Entre la Chine et les Etats-Unis, la guerre commerciale est déclarée

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Le département du commerce américain a annoncé de nouvelles mesures contre les importations chinoises, frappées d’une taxe de 25 % à partir du 23 août. Pékin a répliqué en imposant les mêmes droits douaniers sur une série d’importations américaines. Le sort de l’économie mondiale est lié à l’attitude des deux gouvernements dans les semaines à venir.

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Le ton s’est brusquement durci. Après avoir tenté pendant des semaines d’aplanir les difficultés, de trouver un compromis avec Donald Trump, le gouvernement chinois semble avoir décidé d’en finir avec les manières diplomatiques et de répliquer. « Il y aura de représailles », a averti Pékin en fin de la semaine dernière, en réaction à la nouvelle menace agitée par le président américain d’augmenter à nouveau les tarifs douaniers sur les importations chinoises. Depuis, la presse chinoise se déchaîne. Lundi, le Quotidien du peuple, considéré comme l’organe officiel du gouvernement chinois, a parlé de Donald Trump comme d’un personnage « arrogant » et « menteur », avant d’affirmer que « Pékin ira jusqu’au bout ».

Donald Trump et Xi Jinping en mars 2018. © Reuters Donald Trump et Xi Jinping en mars 2018. © Reuters

Les espoirs de trêve, que le monde financier et les diplomates appelaient de leurs vœux, semblent bel et bien enterrés. La guerre commerciale entre Washington et Pékin risque bien d’avoir lieu. Les marchés monétaires et boursiers sont comme pris de vertige à cette perspective. Des masses gigantesques de capitaux sont en train de se déplacer, d’abandonner les territoires jugés risqués pour se réfugier vers les valeurs considérées comme sûres, à commencer par le dollar et les bons du Trésor américain.

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C’est à nouveau Donald Trump qui a relancé l’escalade. Alors que les tensions paraissaient s’apaiser peu après l’augmentation de 10 % des tarifs douaniers, appliquée le 6 juillet sur une série d’importations chinoises, le président américain a brusquement choisi de relancer le conflit. Le 1er août, l’administration Trump faisait savoir qu’elle envisageait de renforcer les mesures commerciales contre la Chine. Au lieu d’augmenter les tarifs douaniers de 10 % comme elle l’avait prévu au départ, elle allait les porter à 25 %. Ce qui revient quasiment à les bannir des États-Unis.

La mesure devrait concerner une série de produits chinois, représentant environ 200 milliards de dollars d’importations aux États-Unis. La première application devrait être mise en œuvre dès le 23 août. Elle est censée s’appliquer à 279 produits chinois, allant des machines-outils aux produits chimiques en passant par les semi-conducteurs, représentant environ 50 milliards de dollars, a annoncé, mardi 7 août, un représentant du secrétariat américain au commerce.

La première réaction du gouvernement chinois face à la nouvelle attaque américaine a été la stupeur. Comment le gouvernement américain pouvait-il étudier un dispositif si contraire à ses intérêts ? Le China Daily s’empressait de reprendre une étude du ministère du commerce chinois soulignant l’état de dépendance dans laquelle se trouvait l’économie américaine par rapport à la Chine. Les États-Unis dépendent entre 50 % et totalement des approvisionnements chinois pour plus d’un tiers des produits soumis aux nouvelles mesures punitives américaines.

« Eh bien ! nous les refabriquerons chez nous », a rétorqué le président américain. Fidèle à sa diplomatie du tweet ravageur, le président américain a poursuivi l’offensive tout au long de la semaine. Samedi, il se félicitait de la chute des marchés boursiers chinois, y voyant un signe avant-coureur de victoire de sa politique.

Après la stupeur, le gouvernement chinois a montré sa fureur. Sans attendre, il a annoncé son intention de taxer aussi à 25 % une partie des produits américains. Une première liste a été publiée ce mercredi 8 août par le ministère du commerce chinois : elle vise en premier lieu les importations américaines de gaz, de pétrole, de diesel, de voitures, d’équipements médicaux et de produits sidérurgiques. Pékin a promis d’autres mesures de rétorsion contre les États-Unis, si la présidence Trump poursuivait ses « agressions » commerciales.

Le cours dollar-yuan. © Bloomberg Le cours dollar-yuan. © Bloomberg
Pour Donald Trump, ces nouvelles barrières douanières imposées à la Chine ne sont que la « juste » réponse aux pratiques déloyales chinoises, « tels que les transferts forcés de technologies et de droits de propriété intellectuelle ». Mais, dans sa politique d’« America first », un autre élément semble avoir incité le président américain à surenchérir dans ses attaques : depuis deux mois, le yuan s’est déprécié de 8,5 % par rapport au dollar, et de 9,2 % pour le yuan offshore. Cette chute est vue, par le gouvernement américain, comme un moyen utilisé par la Chine pour annuler les hausses douanières imposées par les États-Unis et conserver ses parts de marché. « Il est important d’empêcher les pays de dévaluer leur monnaie pour soutenir leur compétitivité », dit un représentant de l’administration américaine cité par le Wall Street Journal.

Le reproche n’est pas nouveau. À maintes reprises, Pékin a été accusé d’utiliser l’arme monétaire pour renforcer sa domination économique dans le monde. Plusieurs fois, le gouvernement chinois, qui exerce un contrôle étroit sur le marché des changes, a été soupçonné de manipuler sa monnaie à des fins politiques et commerciales. Mais cette fois-ci, la situation apparaît différente pour les analystes financiers. « La dévaluation monétaire (…) est largement liée aux conditions de marché de mon point de vue, et n’est pas utilisée comme outil préféré des autorités chinoises, comme moyen de rétorsion », assure Betty Wang, spécialiste de l’économie chinoise citée par le Guardian.

De fait, la chute du yuan semble aujourd’hui autant subie que voulue par les autorités chinoises. Celle-ci embarrasse de plus en plus la banque centrale de Chine. L’institution monétaire a dû intervenir à plusieurs reprises ces dernières semaines pour défendre sa monnaie. Le 6 août, elle a décidé de renforcer les mesures de contrôle dans l’espoir de soutenir sa monnaie et de calmer la spéculation. Alors qu’elle avait supprimé tout encadrement, celle-ci réimpose désormais des montants de réserve à toutes les banques et institutions financières avant d’intervenir sur le marché des changes. Le dispositif, censé surenchérir le coût de vente du yuan, n’a pas l’effet escompté : la monnaie chinoise s’approche dangereusement des 7 yuans  pour  un dollar, considérés comme un seuil symbolique sur les marchés des changes, susceptible de provoquer de nouveaux mouvements de vente, donc une nouvelle baisse.

L’explication de la chute de la devise chinoise se trouve en partie dans la balance des paiements courants de la Chine. Oublié le temps où Pékin affichait des excédents record supérieurs à 10 % de son PIB comme en 2007. Pour la première fois depuis 2001, date à laquelle la Chine a rejoint l’Organisation mondiale du commerce (OMC), celle-ci enregistre un déficit de 28,5 milliards de dollars de sa balance des paiements courants au premier semestre 2018.

Évolution de la balance des paiements. © Bloomberg Évolution de la balance des paiements. © Bloomberg

Que s’est-il passé ? À ce stade, les mesures punitives engagées par Donald Trump ne paraissent pas encore avoir produit leurs effets. La machine à exporter chinoise, même si elle a atteint un pic, fonctionne toujours à plein régime. L’excédent commercial chinois est toujours aussi stratosphérique : 155,9 milliards de dollars au premier semestre. Mais dans le même temps, son déficit en matière de services se creuse : il s’élève désormais à 137 milliards de dollars. Enfin, le pays a dû faire face à une fuite des capitaux au premier trimestre, qui n’a été que partiellement compensée au deuxième. De nombreux groupes chinois et étrangers, comme nombre d’oligarques, attirés par des rendements plus élevés aux États-Unis, mais aussi inquiets du ralentissement économique chinois et du durcissement politique à Pékin depuis que Xi Jinping a opté pour un pouvoir absolu, ont préféré placer leur argent dans des lieux qui leur semblent plus sûrs.

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