Kadhafi-Sarkozy : un avocat surprise pour faire taire l'ex-numéro deux libyen

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Me Marcel Ceccaldi, l’avocat de Bachir Saleh, ex-directeur de cabinet de Kadhafi, sort opportunément un « pouvoir spécial » grâce auquel il prétend contester les propos de l'ancien premier ministre libyen, Baghdadi Ali al-Mahmoudi, sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Le collectif des avocats tunisiens, contacté par Mediapart, maintient de son côté les accusations portées contre le président-candidat. Décryptage.

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Les manipulations se poursuivent dans l’affaire Kadhafi avec, en fond, un embarras de plus en plus perceptible du pouvoir. Après les dénégations de deux anciens dignitaires libyens et l’ouverture d’une enquête judiciaire contre Mediapart sur plainte du président de la République, un célèbre avocat de la Françafrique, Me Marcel Ceccaldi, vient de sortir du chapeau un nouveau démenti opportun pour l’Élysée.

Cet avocat français, qui défend déjà M. Bachir Saleh, l’ex-directeur de cabinet de Kadhafi recherché par Interpol, mais vivant tranquillement en France, conteste depuis vendredi les propos de l’ancien premier ministre libyen, Baghdadi Ali al-Mahmoudi, actuellement écroué à Tunis, tels que les ont rapportés ses avocats tunisiens.

M. Baghdadi © Reuters M. Baghdadi © Reuters

« Je confirme qu’il existe bien un document signé par Moussa Koussa et qu’un financement a bien été reçu par M. Sarkozy », avait fait savoir M. Baghdadi à ses conseils, qui ont tenu, jeudi à Tunis, une conférence de presse internationale, évoquant également le déblocage d’une somme de 50 millions d’euros. « Ma détention en Tunisie est à l’instigation du président français afin que les détails sur le financement de sa campagne 2007 ne soient pas révélés », a précisé, le même jour à l’AFP, Me Mabrouk Kourchid, l'un des avocats de l'ancien premier ministre, parlant au nom de son client.

Une confirmation difficile à supporter pour l'Élysée. Nathalie Kosciusko-Morizet, porte-parole du candidat Sarkozy, a ainsi qualifié ce vendredi d'« ubuesques » les affirmations de l'ancien premier ministre libyen.

La contre offensive n'a pas eu lieu seulement par ce communiqué. Me Marcel Ceccaldi a ainsi soudain revendiqué depuis Paris un « pouvoir spécial » de M. Baghdadi pour « démentir formellement les allégations » des avocats tunisiens qui se sont exprimés la veille et dont une vidéo est visible ci-dessous:

 « Dès que j’ai été prévenu de cette conférence de presse, j’ai parlé au gendre de M. Baghdadi, assure-t-il à Mediapart. On m’a indiqué ce que pensait le premier ministre. J’ai dit simplement, allez le voir et envoyez-moi un pouvoir spécial. »

Me Ceccaldi Me Ceccaldi
Ces déclarations soudaines, téléguidées depuis Paris, sont déjà contrées, avant même la conférence de presse annoncée pour ce vendredi après-midi, par Me Ceccaldi, par ailleurs ancien avocat de Jean-Marie Le Pen et de Laurent Gbagbo. Contacté vendredi matin par Mediapart, Me Mabrouk Kourchid, coordinateur de la défense pénale de M. Baghdadi en Tunisie, affirme ne « pas être informé d’une mission de Me Ceccaldi pour le compte de l’ancien premier ministre ». « Je suis toujours l’avocat de M. Baghdadi et je n’ai reçu aucune récusation de qui que ce soit, explique l’avocat. Ce que je sais depuis le mois de novembre, c’est que M. Baghdadi m’a dit que l’État libyen avait financé la campagne de M. Sarkozy. Il n’a pas arrêté de me le dire. » 

Me Kourchid confirme aussi l’octroi d’un montant de 50 millions d’euros par les autorités libyennes, comme le fait apparaître la note officielle révélée par Mediapart.

C’est un avocat tunisien, Me Mohammed Salah Hassen, qui s’est chargé des diligences de l’avocat parisien. « On s’est rendu à la prison avec des membres de la famille, explique-t-il à Mediapart. Je vous confirme que l’ex-premier ministre n’a tenu aucun discours concernant le fait de financer ou de ne pas financer les élections en faveur de M. Sarkozy. Ce qui est sûr, c’est qu’il a décidé de ne pas s’immiscer dans les affaires politiques de quelque pays que ce soit, tant qu’il est en prison. Il n’a pas voulu donner de déclaration à ce propos. Il n’a pas confirmé les faits, ni nié les faits. »

Le correspondant de Me Ceccaldi à Tunis a par ailleurs précisé à Mediapart que M. Baghdadi, souffrant du cœur, aurait eu « un malaise mercredi ». « Son état de santé est un peu critique, précise-t-il. Il a besoin d’une intervention chirurgicale dans des brefs délais », assure l’avocat. M. Baghdadi n’a néanmoins pas été hospitalisé.

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