Derrière les écrans, la gauche et les écologistes préparent leur rassemblement

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La dynamique d’union se précise entre responsables écologistes, hamonistes, communistes, une partie du PS et un bout de La France insoumise. Mais avant la ligne d’arrivée de la présidentielle 2022, le contexte reste incertain et le chemin escarpé.

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L’enfermement peut-il ouvrir de nouveaux horizons ? À la gauche de l’échiquier politique en tout cas, le ciel est peut-être en train de se dégager. Depuis un petit mois, ce qui semblait jusqu’alors mission impossible a presque pris des airs de sinécure. Oubliées les batailles rangées entre partis, les guerres d’hégémonie et les stratégies personnelles ! Poussées par la crise du Covid-19, des figures en vue de la gauche et de l’écologie politique ont décidé de passer aux choses sérieuses par écrans interposés.

Clémentine Autain (La France insoumise), Julien Bayou (EELV), François Ruffin (La France insoumise) et Guillaume Balas (Génération.s), venus soutenir le maire (EELV) de Grenoble, Eric Piolle (absent de la photo), avant le 1er tour des municipales, le 11 mars. © JEFF PACHOUD / AFP Clémentine Autain (La France insoumise), Julien Bayou (EELV), François Ruffin (La France insoumise) et Guillaume Balas (Génération.s), venus soutenir le maire (EELV) de Grenoble, Eric Piolle (absent de la photo), avant le 1er tour des municipales, le 11 mars. © JEFF PACHOUD / AFP

Une fois par semaine au moins, chacun chez soi, mais tous ensemble sur le site de visioconférence Zoom, c’est le grand brainstorming. Dans une ambiance « sympa » et « studieuse », assure-t-on, les réflexions sont lancées sur les échéances électorales à venir, la constitution d’une plateforme de propositions communes ou l'organisation d'opérations unitaires tournées vers le grand public… La question est dans toutes les têtes : alors que le macronisme apparaît plus crépusculaire que jamais, comment créer une force assez puissante pour ne pas laisser la droite, voire l’extrême droite rafler la mise ?

Pour tenter de réfléchir à une alternative efficace, trois boucles de discussions (virtuelles) aux noms évocateurs ont vu le jour ces dernières semaines. Sur la boucle « Arc-en-ciel », on croise les écologistes Julien Bayou, Éric Piolle et Yannick Jadot – qui a passé une tête à la première réunion, puis ne s’est plus reconnecté –, les Insoumis Clémentine Autain et François Ruffin, mais aussi le hamoniste Guillaume Balas, l'eurodéputé de Place publique Raphaël Glucksmann, ainsi que l'économiste Guillaume Duval ou la porte-parole d'Attac, Aurélie Trouvé.

La boucle « Initiative commune », plutôt d’obédience socialiste – mais pas uniquement –, créée notamment par l’ancien chef des frondeurs, Christian Paul, rassemble ceux qui se reconnaissent dans une ligne sociale-écolo plus modérée. Plus petite, mais très dynamique, enfin : la boucle « Big bang » regroupe Clémentine Autain (décidément partout), la députée communiste Elsa Faucillon, Guillaume Balas de Génération.s ou le porte-parole Europe Écologie-Les Verts (EELV) Alain Coulombel. Histoire de boucler les boucles, une 4e boucle dénommée « Archipel » pourrait bientôt unifier les trois autres.

Ce printemps tragique sera-t-il celui d'une nouvelle ère pour la gauche et les écologistes ? Comme si le ralentissement de la planète avait accéléré le temps politique, voilà tout ce petit monde qui ressent tout à coup l’urgence de se rapprocher. « Le fait que chacun soit seul chez soi facilite la communication, car il y a moins l'effet de meute généré par les partis », observe Guillaume Balas. « La gravité du moment y est pour beaucoup, ajoute un écologiste proche de la direction. Et puis tout le monde a tiré les leçons des européennes l’an dernier : rester chacun dans son couloir, c’est mortifère. Même Jadot commence à le comprendre. Il faut dire qu'avec le mauvais score de David Belliard [tête de liste EELV – NDLR] à Paris au 1er tour des municipales, sa ligne centriste a pris un coup. »

En vérité, l’opération union était déjà dans les tuyaux bien avant le scrutin. Après le 22 mars, un grand meeting pour fêter la victoire avec de grands maires « écolos de gauche » – notamment Anne Hidalgo, la maire de Paris, et Éric Piolle, le maire de Grenoble – devait fermer la parenthèse d’années de divisions et de déconvenues électorales. Et mettre en scène le top départ d’une nouvelle force rouge-rose-verte.

On connaît la suite : l’annulation du deuxième tour, la France retranchée à la maison, le tsunami économique, sociale et politique qui point, immense, à l’horizon... « C’est vrai qu’on n’a pas de chance, reconnaît Alain Coulombel. La période est très dure et la suite sera terrible. Mais bon, vu qu’il n’y aura plus de bon moment, allons-y ! »

D’autant que si le coronavirus a plongé la planète dans un présent perpétuel, la montre, elle, continue de tourner. « Si on veut être prêts pour 2022, c’est maintenant ou jamais ! Il faut que cette année soit celle de la coalition des forces », affirme Christian Paul, qui avait organisé, l'an dernier, des rencontres au fil de l'eau au prieuré de La Charité-sur-Loire.

Désormais, l’élu de la Nièvre, qui milite depuis des années pour un rapprochement des gauches, veut passer la seconde : créer « un agenda politique commun ». Les idées ne manquent pas, même si pour l’instant elles paraissent, confinement oblige, relever de la science-fiction : organiser des universités d’été communes, mettre en place des rencontres unitaires à l’automne, ficeler des accords électoraux pour les deux années à venir avant la présidentielle…

Sur ce dernier point, tout le monde convient qu’un candidat unique en 2022 permettrait d’éviter une resucée du duel perdant de 2017 entre Hamon et Mélenchon. Quelques noms reviennent avec insistance – Éric Piolle surtout, mais aussi Anne Hidalgo ou Arnaud Montebourg. Mais le grand sujet qui fâche, celui du processus de désignation du candidat, a pour l’instant été évacué des boucles de discussions : autant éviter que la coalition n’explose avant même d’avoir vu le jour !

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