Les Etats-Unis entrent en guerre contre l’Etat islamique mais les questions demeurent

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Barack Obama a détaillé, dans la nuit de mercredi à jeudi, sa stratégie de lutte contre l’État islamique. L’intervention américaine va s’intensifier, notamment en Syrie, et les États-Unis comptent sur l’appui d’une large coalition internationale, dont la France. La durée de cette intervention et les résultats escomptés sont cependant encore flous. 

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New York, correspondance.   Barack Obama avait déjà prévenu : il veut « détruire » l’État islamique. Ce qu’il s'est efforcé d'expliquer, lors d'une intervention mercredi 10 septembre faite depuis la Maison Blanche, c’est comment il compte s’y prendre concrètement.

Dans les grandes lignes, cette intervention a confirmé ce qui était déjà connu. L’administration Obama tente d’une part de mobiliser une grande coalition internationale afin de lutter sur plusieurs fronts contre l’expansion de l’État Islamique (EI) en Irak et au Proche-Orient. Elle compte d’autre part intensifier ses frappes contre les militants de l’EI en menant des bombardements en Irak mais aussi en visant la Syrie. Il reste toutefois exclu d’envoyer des soldats américains en Irak ou en Syrie. « No boots on the ground », « pas de troupes au sol », répètent Barack Obama et le secrétaire d’État John Kerry, qualifiant cette possibilité de « ligne rouge » pour les États-Unis.

« Nous traquerons les terroristes qui menacent notre pays, où qu'ils soient (…) nous n'hésiterons pas à agir contre l'Etat islamique en Syrie, comme en Irak », a affirmé le président, mercredi, précisant que les djihadistes ne pourront compter sur aucun « refuge ». Barack Obama a exclu toute coopération avec Bachar Al-Assad en Syrie: « Un régime qui terrorise son peuple et qui ne regagnera jamais la légitimité perdue ». Il a annoncé son objectif de renforcer l'opposition face aux djihadistes « tout en recherchant une solution politique pour régler la crise syrienne une fois pour toutes ».

Barack Obama. A la recherche d'alliés pour intervenir en Irak et en Syrie. © Reuters Barack Obama. A la recherche d'alliés pour intervenir en Irak et en Syrie. © Reuters

La stratégie américaine s'est précisée ces dix derniers jours, suite à l’exécution filmée de deux journalistes américains. James Foley fut décapité par des militants de l’État islamique le 19 août, et Steven Sotloff a subi le même sort le 2 septembre. Face à cette surenchère de violence macabre, Barack Obama a d’abord réagi en affirmant que cette « violence barbare » n’intimiderait pas les Américains, mais il s’est toutefois montré prudent sur la manière dont les États-Unis pouvaient réagir.

Fin août, il déclarait ainsi lors de sa conférence de presse qu’il ne voulait pas « mettre la charrue avant les bœufs » et que son administration n’avait « pas encore de stratégie » pour lutter contre l’EI. Cette phrase fut immédiatement reprise et commentée, considérée par les uns comme une erreur de communication, par les autres comme un aveu de faiblesse. 

Depuis, Barack Obama a donc durci le ton. Dimanche dernier, lors d’un entretien sur la chaîne NBC, il déclarait : « Nous allons systématiquement dégrader leur capacités, nous allons réduire la taille des territoires qu’ils contrôlent, et nous allons finalement les vaincre. » Son administration cherche aujourd’hui à présenter l’image d’un gouvernement déterminé et puissant, capable de mobiliser une coalition internationale contre l’État islamique. En décalage avec une posture de retrait des affaires internationales affichée ou du moins souhaitée par Barack Obama depuis plusieurs années, les États-Unis se posent désormais en leader, avec l’objectif de défaire une mouvance terroriste dont ils sous-estimaient pourtant totalement la portée il y a encore six mois.

Il n’est pas inutile de s’arrêter sur le contexte politique américain pour comprendre ce repositionnement et de mentionner le ton guerrier dont use le camp républicain depuis août. Celui-ci ne s’est pas privé de critiquer la prudence voire les hésitations d’Obama. Des élus républicains ont présenté l’État islamique comme la menace ultime à laquelle font face les États-Unis et prôné une action militaire d’ampleur pour détruire la mouvance, en entrant cependant rarement dans le détail d’une telle opération.

Le sénateur de Caroline du Sud Lindsay Graham a expliqué sur la chaîne conservatrice Fox News qu’il imaginait « déjà une ville américaine en flammes » à cause de l’EI. Le sénateur du Kentucky Rand Paul, de tendance libertarienne – donc plutôt enclin à adopter une posture isolationniste –, a déclaré que s’il était président, il demanderait l’autorisation du Congrès « de détruire militairement l’EI ». Ted Cruz, élu du Texas, a estimé que l’EI « se moque des États-Unis » et qu’il fallait les bombarder « jusqu’à ce qu’ils reviennent à l’âge de pierre ».

Ces discours se multiplient alors même que de nombreux experts ont souligné que l’EI présentait avant tout une menace pour l’Irak et la région. Le National counterterrorism center – créé aux lendemains des attentats du 11 septembre 2001 afin d’évaluer les menaces terroristes – a souligné que les États-Unis n’avaient pour l’instant détecté la présence d’aucun combattant étranger ni de cellule de l’EI sur le sol américain (sur le modèle d’Al-Qaïda avant les attaques du 11 Septembre). Sur le sujet, on peut visionner ici la conférence donnée par le directeur du Centre, Matthew Olsen, à la Brookings Institution. 

Le chercheur Paul R. Pillar, expert en questions de sécurité à l’université de Georgetown précise : « L’EI a recours à la force pour essayer d’établir un califat au Moyen-Orient. Planifier des attaques aux États-Unis ne fait pour l’instant pas partie de leur stratégie à long terme, comme c’était le cas avec Al-Qaïda. Aujourd’hui, ils ne menacent que les intérêts américains au Moyen-Orient, notamment en prenant en otage des citoyens américains et en les assassinant. »

Toujours est-il que ces exécutions ainsi que les commentaires alarmistes d’élus ont comme premières conséquences de choquer et d’inquiéter l’opinion. Alors que les sondages des derniers mois indiquaient que les Américains ne souhaitaient pas que leurs dirigeants s’investissent dans les crises à l’étranger (notamment en Syrie), ils sont cette fois-ci une majorité à vouloir que Barack Obama en fasse plus et une majorité à soutenir des frappes contre l’EI en Syrie.

C’est ce que nous apprend le sondage réalisé par le Washington Post et la chaîne ABC News, publié mardi. Interrogés sur la réaction des États-Unis face aux avancées de l’EI, une majorité des sondés estiment qu’Obama a été jusque là trop prudent. 91 % des sondés voient l’EI comme « une menace aux intérêts vitaux des États-Unis ». 71 % des sondés soutiennent des frappes contre les militants de l’EI et 65 % sont pour que ces frappes soient élargies à la Syrie.

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Mis en ligne mercredi matin 10 septembre, cet article a été complété jeudi 11 septembre après l'intervention de Barack Obama.