La plainte visant un directeur de la FFF classée sans suite

Selon nos informations, le parquet de Paris a classé sans suite la plainte pour harcèlement sexuel et tentative d’agression sexuelle déposée par une ancienne salariée contre l’un des directeurs de la Fédération française de football. La FFF avait reconnu des propos « inadaptés », mais sans caractère sexuel. La procédure aux prud’hommes continue.

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La décision date du 16 juillet dernier. De source judiciaire, la plainte pour harcèlement sexuel et tentative d'agression sexuelle visant un directeur de la Fédération française de football a été classée sans suite. « L’infraction est insuffisamment caractérisée », précise cette source contactée par Mediapart.

La plainte, révélée par Mediapart, avait été déposée à Paris le 23 novembre 2018, pour des faits s'étalant de septembre 2017 à juin 2018. A. est alors une jeune salariée dans un service support – c’est son premier emploi. M. V., le directeur financier qui passe régulièrement à côté de son bureau, « a commencé à avoir une attitude déplacée », avait-elle expliqué aux policiers.

Elle affirme qu’il multipliait les « réflexions », en lui donnant « des petits surnoms comme “miss”, “ma petite chérie” », puis « “morue”, “ma petite écolière” », ou en évoquant ses « tenues vestimentaires ». « Il me disait “c’est court” ou “on ne risque pas de te louper” […], “t’as un rancard ?” », avait raconté A. durant son audition par la police. « Il faisait aussi des gestuelles, par exemple, quand je mettais du rouge à lèvres, […] [il] me mimait des bisous. »

« C’était des comportements qui me gênaient au quotidien », avait encore dit la jeune femme, qui expliquait n’avoir pas réagi immédiatement. « Je n’étais pas en position de le faire, […] j’avais conscience de ce que la FFF apportait à mon CV, j’avais conscience de la chance d’y travailler, j’aimais ce que je faisais », s’était justifiée A. devant les policiers.

La jeune femme évoquait aussi deux tentatives de baiser repoussées. Elle s'en était émue auprès de la FFF, avant d'être arrêtée pour « état anxio-dépressif » et de finalement quitter son poste.

De son côté, la FFF, interrogée par Mediapart en janvier dernier, avait refusé de commenter une procédure judiciaire en cours. Mais si elle reconnaissait des propos « inadaptés », elle niait tout caractère sexuel. Interrogée mercredi 31 juillet, elle se refuse de nouveau à tout commentaire. La procédure, également lancée aux prud’hommes, est quant à elle toujours en cours.

Le président de la FFF Noël Le Graët au siège de la fédération, en décembre 2015. © Reuters

À l'époque, la Fédération française de football avait diligenté une enquête interne, auprès d’une vingtaine de salariés. Résultat, selon l'instance : il n’y avait ni harcèlement sexuel, ni agression sexuelle, ni tentative d’agression sexuelle qui soit caractérisée. La FFF estimait simplement que son directeur financier avait tenu des propos « déplacés », car jugés « trop familiers », qui ont justifié l’envoi d’une lettre de rappel à l’ordre.

« Il y a eu des propos inadaptés, qui sont reconnus par la FFF et le salarié concerné, mais qui ne peuvent en aucun cas être considérés comme du harcèlement ou une agression sexuelle, expliquait Florent Dousset, l’avocat de la FFF. Les autres faits reprochés ne sont pas suffisamment établis, avec des éléments troublants et des déclarations qui ont évolué dans le temps. »

Une analyse que ne semblait pas partager l’inspection du travail. Dans un courrier adressé le 19 novembre à A., les agents de contrôle lui font part des « observations » adressées à la FFF.

« Des déclarations recueillies à l’occasion de notre enquête, il ressort que […] le directeur financier a pu avoir, au moins au cours des douze derniers mois, un comportement dépassant largement les conventions régissant les relations entre responsable et subordonnés en usant d’allusions, de propos et de gestes à connotation sexuelle de manière répétée à votre égard. Nous précisons à la direction de la FFF qu’au moins une des deux tentatives de baiser forcé dénoncées est aussi corroborée par deux témoins », écrivaient-ils dans un courrier dont Mediapart a obtenu copie.

Au cours de notre enquête, plusieurs personnes nous avaient indiqué avoir constaté un climat parfois pesant pour les femmes travaillant à la FFF, souvent au prétexte de plaisanteries entre collègues, voire des remarques totalement inadaptées. Mais celles-ci avaient demandé que leur anonymat soit strictement préservé par crainte de représailles : « Si l’on sait que je vous ai parlé, c’est simple, je perds mon poste », nous avait glissé l'une d'elles.

Dans son courrier du 19 novembre, l’inspection du travail estimait d'ailleurs que la FFF pourrait avoir contrevenu à deux articles du code du travail, qui fixent les obligations des employeurs en matière de harcèlement sexuel.

Le L1153-5 dit que « l’employeur prend toutes dispositions nécessaires en vue de prévenir les faits de harcèlement sexuel, d’y mettre un terme et de les sanctionner » et le L1153-3 indique qu’« aucun salarié […] ne peut être sanctionné, licencié ou faire l’objet d’une mesure discriminatoire pour avoir témoigné de faits de harcèlement sexuel ou pour les avoir relatés ».

Des reproches que réfute catégoriquement la FFF, qui a affiché ces dernières années sa volonté de féminiser son recrutement et de mettre davantage en avant le football féminin (voir notre émission vidéo avec la secrétaire générale de la FFF Laura Georges).

Par ailleurs, la Fédération, qui pensait sanctionner son salarié d’un avertissement en raison de la consommation d’alcool dans les locaux, le jour du repas de Noël le 21 décembre 2017, y a finalement renoncé. Cet hiver, la FFF promettait également avoir déclenché un processus d’information et de sensibilisation de ses salariés « sur les bonnes pratiques de comportement », en lien avec l’inspection du travail, la médecine du travail et les représentants du personnel, et « avec le concours d’une agence spécialisée ».

Il devrait se mettre en place à la rentrée, explique aujourd’hui la Fédération.

Lénaïg Bredoux

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