Le scandale Weinstein bouscule Hollywood et… Washington

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La révélation des agressions sexuelles du producteur américain pourrait avoir des conséquences politiques fâcheuses pour les milieux démocrates, tellement gâtés par Weinstein dans les circuits de levées de fonds.

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Harvey Weinstein reçu à la Maison Blanche par Michelle Obama, en novembre 2013 Harvey Weinstein reçu à la Maison Blanche par Michelle Obama, en novembre 2013
New York (États-Unis), de notre correspondant.-  L’admiration et la crainte ont laissé la place au dégoût. Ses mœurs de pirate, sa brutalité légendaire dans le quotidien du business passaient encore tant qu’il travaillait pour la bonne cause, à savoir la révolution du cinéma indépendant américain, dont il avait été depuis 20 ans l’artisan acharné avec 300 nominations aux Oscars et des succès comme Shakespeare in Love, Le Discours d’un roi, Pulp Fiction ou encore Sexe, mensonges et vidéo.

Harvey Weinstein, malgré sa réputation de molosse du showbiz, gardait son image de « good boy » du septième art, à la tête de Miramax et de la Weinstein Company, un studio et un distributeur. Il avait fondé la première société avec son frère par l’anagramme des prénoms de leurs deux parents, Miriam et Max. L’un de ses premiers films, en 1981, n’était autre qu’une promotion philanthropique pour Amnesty International. Omniprésent sur le circuit des levées de fonds démocrates, Weinstein a largement contribué aux campagnes d’Hillary Clinton et de Barack Obama, et ses contributions philanthropiques, en particulier au conseil d’administration de la Robin Hood Foundation, une importante fondation contre la pauvreté de New York, avaient érigé l’enfant des HLM du Queens en bienfaiteur progressiste.

Son ascension avait aussi occulté des décennies de rumeurs sur ses pulsions de prédateur sexuel, et les digues de silence, calfatées par le mutisme d’Hollywood et de la presse, ont brusquement cédé le 5 octobre, dès la publication d’une enquête du New York Times, suivie le 10 d’une autre du New Yorker, présentant les témoignages de 13 femmes, actrices débutantes, journalistes ou employées de Miramax, qui décrivent des avances brutales, des attouchements forcés, des comportements d’exhibitionniste déjanté et même des viols caractérisés.  

Malgré un communiqué assurant que le producteur avait toujours « considéré ces relations comme consenties », Weinstein a dû quitter le 9 octobre sa présidence de la Weinstein Company, codirigée par son frère Robert. Lâché par son avocate Lisa Bloom, une figure du barreau connue, ironie de l’histoire, pour sa défense des victimes de harcèlement sexuel par des célébrités, « Harvey » a vu sa femme, la styliste Georgina Chapman, mère de deux de ses enfants, annoncer la fin de leurs dix ans de mariage.

Le scandale, au milieu des cris de surprise horrifiée, feints ou sincères, du tout Hollywood, des réactions ébahies des stars les plus proches de son entourage, comme Matt Damon ou George Clooney, rivalise déjà avec le choc national suscité par les révélations sur l’acteur et animateur Bill Cosby, autre icône sanctifiée du showbiz, accusé d’avoir drogué près de 20 femmes pour faciliter ses attaques sexuelles. Ces révélations, concernant un pilier des milieux démocrates, relativisent celles liées au harcèlement commis par les figures de Fox News Roger Ailes et Bill O’Reilly, qui avaient outré le pays, et même les enregistrements des propos salaces et misogynes de Donald Trump, dont la diffusion avait un temps menacé la campagne présidentielle.

Le « New Yorker » a diffusé un enregistrement obtenu par la police de New York.

Si au moins huit femmes ont obtenu des indemnisations « à l’amiable » à la suite de leurs rencontres avec le producteur, les témoignages s’accumulent aujourd’hui. Emma de Caunes a raconté avoir vu Weinstein, en 2010 à Cannes, sortir nu et en érection de sa salle de bains ; Judith Godrèche s’est échappée de sa suite de l’Eden Roc. Gwyneth Paltrow, à ses débuts à 22 ans, Rosanna Arquette, Mira Sorvino et Angelina Jolie, toutes en quête de leurs premiers grands rôles à l’époque des faits, ont dû repousser physiquement ses avances. Lauren Sivan, une jeune journaliste d’une télévision locale ébahie de l’interviewer, raconte avoir été emmenée par Weinstein derrière les cuisines d’un restaurant, pour le voir se masturber devant elle dans une plante verte… Toutes témoignent de leur vulnérabilité extrême devant un magnat d’Hollywood fort d’un ascendant sur elles, ou d’un pouvoir décisif sur leurs carrières. Avant de violer l’actrice italienne Asia Argento ou d’obtenir une fellation forcée de Lucia Evans, une actrice débutante, selon leurs témoignages, Harvey Weinstein aurait clairement menacé de briser leur avenir dans la profession.

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