La France a-t-elle une responsabilité dans la guerre au Yémen?

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Alors que l’ancien président Saleh a été assassiné, le Yémen continue de s’enfoncer dans la guerre. Le principal responsable du conflit aujourd’hui est identifié : l’Arabie saoudite. Mais le royaume est appuyé, au moins indirectement, par les pays occidentaux, dont la France.

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La France a-t-elle une responsabilité dans la guerre au Yémen ? © Mediapart

La situation déjà passablement chaotique et désespérée du Yémen a franchi un nouveau cap avec l’assassinat, lundi 4 décembre, de l’ancien président du pays pendant une trentaine d’années, Mohammed Ali Saleh. L’homme qui avait réunifié le pays dans les années 1990 est aussi celui qui l’a déstabilisé lorsque, chassé du pouvoir par les soulèvements du printemps arabe de 2011, il a tenté d’y revenir en s’alliant avec ses anciens ennemis, avant de les trahir de nouveau, deux jours avant sa mort.

Saleh était un dirigeant obsédé par ses propres intérêts et l’affirmation de lui-même. Malheureusement, en cela, il reflétait la situation plus générale du Yémen qui est aujourd’hui ballotté entre des jeux de puissances régionales qui dépassent le cadre national. L’intervention militaire de l’Arabie saoudite, en mars 2015, contre les tribus houthis soutenues en sous-main par l’Iran ont fait du Yémen un point de fixation dans la guerre pas si froide que se mènent Riyad et Téhéran pour la suprématie régionale, sur fond de querelle religieuse entre sunnites et chiites.

La guerre au Yémen est aujourd’hui une catastrophe humanitaire (plus de 10 000 morts, des millions de déplacés, une épidémie de choléra, des difficultés considérables pour approvisionner les populations en vivres et denrées essentielles), dont le principal responsable est identifié : l’Arabie saoudite. Par ses bombardements indiscriminés et son blocus maritime, le prince héritier Mohamed ben Salmane, qui a pris la décision de lancer son pays dans cette guerre, plonge le Yémen dans le sang et la souffrance. Mais MBS, comme on le surnomme, n’est pas seul. Il dirige une coalition de pays arabes à laquelle participent indirectement les pays occidentaux. Les États-Unis bien sûr, qui l’encouragent au nom de la lutte contre le terrorisme (Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) est basé au Yémen, et l’État islamique y possède des combattants). Mais aussi la France qui, par ses ventes d’armes, facilite le bellicisme saoudien.

Pour discuter de tous ces points dans un écheveau local, régional et international complexe, nous avons sollicité Laurent Bonnefoy, chercheur au CNRS, spécialiste de la péninsule arabique et auteur d’un ouvrage récent, Le Yémen, de l’Arabie heureuse à la guerre (Fayard), ainsi que Jean-François Corty, directeur des opérations internationales de Médecins du monde, une ONG qui possède des équipes sur place pour tenter d’aider les Yéménites.

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