L'Etat islamique frappe deux fois à Téhéran

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Un double attentat commis quasi simultanément mercredi matin dans la capitale iranienne a visé à la fois le Parlement et le sanctuaire du fondateur de la République islamique, l’imam Khomeini, faisant 12 morts et une quarantaine de blessés. C'est la première fois que l’État islamique frappe en Iran.

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La sécurité de l’Iran et des Iraniens, c’est le leitmotiv du régime, son point fort, et il avait été mis en avant pendant toute la récente campagne électorale, en particulier dans le camp fondamentaliste. Cette priorité permet de justifier les guerres que les forces armées iraniennes livrent au-delà des frontières, comme le déclarait lui-même le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei : « C’est en Syrie que l’on doit combattre Daech [acronyme en arabe de l’État islamique] si on ne veut pas avoir à le faire à Téhéran ou à Kermanshah [ville kurde chiite]. »

L’argument vient de voler en éclats avec le double attentat commis quasi simultanément mercredi matin dans la capitale iranienne qui a visé à la fois le Majlis (Parlement) et le sanctuaire du fondateur de la République islamique, l’imam Khomeini, faisant 12 morts et une quarantaine de blessés.

Téhéran, 7 juin 2017. Un jeune garçon est évacué durant l'attaque contre le Parlement. © Omid Vahabzadeh / TIMA via REUTER Téhéran, 7 juin 2017. Un jeune garçon est évacué durant l'attaque contre le Parlement. © Omid Vahabzadeh / TIMA via REUTER
L’attaque – la première de l’État islamique en Iran – contre le Majlis a été menée par quatre assaillants bien armés, déguisés semble-t-il en femmes, qui sont entrés par la porte des visiteurs, sur l’avenue des Fedayin-e islam. C’est leurs gros sacs qui ont attiré l’attention du garde et provoqué le premier affrontement qui lui a coûté la vie. À l’évidence, la cible principale était la salle des députés vers laquelle ils ont tenté de se diriger. Leur méconnaissance des lieux a, semble-t-il, évité un carnage chez les parlementaires. Car, selon un journaliste parlementaire iranien, « les terroristes ont pris le mauvais couloir ». Il s’en est suivi un échange de coups de feu entre les gardes de certains députés et les assaillants, faisant plusieurs morts dont des visiteurs venus voir les parlementaires. Un des quatre hommes a aussi mitraillé l’avenue qui heureusement n’était pas, au moment de l’attaque, très fréquentée. L’un d’eux a aussi enregistré, avec son téléphone portable, une vidéo de 12 secondes dans laquelle il a récité plusieurs sourates coraniques et lancé en arabe le cri de ralliement de l’État islamique : « Baqiya » (« nous resterons », ce qui signifie que l’EI, à la différence des autres mouvements djihadistes, est appelé à durer).

Selon certains médias iraniens, les forces de l'ordre ont finalement donné l'assaut contre les terroristes retranchés dans les étages supérieurs d'un bâtiment du Parlement. L'un des assaillants s'est alors fait exploser.

Au mausolée de l’imam Khomeini, dans l’extrême sud de Téhéran, les assaillants étaient des kamikazes, dont une femme. Elle a pu faire sauter sa ceinture d’explosifs, tuant un jardinier. Un autre attaquant a été tué avant de pouvoir le faire. L’État islamique a revendiqué le double attentat quelques heures plus tard.

Ce sont les pasdaran (gardiens de la révolution) qui sont affectés à la garde du Parlement. Pour eux, le coup est rude. Visiblement, ils ne s’attendaient pas à une telle attaque, ce qui explique pourquoi les quatre assaillants ont pu s’introduire à l’intérieur de l’édifice. Celle-ci semble avoir troublé les responsables du régime. Huit heures après la double attaque, ni le président nouvellement réélu Hassan Rohani, ni le Guide suprême Ali Khamenei, n’avait encore réagi. Comme le montrent les premières réactions sur les réseaux sociaux, cette double attaque devrait provoquer des débats enflammés au sein des différentes factions du régime. Un responsable des oussoulgaran (les principalistes ou fondamentalistes) s’en est déjà pris à une personnalité du camp adverse, Gholâm-Hossein Karbatschi, ancien maire de Téhéran, qui avait récemment exprimé des réserves sur la présence militaire iranienne en Syrie.

« Où est-elle votre sécurité ? », peut-on lire dans certaines réactions critiques à l’égard du pouvoir. Car le double attentat met à mal toute la propagande du régime qui avait fait de la sécurité sur le sol iranien sa priorité. En faisant valoir que tous les autres pays de la région sont saisis soit par la guerre, soit par le terrorisme, elle avait permis la relégitimation des services sécuritaires que ceux-ci avaient perdue lors de la répression massive des mouvements sociaux de 2009-2010, qui les avait fait percevoir comme hostiles à leur propre population.

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