Diplomatie Analyse

Migrants, Syrie: l’ONU impuissante

Le débat général de la 71e session de l’assemblée générale de l’ONU, qui s’est ouverte le 20 septembre à New York sur fond de guerre froide, s’est achevé sans que les dirigeants du monde ne soient parvenus à s’accorder sur les deux thèmes principaux : la crise des migrants et le conflit syrien. Un nouveau secrétaire général, Antonio Guterres, devrait être élu ce jeudi.

Celhia de Lavarène

6 octobre 2016 à 08h17

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New York (Nations unies), de notre correspondante.- « Sur les migrants, le bilan est nul et sur la Syrie, il est catastrophique », assure un diplomate. La « bavure » des États-Unis, qui venaient de bombarder par erreur les positions de l’armée syrienne et de faire plus de 80 morts parmi les soldats, ainsi que l’attaque d’un convoi humanitaire par les Russes, n’ont certes pas contribué à réchauffer l’atmosphère. En l’espace d’une semaine, du 20 au 26 septembre, les 140 chefs d’État et de gouvernement présents pour le débat général qui a ouvert la 71e assemblée générale des Nations unies, à New York, ont confirmé que la diplomatie mondiale était entrée dans une phase de récession – les quinze membres du Conseil de sécurité se sont toutefois mis d'accord, mercredi 5 octobre, sur la candidature du Portugais Antonio Guterres à la tête de l'organisation. Il devrait être formellement élu ce jeudi 6.

Non seulement constate-t-on un retour vers les égoïsmes nationaux, mais les valeurs fondatrices des Nations unies ont singulièrement régressé. Barack Obama, présent une dernière fois, François Hollande, dont nul ne sait s’il se représentera à la présidence de son pays, ou Theresa May, la toute nouvelle première ministre britannique, qui faisait ses premiers pas sur la scène internationale, étaient entièrement concentrés sur leurs échéances nationales.

Le discours d’Obama, lénifiant, presque moralisateur, qui a duré 47 longues minutes, et celui sans relief de Ban Ki-moon – dont c’était la dernière assemblée générale – ne sont pas parvenus à mobiliser l’auditoire. « C’était leur dernier discours et ce qui est surprenant, c’est qu’aucun d’eux n’a recueilli de “standing ovation”. C’est du jamais vu, s’étonne un haut fonctionnaire qui se trouvait dans la salle. Pour sa dernière présentation devant l’assemblée générale, Kofi Annan avait reçu un tonnerre d’applaudissements. » Exception faite pour l’allocution du premier ministre canadien, Justin Trudeau, qui a mis l’accent sur le fait qu’il ne fallait pas se laisser embrigader par le populisme et l’extrémisme, tous les autres discours étaient axés sur les moyens de se protéger, de combattre le terrorisme – surtout lorsqu’il sévit à l’intérieur d’un pays. Les chefs d’État ont donné l’impression d’un fort repli identitaire et d’être totalement déconnectés des problèmes de leurs pays. Pour preuve : le discours du nouveau vice-président sud-soudanais, Taban Deng Gai, qui a tenté de convaincre l’assemblée générale qu’après deux ans et demi d’une guerre civile sans merci, la situation dans son pays était « stable et pacifique ».

Si la tribune de l’assemblée continue d’être la caisse de résonance des problèmes du monde et permet à tous les pays, du plus petit au plus grand, de s’exprimer, cette fois-ci, preuve d’un désintérêt grandissant, la salle s’est vidée encore plus que les autres années. « Tous les ans, c’est la même chose : dès que le président américain a terminé son allocution, la plupart des délégations s’en vont. Mais là, c’était encore plus flagrant. J’ai eu l’impression que plus personne ne s’intéressait au débat général », commente un diplomate qui se trouvait dans la salle. Une constatation partagée par le président micronésien Emanuel Mori : « Si vous ressentez le besoin de vous endormir, n’hésitez pas. Lorsque je serai parvenu à la fin de mon discours, je vous le ferai savoir, de sorte que vous puissiez m’applaudir. »

Le débat général est l’occasion – normalement – pour les grands de ce monde d’échanger leurs vues sur les situations de conflit, voire d’entamer des négociations. Cette année, il aura surtout été le reflet d’un monde en déliquescence et mis en lumière l’impuissance de l’ONU, son incapacité à trouver une position commune pour mettre fin au conflit syrien, pourtant considéré comme une priorité absolue. « Il n’y aura pas de solution politique jusqu'à ce que la logique de la guerre ait atteint ses limites », affirme un diplomate occidental.

« La crise des réfugiés, la guerre en Syrie, autant de questions que le monde ne peut, ne devrait ignorer. Pourtant, les réunions qui auraient permis d’en débattre n’ont servi à rien, puisque nos dirigeants se sont montrés incapables de résoudre les problèmes d’aujourd’hui. Comment pourraient-ils anticiper ceux de demain ? » s’inquiète un diplomate déboussolé par une assemblée générale plus sombre que jamais. « Nous vivons dans un monde qui n’a plus de cap. Nous sommes en train de passer d’un monde unipolaire à un monde multiforme, au sens où il y a une émergence des acteurs non étatiques. Et nous avons placé à la tête de l’Organisation un secrétaire général qui a été incapable d’avoir une vision globale – il ne suffit pas de s’intéresser au climat », analyse une universitaire française, spécialiste des Nations unies.

Que retiendra-t-on de cette 71e assemblée générale ? Probablement pas les paroles convenues et vides des leaders du monde, qui sur la question des migrants ne sont pas parvenus à proposer de solutions concrètes, mais plutôt l’impasse diplomatique dans laquelle la Russie et les États-Unis ont plongé les débats. Pour le plus grand malheur des peuples touchés par des conflits meurtriers et qui ont fini par comprendre que l’ONU ne leur serait d’aucune aide. « Il n’y a plus de leader de la trempe d’Arafat, de Mandela, de Kadhafi. Des hommes charismatiques qui, lorsqu’ils s’exprimaient, étaient écoutés. Maintenant, les discours sont tellement convenus que plus personne ne se donne la peine de les écouter », reconnaît, amer, un diplomate nord-africain.

Celhia de Lavarène


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