Affaire Ramadan: Henda Ayari fait évoluer sa version

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Entendue par les juges le 24 mai, Henda Ayari, qui a porté plainte contre l’islamologue, l’accuse toujours de viol, mais a livré une autre date et un autre lieu que ceux indiqués au départ.

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Première femme à porter plainte contre Tariq Ramadan au mois d'octobre, Henda Ayari a été entendue le 24 mai par les juges pour la deuxième fois. Le 4 mai, les magistrats avaient rejeté la demande de remise en liberté de l'islamologue suisse, en détention provisoire depuis le mois de février et mis en examen pour viols.

Face aux juges, la première plaignante a fait évoluer certains éléments de son récit par rapport à ses premières accusations à l’automne, a révélé Franceinfo le 29 mai. Henda Ayari décrit toujours un viol, mais elle explique que les faits ne se seraient déroulés ni à la date ni à l’endroit qu’elle avait indiqués au départ. 

D'après elle, ce viol aurait eu lieu un soir dans un hôtel parisien, avec gifle, morsure, crachat et étranglement, a-t-elle précisé aux juges, selon Franceinfo. Mais elle était jusqu’à présent incapable de fournir une date précise.

Elle dit avoir fait des recherches importantes dans ses notes, agendas, répertoires, relevés de comptes et talons de chèques de l’époque, pour retrouver des éléments sur le lieu et la date des faits. Si, dans sa plainte du 20 octobre 2017, elle évoquait la période de fin mars-début avril 2012 et l’hôtel Holiday Inn de la gare de l’Est, elle explique désormais que les faits auraient eu lieu le 26 mai 2012, à l’hôtel Crown Plaza, place de la République, l’un des établissements où l'islamologue avait ses habitudes à Paris.

Selon Libération, l’emploi du temps de Tariq Ramadan coïnciderait avec la nouvelle version apportée par Henda Ayari. L'islamologue se trouvait effectivement en France les 25 et 26 mai. La veille des faits dénoncés, il donnait une conférence en région parisienne, à Corbeil-Essonnes, invité par la mosquée des Tarterêts. En attestent d'ailleurs des articlesune vidéo, ou encore une publication sur la page Facebook officielle de Tariq Ramadan. Le lendemain – le 26 mai –, il se rendait dans le nord de la France, à la mosquée de Raismes (Nord).

Publication sur la page Facebook de Tariq Ramadan en mai 2012. Publication sur la page Facebook de Tariq Ramadan en mai 2012.

Quelques minutes après l’article de Franceinfo, Henda Ayari a confirmé l’information elle-même sur Twitter :

Quelle est la version des faits de Tariq Ramadan ? Lors de sa garde de vue le 31 janvier, l'islamologue suisse avait affirmé avoir échangé brièvement avec Henda Ayari, le 6 avril 2012, en marge du grand rassemblement annuel des musulmans au Bourget (Seine-Saint-Denis). Selon lui, la jeune femme, qui était alors âgée de 35 ans, avait précisé qu’elle était venue évoquer avec lui un passé problématique. Lors de son audition par les juges, Henda Ayari a formellement démenti ces allégations.

Me Emmanuel Marsigny, qui a pris le relais de Me Yassine Bouzrou pour assurer la défense de Tariq Ramadan il y a deux mois, s'est insurgé contre l'inconstance de la plaignante : « Quand on a été violée, on se souvient généralement du lieu ! » « On change d’hôtel, on change de date, bientôt on changera aussi d’auteur des faits, a poursuivi Me Marsigny. Tout ceci n’est pas sérieux. Ce qui est dramatique, c’est que mon client est maintenu en détention au motif précisément que des vérifications auraient été faites pour crédibiliser les accusations. »

Début mai, l'avocat de l'islamologue avait fait appel de la décision de la justice de rejeter la demande de remise en liberté de son client. Il avait proposé une caution, une assignation à résidence et la remise du passeport suisse de M. Ramadan. Mais la cour d'appel de Paris a confirmé ce rejet.

Fin avril, une nouvelle expertise médicale avait établi que Tariq Ramadan souffrait bien d'une sclérose en plaques, mais avait jugé son traitement compatible avec la détention.

Au mois de mai, l'enquête, jusque-là entre les mains du 2e District de police judiciaire, a été confiée à la Brigade criminelle. Les magistrats justifient cette décision en raison de « l’importance des investigations » à mener, notamment à l’étranger. Trois commissions rogatoires ont été délivrées en Suisse, en Belgique et en Grande-Bretagne.

Tariq Ramadan est incarcéré depuis sa mise en examen le 2 février à Paris pour viol et viol sur personne vulnérable. L'enquête a été ouverte en octobre dernier après les plaintes de deux femmes en France, rejointes en mars par une troisième. Une quatrième plainte pour viol a été déposée en Suisse le 13 avril, et une plainte pour agression sexuelle aux États-Unis.

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