Des milliers de "Gilets jaunes" au 11e samedi de mobilisation

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Plusieurs dizaines de milliers de "Gilets jaunes" ont participé au onzième samedi consécutif de manifestations, émaillé d'incidents sporadiques à Paris, Toulouse ou Evreux (Eure), sur fond de dissensions au sein du mouvement quant à la stratégie à suivre plus de deux mois après la première étincelle.
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PARIS (Reuters) - Plusieurs dizaines de milliers de "Gilets jaunes" ont participé au onzième samedi consécutif de manifestations, émaillé d'incidents sporadiques à Paris, Toulouse ou Evreux (Eure), sur fond de dissensions au sein du mouvement quant à la stratégie à suivre plus de deux mois après la première étincelle.

La mobilisation a marqué le pas selon le ministère de l'Intérieur, qui a recensé 69.000 personnes dans toute la France au plus fort de la journée, contre 84.000 ces deux dernières semaines.

A Paris, le ministère a compté 4.000 manifestants, contre 7.000 il y a une semaine.

Les "Gilets jaunes" contestent ces chiffres, qu'ils jugent manipulés.

Cinq rassemblements distincts au total ont été déclarés dans la capitale, signe de l'éparpillement de ce mouvement à la recherche d'un second souffle au moment où le gouvernement tente de reprendre la main avec son "grand débat national".

Les "Gilets jaunes" sont partis de plusieurs lieux de rendez-vous puis ont défilé dans le calme avant de converger, pour beaucoup, aux abords de la place de la Bastille.

C'est là qu'ont éclaté des heurts entre manifestants et forces de l'ordre, lesquelles ont fait usage de gaz lacrymogènes, avec l'appui d'un canon à eau, pour disperser les manifestants aux alentours de 16h00 (15h00 GMT).

Un membre influent du mouvement, Jérôme Rodrigues, a été blessé à l'oeil - vraisemblablement par l'éclat d'une grenade de désencerclement, dit-on de sources policières. La préfecture a annoncé la saisine de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), avec l'accord du ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner.

"Je condamne avec la plus grande fermeté les violences et dégradations commises ce samedi encore, à Paris comme en province, par des casseurs camouflés en gilets jaunes", a réagi ce dernier sur Twitter.

"NOMBREUX ACTES DE VIOLENCES"

La préfecture de police de Paris a fait état de 52 interpellations, un chiffre très en deçà de ceux enregistrés début décembre.

A Paris, le dernier rassemblement de la journée, que les organisateurs voulaient transformer en "Nuit Jaune" sur le modèle des "Nuits debout" apparues en 2016, a viré au face-à-face entre manifestants et forces de l'ordre, présentes en grand nombre, sur la place de République.

En chemin, l'un des cortèges est passé par le quartier des ministères, où s'est tenu un débat impromptu, en pleine rue, entre la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, et Etienne Chouard, promoteur du "référendum d'initiative citoyenne" que de nombreux manifestants appellent de leurs voeux.

Ailleurs en France, les mécontents se comptaient par milliers également à Bordeaux et Toulouse, deux foyers de la contestation, ou à Lyon, où ils étaient plus de 2.000, soit environ deux fois plus que le 19 janvier.

Ces trois villes ont été le théâtre d'affrontements entre "Gilets jaunes" et policiers, de même que Dijon ou Evreux.

"De nombreux actes de violences et des dégradations sont commis à Evreux depuis ce matin", a déploré Sébastien Lecornu, ministre et animateur du "grand débat" voulu par Emmanuel Macron, sur Twitter.

"D'AUTRES ALTERNATIVES"

La vaste délibération collective lancée la semaine dernière par l'exécutif, avec la participation active du chef de l'Etat, pose aux "Gilets jaunes" un nouveau défi : comment garder l'initiative face au gouvernement ?

"Nous devons maintenir nos mobilisations. Elles ne doivent plus se faire dans la violence. Nous devons avoir d'autres alternatives", lit-on sur la page Facebook des initiateurs de la "Nuit Jaune". Un appel relayé notamment par Eric Drouet, figure de la frange la plus dure du mouvement.

D'autres "Gilets jaunes" ont opté pour une tout autre stratégie en annonçant mercredi la constitution d'une liste emmenée par Ingrid Levavasseur, aide-soignante de profession, en vue des européennes du 26 mai.

Ce choix est loin de faire l'unanimité dans les rangs des "Gilets jaunes", si l'on en juge par les réactions suscitées sur les réseaux sociaux et par un communiqué, publié sur la page d'Eric Drouet, fustigeant une "récupération abjecte".

Dimanche, les partisans du "grand débat" et opposants à toute contestation violente se compteront eux aussi à Paris dans "une marche républicaine des libertés" à l'appel des collectifs "STOP, maintenant ça suffit" et "Foulards rouges".

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