«Dé-jeûner» pendant le ramadan est encore réprimé au Maroc

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Le pays interdit à tout « musulman notoire » de rompre le jeûne en public pendant le ramadan, et les arrestations et condamnations se sont multipliées. Pourtant, le débat s’est fait cette année plus vif, et des voix s'élèvent pour demander l'abrogation de l'article 222 du Code pénal.

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Rabat (Maroc), de notre correspondante.-  En 2009, une poignée de jeunes activistes s’opposaient à un tabou ancré dans la société marocaine. Ils se sont donné rendez-vous sur Facebook pour un pique-nique symbolique à Mohammedia, pour revendiquer le droit de « dé-jeûner » pendant le ramadan. Cette initiative, unique à l’époque, avait suscité une vive polémique mais aussi une réaction policière disproportionnée. Depuis, le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (Mali), constitué alors, milite inlassablement pour dépénaliser la rupture du jeûne en public.

Mais sept ans plus tard, rien n’a changé. Au contraire, les arrestations – et les condamnations – se sont multipliées en ce mois de ramadan. Car au Maroc, « tout individu notoirement connu pour son appartenance à l’islam » et qui rompt le jeûne en public durant le mois sacré risque, selon l’article 222 du code pénal, jusqu'à six mois de prison et une amende.

« Il s'agit d'une loi moyenâgeuse, liberticide et discriminatoire. L'application de la loi à des personnes “notoirement connues pour leur appartenance à la religion musulmane” semble refuser aux personnes que l'État considère comme musulmanes le droit de se déclarer comme non musulmanes ou comme musulmanes choisissant de ne pas observer le jeûne », regrette Ismael, militant du Mali.

À Zagora, deux hommes ont écopé de deux mois de prison avec sursis pour avoir bu de l’eau, sous une chaleur intense. Deux personnes ont aussi été arrêtées à Essaouira pour avoir mangé en public. Souvent, ces arrestations résultent de dénonciations. À Rabat, un homme a été arrêté sur son lieu de travail après l’appel d’un de ses supérieurs à la police : il avait fumé une cigarette sur une terrasse. Parfois, des personnes qui observent le jeûne se permettent de faire la loi et ont recours à la violence. À Marrakech, un homme a été roué de coups pour avoir fumé une cigarette dans une salle de jeux. Fin juin, un médecin du CHU Avicennes, à Rabat, s’insurgeait contre le passage à tabac d’un homme diabétique qui avait bu de l’eau, lequel avait dû être traité aux urgences, dans une vidéo visionnée par plus de 100 000 personnes.