Un droit de réponse de François Zimeray

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Notre article « Une possible nomination française à l’ONU fait grincer des dents », mis en ligne le 24 janvier 2019, a suscité un droit de réponse de François Zimeray.

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Notre article « Une possible nomination française à l’ONU fait grincer des dents », mis en ligne le 24 janvier 2019, a suscité un droit de réponse de François Zimeray, adressé le 10 février 2019, que nous publions ci-dessous dans son intégralité.

« Un article paru dans Mediapart le 24 janvier me met en cause. Rédigé sans avoir pris la peine, ni de me rencontrer, ni de me contacter, il est émaillé d’erreurs et fait de ma personne comme de mon parcours un portrait caricatural qui ne correspond pas du tout à la vérité.

D'abord, il consacre de nombreux développements à mes supposées positions déséquilibrées parce que « systématiquement pro-israéliennes », raccourci inexact pour celui qui s’est toujours efforcé d’avoir un point de vue indépendant au risque de « penser contre soi-même ». Ainsi, aux côtés de palestiniens et d’israéliens, j ‘ai toujours soutenu ce qui s ‘appelait jadis le « camp de la paix ».

Vous écrivez même, citant une source anonyme, que je serais une « courroie de transmission du gouvernement Israélien », ce qui serait grave si ce n ‘était pas absurde! Car en effet, si mon soutien à l’existence d‘Israël est total, il n ‘a d’égale que ma profonde condamnation de sa politique, notamment de colonisation et ce, depuis de longues années. L ‘article me dit « obnubilé »par le sujet, et doit, pour l’illustrer, chercher des prises de position... qui datent de quinze à vingt ans. Tout ce que j’ai vu en arpentant le monde me ramène au contraire à relativiser ce conflit au regard des tragédies contemporaines. Cela, l’auteur l’aurait su s’il avait pris le temps de lire « J’ai vu partout la même visage », livre où je témoigne de cet itinéraire vers l’universalité de la souffrance humaine. J’y résume ainsi ma position « quiconque se définirait uniquement comme pro -israélien ou pro palestinien, c'est-à-dire qui ne serait que pour l’un contre l’autre, est un salaud ». Cette position, je m’efforce de me l’appliquer au risque de susciter l’incompréhension de toutes parts.

L'article s’appuie sur des propos parfois injurieux sans jamais en citer le ou les auteurs et fait l'impasse sur quarante ans de combats pour la justice sur les cinq continents, un parcours de vie commencé avec les réfugiés cambodgiens, les enfants-soldats du Congo, les veuves d’Irak et les torturés de Libye, les brûlés de Gaza, les déracinés de Colombie... Ce n'est pas moi qui suis obnubilé par Israël, mais celui ou ceux qui ont nourri l’article.

Tout cela ne suffisant pas à me discréditer, il cite un courageux anonyme qui soutient que j'aurais déclaré « n ‘avoir jamais été en danger » dans l’attentat de Copenhague où j'ai failli perdre la vie. Quel procédé ! Il est vrai, comme je l’avais relaté, que je pensais être en sécurité en me rendant à cette réunion de caricaturistes et de militants de la liberté d’expression ... jusqu‘à ce qu’éclate la fusillade, et que je vive alors, comme les autres participants, des instants que je ne souhaite à personne de connaître, marqués par le sang et la mort, de ceux qui changent votre regard pour toujours.

Le reste de l’article est à l‘avenant, faux, même inverse, lorsqu‘il évoque mes relations avec collègues et ONG partenaires, où, après dix ans au service de la diplomatie française, dominent reconnaissance et estime partagées. C‘est aussi le cas avec la CFDT, qui n ‘a jamais critiqué ma nomination, contrairement à ce qui est suggéré. Oh, bien sûr, quand on exprime ses convictions avec sincérité, on ne se fait pas que des amis. Mediapart, aurait pu faire la part de l’intrigue, du complotisme («agenda (caché), réseaux, lobby... ») du corporatisme et de la jalousie dans celui qui a inspiré ce portrait peu flatteur. Enfin, le meilleur, François Zimeray « ne cache pas » son soutien à la lutte contre l’antisémitisme. Pourquoi s'en cacher ?

Vous conviendrez aisément, je l’espère, que ce droit de réponse ne présente aucune caractère polémique ou outrancier et vise seulement à apporter à vos lecteurs un contrepoint nécessaire au profil à charge que M. Cantaloube a jugé utile de dresser à mon sujet. »

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