Europe: le mystérieux mais gargantuesque budget de la présidence française

Les économies budgétaires ne sont pas de mise pour la présidence française de l'Union européenne qui débute le 1er juillet. Le budget officiel atteint 190 millions d'euros! Seize fois plus que celui de la présidence britannique de 2005. Une centaine de réunions internationales, des événements culturels en tout genre... et des secrets bien gardés.

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Environ 1 million d’euros sera dépensé chaque jour entre juillet et décembre 2008 par le gouvernement de Nicolas Sarkozy pour porter haut les couleurs de notre pays qui prend les rênes de l’Union européenne. Les sommes que la France a décidé de consacrer à la présidence de l’Union européenne atteignent le chiffre record de 190 millions d’euros.

Ce budget est près de seize fois plus important que les 12 millions d’euros prévus par le Foreign Office lors de la présidence britannique de l’Union européenne en 2005. Mais on n’en saura pas plus. Pas un chiffre supplémentaire, pas un mot. Les instructions de l’Elysée sont formelles, rien ne doit filtrer du détail du programme avant son lancement le 1er juillet et des dépenses occasionnées.
Aucune chance d’en savoir plus sur les appels d’offres, sur les entreprises mises en concurrence ou les choix finalement arrêtés par l’Elysée. Quid du nombre de bouteilles d’eau gazeuses commandées pour rafraîchir les 26 délégations ou la nature des cadeaux offerts? Pour répondre aux critiques sur le montant inégalé des sommes engagées, Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, évoque le poids croissant des dépenses liées à l’élargissement à dix nouveaux pays en 2004 et deux autres en 2007.

« Ce budget – celui d’une Europe à 27 – peut paraître important. Pour être concret, il correspond à la présidence d’une Europe élargie, donc toute comparaison avec notre dernière présidence ne serait pas parlante », a déclaré le secrétaire d’Etat, en février.

Un budget gargantuesque

Force est de constater que la ligne budgétaire votée dans la loi de finances de 2008 est sans commune mesure avec les sages budgets précédents. Les données chiffrées fournies par le secrétariat de la présidence française de l’UE (SGPFUE), l’instance ad hoc, qui disparaîtra à la fin 2008, font état d’un bilan budgétaire pour les présidences françaises passées de 56,9 millions en 2000 et de 14,1 millions d’euros en 1995, lorsque l’Union européenne ne comptait que quinze pays membres.

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S’il est vrai que le coût associé à la prise en charge des délégués pour 27 pays membres a sans conteste augmenté, sur le détail des dépenses, par poste, la transparence n’est pas de mise. Les questions posées par Pierre Moscovici, vice-président de la délégation de l'Assemblée nationale auprès de l'Union européenne, restent sans réponse.

« Notre présidence a lieu au second semestre, qui est plus court, nous avons un Conseil européen de moins à organiser – source de coûts très importants – et surtout cette inflation semble excessive. Quelles initiatives seront couvertes par ces crédits? A quel coût ? Comment seront-elles contrôlées? Comment justifier ce montant? » questionnait le député socialiste, l’automne dernier lors de la discussion du projet de loi de finances 2008 au Palais-Bourbon.

Plus de 120 grands événements labellisés

Faut-il souligner que les deux conseils européens et la quarantaine de réunions ministérielles formelles qui se tiennent à Bruxelles, y compris les frais de déplacements, sont payés par le secrétariat général du Conseil européen. A charge pour la république française de décorer le hall des bâtiments communautaires pour marquer l’événement. C'est donc dans l'organisation des rencontres entre chefs d’Etat et ministres, programmées sur le territoire français, que la France a pu laisser libre cours à sa pulsion dépensière.

A ce titre, la présidence française a prévu pas moins de 10 événements culturels d’envergure pour marquer l’ouverture et la clôture de la présidence, dont un dîner « de travail» pour les 26 chefs d’Etat et de gouvernement le 1er juillet, et une seconde soirée le 14 juillet après les « bals de l’Europe », rebaptisés pour l’occasion. Quant aux réunions ministérielles informelles, au nombre de 20, elles auront lieu un peu partout dans l’Hexagone, avec une forte préférence pour la région Paca et les villes de Cannes, Nice (mais aussi Biarritz), ou en Avignon.

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Côté conférence, colloques ou manifestations, 22 événements importants impliquant la présence d’un ou plusieurs membres du gouvernement sont prévus, et 92 conférences internationales organisées avec la participation d’un seul représentant du gouvernement. A elles seules les manifestations issues de l’initiative propre de la présidence française s'élèvent à 82 millions d’euros.

Seule bonne nouvelle pour le contribuable français : entre le projet de loi de finances et le budget voté au parlement, une petite économie de 1,4 millions d’euros aura été réalisée. Mais pour en savoir plus sur les dépenses effectuées, il faudra attendre le rapport annuel de performance début 2009, qui ne sera pas nécessairement rendu public, voire la loi de règlement qui arrêtera le montant définitif des dépenses de l’Etat.

Maguy Day

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