Pays-Bas: il n’y a pas de «cordon sanitaire» avec le xénophobe Wilders

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Almere est l’une des deux seules villes des Pays-Bas où le parti de Geert Wilders a présenté des candidats aux dernières municipales. Dans ce centre urbain à la population très métissée, les élus locaux « s’accommodent » de la poussée du PVV. Quitte à faire prospérer ses idées.

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Almere (Pays-Bas), envoyé spécial.– Almere s’est construite trois mètres sous le niveau de la mer. Par endroits, la ville s’enfonce jusqu’à cinq mètres. Il est difficile de s’en rendre compte en arpentant les rues aseptisées de son centre commerçant. Mais les terrains de football improvisés dans les parcs des alentours sont impraticables. Ils sont rongés par d’immenses flaques d’eau alimentées par les sous-sols, qui rappellent le passé marécageux de la région.

Almere est aussi la ville la plus récente des Pays-Bas : elle a été créée dans les années 70, sur l’un des polders de la province de Flevoland, dans la grande banlieue d’Amsterdam. Elle s’est développée à toute vitesse, autour d’un lac artificiel baptisé avec malice « Weer Water » (mot à mot : de l’eau, à nouveau). Elle est devenue l’une des cités-dortoirs de la capitale économique des Pays-Bas, logeant des milliers de Néerlandais qui prennent, chaque matin, la route vers Amsterdam et l’aéroport international de Schiphol pour y travailler.

« Quand je suis né, Almere n’existait pas encore, tout ici n’était que de l’eau », s’amuse Leo Buunk, né en 1951 dans l’est du pays, près de l’Allemagne. Chaussures de randonnée aux pieds, il vient de jouer, au piano de la bibliothèque municipale flambant neuve, un tube américain jazzy des années 20. Sa prestation l’a ravi. Lorsqu’on lui parle des élections législatives de mercredi, il prévient, doucement : « Je vais voter avec mon cerveau, plutôt qu’avec mon cœur. »Ce jeune retraité aux yeux bleus, autrefois salarié d’un laboratoire pharmaceutique, déposera dans l’urne un bulletin pour Mark Rutte, le premier ministre sortant, du parti libéral (VVD). Il espère ainsi contrer la poussée du xénophobe Geert Wilders (PVV). « Je ne suis pas en désaccord avec tout ce que dit Wilders, mais ce type n’est pas un démocrate. Il n’a pas de parti, il est seul », juge-t-il, en référence à l’un des surnoms donnés par ses adversaires au PVV, « le parti d’un seul homme ».

« Il y a beaucoup de gens de couleur à Almere. Les riches vont plutôt loger au nord d’Amsterdam, à Zaandam. Et les moins riches doivent bien aussi se loger quelque part. Il y a quelques années, on trouvait un logement pour presque rien ici », poursuit-il. Avant de reprendre un refrain entonné par Wilders, comme par Rutte, pendant la campagne : « Dans une ville comme Almere, les musulmans doivent s’intégrer. Pourquoi croyez-vous que nous sommes un pays prospère ? Pourquoi nos rues sont-elles propres ? Parce que c’est notre état d’esprit. Les gens peuvent venir de l’extérieur, de leurs pays en ruines, mais c’est nous qui savons comment devenir prospères. »

« Eux » contre « nous », la rhétorique a dominé la campagne pour les législatives aux Pays-Bas. Quelque 13 millions de citoyens sont attendus aux urnes mercredi, pour un scrutin souvent résumé (à tort) à un duel entre Wilders et Rutte, sur le terrain identitaire. À peine si l’on a parlé chômage ou lutte contre le réchauffement climatique, qui pourrait pourtant vite compliquer le quotidien des habitants des polders.