La justice lève le contrôle judiciaire du journaliste Gaspard Glanz

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Le tribunal correctionnel de Paris a mis fin, lundi 29 avril, au contrôle judiciaire qui interdisait au reporter indépendant Gaspard Glanz de se rendre à Paris tous les samedis et le 1er Mai.

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Interpellé samedi 20 avril, au cours de la manifestation des « gilets jaunes », le journaliste indépendant Gaspard Glanz avait été présenté devant un procureur à l’issue de 48 heures de garde à vue pour « outrage à personne dépositaire de l’autorité publique ». Dans l’attente de son jugement, fixé au 18 octobre, le directeur de l’agence Taranis News avait reçu l’interdiction de se rendre à Paris tous les samedis et le 1er Mai.

Contesté par ses avocats Raphaël Kempf et Aïnoha Pascual, le contrôle judiciaire de Gaspard Glanz a été levé par le tribunal correctionnel de Paris, qui a reconnu l’insuffisance de motivation et donc l’irrégularité de l’ordonnance du juge des libertés et de la détention.

Raphaël Kempf précise à Mediapart que les motifs de ces interdictions n’étaient pas connus jusqu’à présent. « Tout citoyen qui a fait l’objet d’une mesure de justice doit pouvoir en connaître les raisons, c’est un droit fondamental », explique-t-il.

« Il a fallu cette audience pour apprendre que ce contrôle avait été décidé pour éviter que Gaspard Glanz ne réitère l’outrage, c’est-à-dire un doigt d’honneurC’est absurde, poursuit l’avocat. Et cela a permis au tribunal, et j’en suis heureux, de rappeler aux juges qu’ils ont l’obligation de motiver toute mesure prise à l’égard des citoyens. »

Dans un entretien que nous republions ci-dessous, Gaspard Glanz avait affirmé à Mediapart : « Quoi qu’il en soit, je travaillerai ce 1er Mai. »

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Samedi 20 avril, alors qu’il couvre l’acte XXIII des « gilets jaunes », le journaliste indépendant Gaspard Glanz, 32 ans, reçoit des éclats d’une grenade sur la jambe. Il demande aux forces de l’ordre à s’entretenir avec le commissaire pour comprendre pourquoi il a été visé par ce tir. Il est alors violemment repoussé par un policier auquel il répond par un doigt d’honneur. S’ensuit une interpellation musclée.

Gaspard Glanz le vendredi 26 avril à Paris. © DR Gaspard Glanz le vendredi 26 avril à Paris. © DR

Interpellé et placé 48 heures en garde à vue, le fondateur de l’agence Taranis News est présenté, le 22 avril, devant un procureur pour « outrage à personne dépositaire de l’autorité publique », infraction passible d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Dans l’attente de son procès, fixé au 18 octobre, il lui est interdit de se rendre à Paris, tous les samedis et le 1er Mai.

Ses avocats ont demandé une mainlevée de ce contrôle judiciaire qui sera examinée lors d'une audience publique lundi 29 avril au Tribunal de grande instance de Paris.

« C’est un compte à rebours, j’ai neuf heures encore devant moi, après je dois quitter Paris, avertit Gaspard Glanz, en préambule de l'entretien qu'il a accordé à Mediapart. Je déteste la médiatisation, mais je me dois de défendre tous les journalistes qui, comme moi, sont précaires sans carte de presse alors que les manifestations deviennent de plus en plus violentes, que nous devenons la cible des policiers et que sans carte de presse nous sommes plus vulnérables alors que nous alimentons tous les médias. »

Pouvez-vous revenir sur les circonstances de votre interpellation et de votre garde à vue ?

Gaspard Glanz : Quelle est l’origine de ce doigt d’honneur, dont les suites policières et judiciaires ont été disproportionnées ? J’ai reçu des éclats de grenade sur ma jambe alors que j’exerçais mon métier de journaliste. Ce n’est pas anodin. J’ai juste voulu savoir pourquoi j’en étais la cible. Lorsque je me suis présenté auprès du policier pour lui demander où était le commissaire, il m’a brusquement poussé. Cela fait beaucoup. En réaction, comme n’importe qui aurait pu le faire sous le choc, j’ai fait ce doigt d’honneur.

La suite est complètement démentielle, comme vous pouvez le voir sur la vidéo que j’ai publiée sur mon site Taranis. J’ai été plaqué au sol. Et alors que j’explique à ce policier avoir reçu à mes pieds une grenade, je me fais insulter.

J’étais légitime pour m'adresser à ce commissaire qui, d’ailleurs, m'avait parlé juste avant et m’appelait par mon prénom. Quand je suis au sol, le commissaire vient me parler et je lui dis : « Vous êtes fou, relâchez-moi, c’est un doigt d’honneur, tout le monde filme. » Je le préviens qu’il est en train de faire une grave erreur.

Par la suite, j’ai fait 48 heures de garde à vue avec deux autres personnes, des gilets jaunes. L’une des équipes de policiers détestait les gilets jaunes. Je n’ai quasiment pas pu boire d’eau. C'est inacceptable.

On m’a privé de prendre des médicaments contre la douleur que je dois prendre parce que j’ai un problème au dos. Le dimanche, mon état était si mauvais qu’ils ont dû appeler les pompiers. À leur arrivée, ils ont voulu me conduire à l’hôpital, l’officier de police judiciaire a refusé. Il a fallu que l’un des pompiers s’énerve, alors que j’avais 7 de tension et 0,5 de glycémie.

Les suites judiciaires sont tout aussi disproportionnées. Je dois être jugé en octobre pour un délit passible d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. C’est du délire pour un doigt d’honneur. On a franchi une nouvelle étape dans les violences policières, comme on l’a observé pendant les manifestations des gilets jaunes. Mais on a aussi franchi un nouveau palier dans la répression contre la presse, et évidemment à l’égard des journalistes qui dérangent, ceux qui montrent les dérives de ce gouvernement.

Ce vendredi 26 avril, le ministre de l’intérieur Christophe Castaner s’est exprimé sur France Info en affirmant qu’être « journaliste, c’est aussi avoir une carte de presse » et en rappelant un tweet dans lequel vous l’insultez, à la suite de ses propos sur les ONG qui viennent en aide aux migrants et qu’il assimile aux passeurs. Que répondez-vous ?

Serait-il possible d’avoir un ministre de l’intérieur qui connaisse la loi ? Pourrait-il s’informer avant de parler ? C’est le minimum qu’on lui demande. Mais il ne le fait pas. Dire que je ne suis pas journaliste parce que je n’ai pas de carte de journaliste est faux. Ce n’est pas la carte de presse qui fait de nous un journaliste. On peut l’être sans. Il faut bien qu’il l’apprenne.

Les images que Christophe Castaner regarde à longueur de temps sur LCI, TF1, Canal plus ou d’autres chaînes, peuvent être les miennes, celles de mes confrères qui, comme moi, n’ont pas de carte de presse. Et il ne les remet pas en cause pour autant. Qu’il se renseigne avant de parler.

D’ailleurs, il faut que Christophe Castaner accepte aussi une réalité qui doit certainement l’agacer : j’ai reçu le soutien de sociétés de journalistes et rédacteurs d’une vingtaine de médias dont celle de France Info, la radio sur laquelle il s’est exprimé, aux côtés de Mediapart, Le Monde, Libération, Le Parisien, BFM, et j’en passe.

Je devrais presque le remercier. Je dis ça comme une plaisanterie. Mais ma vie a changé parce que cette garde à vue a provoqué une vague de soutien et de solidarité des journalistes. Ce soutien m’a fait verser une larme, je me suis dit qu’enfin les médias légitiment le travail de journalistes comme moi, indépendants et précaires auxquels ils achètent les images. Il y a aussi les dons qui ont été faits sur la cagnotte lancée depuis pour soutenir Taranis News. C’est pour moi incroyable d’avoir autant de soutien. Ça me touche beaucoup.

Et à partir de ce moment-là, j’ai compris que c’était une « opportunité » pour tous les autres photographes et journalistes qui, comme moi, galèrent depuis des années. Le seul moyen de les soutenir, c’est d’utiliser la notoriété que j’ai en ce moment pour pouvoir mettre le doigt sur l’abcès de cette carte de presse pour les journalistes indépendants, encore plus dans ce contexte de durcissement des violences policières et d’entraves à la liberté de la presse.

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