Les démocrates suspendus à la décision d'"Oncle Joe" Biden

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Souriant, populaire et expérimenté, Joe Biden coche plusieurs cases du candidat idéal à l'investiture démocrate pour la présidentielle de 2020 sauf celle du renouvellement qui s'est fortement exprimée lors des élections de mi-mandat en novembre.
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PARIS (Reuters) - Souriant, populaire et expérimenté, Joe Biden coche plusieurs cases du candidat idéal à l'investiture démocrate pour la présidentielle de 2020 sauf celle du renouvellement qui s'est fortement exprimée lors des élections de mi-mandat en novembre.

L'ancien vice-président des Etats-Unis, âgé de 76 ans, semblait prêt à se lancer une troisième (et probablement dernière) fois à la conquête de la Maison banche en surfant sur le succès historique des Midterms.

L'annonce de son entrée en lice était attendue en janvier et devait éclipser celles des jeunes ambitieux du Parti démocrate décidés à en découdre l'an prochain avec un Donald Trump qu'ils perçoivent comme un repoussoir.

Les enquêtes d'opinion le donnent très nettement favori parmi les électeurs démocrates (entre 29 et 35%), très loin devant le sénateur du Vermont Bernie Sanders (10 à 15%), battu par Hillary Clinton lors des primaires de 2016.

"On a du mal à comprendre pourquoi il ne se lance pas", note Corentin Sellin, professeur agrégé d'histoire et spécialiste des Etats-Unis. "Dans sa position actuelle de favori, il peut écarter certains adversaires en déclarant sa candidature."

Biden est le candidat de la continuité avec Barack Obama, qu'il accompagna pendant huit années de présidence, et avec Bill Clinton qu'il soutenait au sein du comité national démocrate (DNC) à la fin des années 1980.

OCCUPER L'ESPACE AU CENTRE

En quarante ans de carrière politique, il s'est imposé comme l'un des pères de la révolution centriste opérée par les démocrates avec la remise en cause de l'association traditionnelle entre le parti, les syndicats et les cols bleus.

"Lors de sa première tentative en vue de la présidentielle de 1988, il voulait être le candidat capable de parler à l'Amérique reaganienne", rappelle Corentin Sellin.

Sur la scène internationale, sa doctrine est celle d'Etats-Unis reprenant le rôle de gendarmes du monde via une politique multilatérale et interventionniste. Sur le plan intérieur, il observe une ligne modérée refusant des options qu'il juge trop radicales comme le Medicare (assurance santé) pour tous proposée par Bernie Sanders.

Sa candidature occuperait l'espace au centre et étoufferait une éventuelle candidature indépendante que Donald Trump appelle de ses voeux comme l'ont montré les encouragements qu'il a adressés à Howard Schultz, l'ex-patron de Starbuck, qui envisage de se lancer dans l'aventure.

La présence de Biden lors des primaires aurait sans doute pour conséquence d'hypothéquer celle de Michael Bloomberg, revenu dans le camp démocrate et qui s'est entouré d'une équipe composée d'anciens de l'administration Obama.

"Bloomberg estime être le recours au centre si Biden n'y va pas. Dans le cas contraire, il estime qu'il n'y aurait pas de place pour lui. Mais on l'imagine mal participer à des primaires dans un parti qui exprime une telle demande de renouvellement et d'inflexion à gauche", explique Corentin Sellin.

"C'est un milliardaire qui est proche des milieux patronaux et à une certaine époque de sa vie, il a fait partie des mêmes cercles que Donald Trump. Et ça, c'est quasiment rédhibitoire", ajoute l'enseignant.

RISQUE D'UN SCÉNARIO À LA ROSS PERROT

Dans l'hypothèse où Biden ne se présenterait pas, le risque serait d'assister à un basculement général du Parti démocrate à gauche et l'ouverture d'un espace substantiel au centre, à destination des électeurs indépendants.

Les démocrates pourraient alors vivre un scénario comparable à celui connu par les républicains en 1992 et 1996 lorsque l'homme d'affaires Ross Perrot était venu troubler le jeu traditionnel. Ses 19% et près de 20 millions de voix avaient eu raison de la tentative de réélection de George Bush père face à Bill Clinton en 1992.

Les primaires et plus largement une campagne électorale est l'occasion de voir ce que vaut un candidat, d'évaluer sa personnalité et de mesurer sa résistance physique. "De ce point de vue, on sait déjà pour Biden", note Corentin Sellin.

En 1987, sa tentative s'est terminée en queue de poisson après des révélations sur un plagiat et une fraude au diplôme. Connu pour commettre des gaffes, Biden affirme avoir changé. Il jure que toutes les années passées au Sénat lui ont donné l'expérience nécessaire.

Il joue volontiers de l'image du sénateur modeste, rappelant ses origines dans la ville de Scranton en Pennsylvanie, pourtant depuis la fin de la présidence Obama un décalage est apparu entre le sympathique "Oncle Joe" et Mister Biden.

Il donne des conférences généreusement rémunérées et le New York Times a révélé en janvier qu'il avait touché 200.000 dollars pour prononcer en octobre un discours en faveur d'un candidat républicain en difficulté dans le Michigan.

Pour ne rien arranger, s'il était investi et s'il était élu, il achèverait son mandat en janvier 2025 à l'âge de 82 ans.

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