La Guadeloupe éclaboussée par une cascade de scandales

Le président (LREM) de la Région, Ary Chalus, et sa vice-présidente Marie-Luce Penchard, ont été placés en garde à vue mercredi. Ils sont soupçonnés de détournement de fonds publics. Un scandale politico-financier de plus en Guadeloupe.

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Décidément, la Guadeloupe vit des jours tourmentés. Et de semaine en semaine, de nouveaux scandales éclaboussent les principales figures politiques de l’île. Le dernier en date s’est joué mercredi et ses acteurs sont les deux figures guadeloupéennes les plus en vue de La République en marche (LREM). Le président de Région, Ary Chalus, et sa vice présidente, Marie-Luce Penchard, qui fut secrétaire d’État sarkozyste chargée de l’Outre-mer avant elle-même de rallier LREM, et qui est par ailleurs maire de Basse-Terre, ont été interpellés le matin par la police judiciaire qui leur ont notifié leur placement en garde à vue. Celle-ci a été levée en fin de journée.

Ary Chalus

Les deux élus ont été entendus toute la journée. Ils sont soupçonnés de détournement de fonds publics.

La justice s’applique à établir si des irrégularités ont été commises à la faveur de l’embauche de l’ancien directeur financier de la collectivité de Saint-Martin et actuel directeur général de la société d’économie mixte (SEM) patrimoniale en Guadeloupe, Pascal Averne. Cette SEM est un outil d’intervention économique dont la Région est l’actionnaire majoritaire.

Entre janvier 2015 et le 30 avril 2018, Pascal Averne a en effet occupé à la fois les fonctions de directeur de cabinet à la mairie de Basse-Terre – dont Marie-Luce Penchard est donc la maire – et d’inspecteur général des services au conseil régional de Guadeloupe. « C’est le chevauchement de ces recrutements qui interpelle », a indiqué à l’AFP le procureur de Basse-Terre, Jean-Luc Lennon. L’enquête doit donc s’attacher à déterminer « les modalités de ces recrutements » et vérifier si Pascal Averne n’a pas profité d’une double rémunération.

Selon France-Antilles Guadeloupe, l’intéressé aurait pu percevoir pendant cette période une rémunération mensuelle de 8 000 euros pour son poste de directeur de cabinet de la mairie de Basse-Terre et une autre de 4 000 euros pour son poste au conseil régional, mais la réalité de ce dernier travail ne serait pas établi.

Marie-Luce Penchard © Sarachan

L’AFP indique que Marie-Luce Penchard a été prise d’un « petit malaise » quand sa garde à vue lui a été notifiée mais, après l’intervention des pompiers, son état de santé a été jugé « compatible avec la garde à vue ».

En Guadeloupe, l’affaire a un immense retentissement, car il s’agit des personnalités politiques les plus connues de la région, et parce qu’elles sont aussi les figures les plus en vue du mouvement présidentiel. Ary Chalus est même membre du bureau exécutif de LREM.

L’affaire fait d’autant plus de bruit que ce scandale n’est pas le seul qui éclabousse actuellement l’île. De son côté, l’ancienne ministre chriaquienne et sénatrice RPR, Lucette Michaux-Chevry, qui est la mère de Marie-Luce Penchard et qui continue de faire souvent la pluie et le beau temps en Guadeloupe malgré ses 90 ans, est cernée par de nouvelles affaires.

Lors d’une audience au tribunal correctionnel de Basse-Terre, le 17 octobre dernier, le même procureur de la République Jean-Luc Lennon a requis contre elle deux ans de prison avec sursis, assortis d’une peine d'inéligibilité obligatoire, l'interdiction d'exercer une fonction publique à titre définitif, la suppression de « droits civiques, civils et familiaux » durant cinq ans, ainsi qu'une amende de 45 000 euros, pour non-respect du code de l’environnement et de la santé, et favoritisme.

Explication de l’AFP : « Lucette Michaux-Chevry était jugée pour n'avoir pas contrôlé la production et distribution d'eau en zone polluée par la chlordécone, une eau tirée d'un captage illégal de surcroît, pour pollution de l'environnement en raison d'un défaut d'équipement d'assainissement, et pour une affaire de favoritisme dans l'attribution d'un marché public relatif au transport. En juillet 2018, lors d'une alerte à la chlordécone, le procureur de Basse-Terre avait découvert que le captage de Belle-Terre à Gourbeyre n'avait pas été autorisé, et n'était donc soumis à aucune sécurité sanitaire. Faute d'équipements conformes, des dizaines de milliers de litres d'eaux usées pourraient avoir été déversés en mer. »

France-Antilles Guadeloupe révèle par ailleurs les dessous d’une autre affaire dans laquelle pourrait être impliquée la même Lucette Michaux-Chevry. Selon le journal, « la juge d'instruction de Basse-Terre, Annabelle Le Sauce, a rendu, il y a quelques semaines, l'ordonnance qui renvoie Lucette Michaux-Chevry devant un tribunal correctionnel dans l'affaire Madinécouty, du nom de l'ex-directeur général des services de la communauté d'agglomération Grand Sud Caraïbe (CAGSC) ».

Et France-Antilles ajoute : « Dans ce dossier, Annabelle Le Sauce a mis en examen Lucette Michaux-Chevry, Georges Chazelas, René-Claude Monrose et Fred Madinécouty pour avoir, de 2010 à 2017, détourné des fonds publics, participé à une entente avec les entreprises attributaires de marchés publics et les associations Basse-Terre une passion et Basse-Terre Aviron-Club, des élus et des fonctionnaires de la CAGSC… Détournement de fonds publics, escroquerie, trafic d'influence, complicité d'escroquerie en bande organisée, recel de fonds provenant d'abus de biens sociaux... »

Le journal dit avoir pu consulter certains procès-verbaux d’audition qui sont dans le dossier d’instruction, et en révèle certains extraits dont plusieurs mettent en cause Lucette Michaux-Chevry.

Et ce n’est toujours pas fini ! Mediapart a, de son côté, récemment révélé la version intégrale du rapport de la chambre régionale des comptes de Guadeloupe, qui dénonçait le fonctionnement de la Région et pointait une cascade d’irrégularités, ainsi que le nombre pléthorique des collaborateurs des trois derniers présidents de l’exécutif régional. L’actuel président de région Ary Chalus et sa vice-présidente Marie-Luce Penchard étaient donc visés par ces critiques très vives.

Nous avons aussi révélé la semaine passée un avis de cette même chambre régionale des comptes sommant l’une des principales communautés d’agglomération du département, celle de Grand-Sud-Caraïbe, de prendre des mesures d’austérité pour combler des déficits de plus en plus spectaculaires. Or, Basse-Terre, dont Marie-Luce Penchard est la maire, est la principale collectivité de cette communauté d’agglomération et est donc la première visée par les dérapages budgétaires relevés par les magistrats financiers.

C’est donc peu dire que sous la houlette d’Ary Chalus et de Marie-Luce Penchard, la Guadeloupe a des allures de pétaudière politico-financière. Comme ce fut longtemps le cas à l’époque de Lucette Michaux-Chevry... On peut prendre connaissance ici du communiqué au sujet de ces affaires du

sénateur Victorin Lurel (pdf, 441.1 kB)

(ex-ministre de l'Outre-mer du gouvernement Ayrault) ou encore du communiqué de

la fédération socialiste de Guadeloupe (pdf, 145.8 kB)

. Les deux disent la même chose : l'effet de sidération que toutes ces affaires suscitent dans la région.

Laurent Mauduit

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