret. Au moment où l’affaire avait éclaté à l’été 2014, le directeur de la communication de l’UMP avait été licencié. Mais n’avait pas non plus été abandonné en rase campagne.

Lui qui n’avait jamais prétendu à un mandat électif après vingt ans d’appareil s’était découvert des envies de gestion politique. « Comment expliquez-vous cette soudaine vocation au service de la ville de Levallois-Perret ? Comment, par l’entregent de qui, êtes-vous arrivé en position éligible sur la liste de M. Balkany ? » Et Chassat de répondre : « Travaillant en politique depuis 2002, j’avais envie de voir comment cela se passait de l’autre côté, en tant qu’élu. » Un choix qui s’est avéré payant.

Clément Fayol


Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.


67 commentaires

Aujourd’hui sur Mediapart

Voir la Une du Journal

Nos émissions

À l'air libre
par à l’air libre
À l'air libre
par Berenice Gabriel et Célia Mebroukine
Grand entretien
par Justine Brabant
Ouvrez l’Élysée
par Usul et Ostpolitik

Soutenez un journal 100% indépendant Et informez-vous en toute confiance grâce à une rédaction libre de toutes pressions Mediapart est un quotidien d’information indépendant lancé en 2008, lu par plus de 200 000 abonnés. Il s’est imposé par ses scoops, investigations, reportages et analyses de l’actualité qui ont un impact, aident à penser et à agir.
Pour garantir la liberté de notre rédaction, sans compromis ni renoncement, nous avons fait le choix d’une indépendance radicale. Mediapart ne reçoit aucune aide ni de puissance publique, ni de mécène privé, et ne vit que du soutien de ses lecteurs.
Pour nous soutenir, abonnez-vous à partir de 1€.

Je m’abonne