Trump provoque le chaos chez les républicains

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Donald Trump est en forte baisse dans les sondages, mais il est toujours soutenu par une base militante loyale et motivée. Son parti ne sait plus quelle stratégie adopter : le soutenir ou s’en éloigner ? Les républicains sont perdus…

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De notre correspondante à New York (États-Unis).- À un mois de l’élection présidentielle américaine, en pleine tempête à la suite de la diffusion d’un enregistrement dans lequel Donald Trump tient des propos obscènes sur les femmes, le candidat ne lâche rien. Plus que jamais, il se raccroche à sa base militante. Que celle-ci soit insuffisante pour gagner la présidentielle ? Que l’édifice du parti républicain tout entier soit en train de vaciller ? Donald Trump n’en a cure, il ne changera pas de stratégie ni de discours, même si Hillary Clinton le devance de 7 points en moyenne dans les sondages, même si les républicains peuvent également perdre leur majorité au Congrès lors des élections présidentielles et législatives du 8 novembre 2016. Non, Trump compte seulement multiplier les déplacements et tenir six événements de campagne par jour.

Depuis le début de la semaine, dans d’immenses gymnases de Pennsylvanie, de Floride, d’Ohio, le voilà donc accueilli par une foule loyale et motivée. Une portion de l’électorat qui se soucie peu de ses propos hautement misogynes et des accusations d’agressions sexuelles qui surgissent depuis mercredi 12 octobre 2016. Le témoignage de deux femmes a ainsi été recueilli par le New York Times (ici), tandis qu’une journaliste du magazine People dit avoir été embrassée par l’homme d’affaires sans son consentement (son récit à la première personne ici).

Donald Trump nie et dénonce une campagne de dénigrement orchestrée par les démocrates et leurs « alliés » des grands médias de la côte est. Il estime que ces polémiques sont moins graves que celles ayant entaché la carrière d’Hillary Clinton, « une personne corrompue » (« Mettez-la en prison », scandait la foule lors de son meeting en Pennsylvanie, lundi). Cet argumentaire est renforcé par les dernières révélations de WikiLeaks, ayant décidé de diffuser quotidiennement et jusqu’au 8 novembre des documents hackés : un flux de courriels privés échangés par l’équipe de campagne démocrate. Ceux-ci ne contiennent pas de grandes révélations à ce stade, mais ils ne sont certainement pas de nature à améliorer son image. Ils confirment par exemple qu’Hillary Clinton a eu des positions changeantes et contradictoires sur le libre-échange. Lors d’un meeting en Floride, mercredi, Trump invitait donc son audience à lire ses courriels, « qui montrent tout l’enjeu de l’élection de novembre et à quel point le pays est devenu malhonnête ».

Beaucoup plus surprenante, et inédite dans une campagne présidentielle, est la décision de Trump de faire feu sur son propre parti. Toute la semaine, il s’en est pris sans retenue aux élus et cadres du parti républicain faisant volte-face depuis le week-end dernier. Quelques dizaines d’entre eux ont en effet décidé de se distancier du magnat de l’immobilier en pensant ainsi sauver leur siège au Sénat ou à la Chambre, et préserver la majorité républicaine au Congrès (les élections législatives se déroulant à la même date que les présidentielles, le 8 novembre).

Donald Trump les traite « d’hypocrites moralisateurs et déloyaux ». Et son public applaudit, s’en prend à son tour à ces « lâches ». D’ardents défenseurs de l’homme d’affaires ont en effet fait savoir à leurs élus locaux qu’ils ne voteraient pas pour eux s’ils se désolidarisaient ainsi de leur candidat à la présidentielle… Paniqués, se sentant pris en otage, certains de ces élus ont donc encore changé d’avis en milieu de semaine pour se ranger de nouveau derrière Trump ! Même Paul Ryan, chef de file de la majorité républicaine à la Chambre, extrêmement critique vis-à-vis de Trump le week-end dernier (il promettait de ne plus faire campagne pour le candidat), est revenu sur sa décision et devait tenir un « discours anti-Clinton » ce vendredi, dans le Wisconsin…

Le parti républicain est donc en plein chaos.

« Les leaders du parti craignaient la rage de Donald Trump s’ils lui refusaient l’investiture (en juillet), eh bien ils y ont quand même droit quand ils refusent d’aller au tapis avec lui à la suite de la diffusion d’une bande audio où on l’entend se vanter de sa misogynie. Ils craignaient de provoquer la colère de ses électeurs de base en s’opposant à lui lors de la convention républicaine, ils y ont quand même droit lorsqu’ils tentent de se tenir à distance dans la dernière ligne droite avant l’élection. Ils craignaient une guerre d’une faction républicaine contre une autre, une guerre entre conservateurs, ils l’ont. Ils craignaient que tout cela ne provoque un effondrement du taux de participation, une défaite inévitable, ils vont probablement avoir droit aux deux », constate l’auteur et éditorialiste conservateur Ross Douthat dans un texte intitulé L’enfer républicain.

Les sondages d’opinion sont en effet très préoccupants pour le camp républicain. Dans la course à la présidentielle, Hillary Clinton devance leur candidat de 7 points en moyenne (ici). Elle a le soutien de plus en plus massif des minorités, de jeunes, de femmes, d’électeurs indépendants pouvant voter démocrate ou républicain en fonction du scrutin, tandis que Donald Trump mobilise un groupe d’électeurs essentiellement composé d’hommes blancs de plus de 50 ans sans éducation supérieure. Une étude réalisée à la demande du magazine The Atlantic indique qu’Hillary Clinton le devancerait désormais de 33 points parmi l’électorat féminin. Si les femmes votent plus souvent démocrate que républicain depuis les années 1980, un écart d’une telle ampleur serait historique. 

La course s’annonce en outre très serrée au Congrès, alors qu’il y a encore quelques semaines les républicains étaient quasiment assurés de garder leur majorité à la Chambre des représentants et avaient de bonnes chances de conserver le Sénat. Les sondages indiquent que les démocrates ont désormais autant de chances que les républicains d’emporter le Sénat. Ils sont également bien partis pour constituer un groupe parlementaire beaucoup plus solide à la Chambre, même si les républicains y disposent d’une avance substantielle (247 sièges à ce jour, contre 188 pour les démocrates). 

Ces projections, Donald Trump s’en soucie peu, réfugié auprès de sa base, emporté par la foule. L’une de ses dernières vidéos de campagne commence ainsi : « It is us against the world », « C’est nous contre le reste du monde ».

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