Le ministre de la défense israélien démissionne et prépare les futures élections

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En rendant son tablier pour protester contre la « faiblesse » de Netanyahou lors des récents accrochages avec le Hamas à Gaza, le nationaliste Avigdor Lieberman espère précipiter un nouveau scrutin législatif qui se jouera, comme les précédents, à droite toute.

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C’est l’histoire d'une lutte d'influence entre trois hommes qui se disputent les voix de droite. C’est l’histoire du jeu politique contemporain en Israël, court-termiste et nationaliste.

Nul n’a pris la démission du ministre de la défense israélien Avigdor Lieberman mercredi 14 novembre 2018 pour argent comptant. Survenant quelques heures après un accord de cessez-le-feu entre Tel-Aviv et les différentes factions palestiniennes à Gaza, le retrait du gouvernement d’un de ses piliers est lesté de sous-entendus.

Officiellement, Lieberman, le leader du parti d’extrême droite Israel Beytenou (« Israël notre maison »), très populaire chez les immigrés de l’ex-espace soviétique, a rendu son tablier pour protester contre la « capitulation » face au Hamas après les échanges très nourris d’artillerie des 12 et 13 novembre à Gaza. Officieusement, il cherche avant tout à se positionner dans la perspective des prochaines élections législatives face à ses deux adversaires que sont le premier ministre Benjamin Netanyahou et le ministre de l’éducation Naftali Bennett, chef du parti nationaliste et religieux Foyer juif.

Ces trois hommes gouvernent côte à côte depuis presque dix ans mais ils n’ont cessé de se concurrencer pour séduire les électeurs de la droite israélienne en menant une surenchère sur les questions religieuses, identitaires et, bien entendu, sécuritaires. En quittant la coalition gouvernementale, Lieberman ne précipite pas sa chute, car le premier ministre continue de bénéficier d’une majorité de sièges à la Knesset, mais de justesse (il peut désormais compter sur 61 voix parmi les 120 députés). Il a néanmoins appelé à la tenue d’élections anticipées le plus vite possible, avant la date prévue en novembre 2019.

Avigdor Lieberman, à droite, avec Benjamin Netanyahou lors du conseil de sécurité du 13 novembre 2018. © GPO Avigdor Lieberman, à droite, avec Benjamin Netanyahou lors du conseil de sécurité du 13 novembre 2018. © GPO

Après avoir été ministre des affaires étrangères presque sans interruption de 2009 à 2015, Avigdor Lieberman occupait depuis deux ans et demi le poste de la Défense. Une fonction cornaquée directement par le chef du gouvernement lui-même, mais aussi par les hauts gradés de l’armée. C’est ainsi que, concernant la situation critique de Gaza, la plupart des généraux israéliens appellent depuis des mois à desserrer l’étau autour de l’enclave afin d’éviter une explosion bien plus grave que celle des trois guerres précédentes (2008-2009, 2012, 2014) ou des « marches du retour » qui se tiennent depuis mars 2018.

« Lieberman, reflétant une grosse partie de l’opinion publique israélienne, aurait bien aimé jouer les jusqu’au-boutistes en laissant la situation s’envenimer encore, voire en menant une campagne militaire sauvage sur Gaza », avance un conseiller politique du Likoud, le parti de Netanyahou. « Heureusement, les militaires et le premier ministre l’en ont empêché et il a pris la première occasion avant des élections anticipées pour démissionner et se positionner en tant que faucon. »

Sachant que Benjamin Netanyahou lui-même n’a jamais développé de réelle solution vis-à-vis de Gaza ou des territoires palestiniens en général (hormis les morceler pour les affaiblir et empêcher la constitution d’un État viable), et qu’il a toujours défendu la disproportion dans la réaction militaire face aux violences palestiniennes, la position de Lieberman en dit long sur la dérive droitière de la politique israélienne.

De fait, Netanyahou a conquis le pouvoir par la droite et ses adversaires essaient aujourd’hui de faire pareil, le faisant passer pour un modéré pour ne pas avoir voulu d’une nouvelle guerre à Gaza.

À l’issue de la très longue réunion de cabinet qui s’est tenue mardi 13 novembre pour décider s’il fallait lancer une offensive contre Gaza ou accepter un cessez-le-feu porté par l’Égypte, le porte-parole du gouvernement a fait savoir qu’il y avait eu unanimité des ministres pour la seconde option.

En fait, il n’en était rien : quatre d’entre eux auraient préféré poursuivre la réplique armée, dont Lieberman, Naftali Bennett et la ministre de la justice et figure montante de la droite, Ayelet Shaked. En cherchant à étouffer leurs voix, Netanyahou a précipité les désaccords. Lieberman va désormais pousser pour des élections rapides en expliquant que le premier ministre s’est montré trop faible sur Gaza.

Dans la foulée, Bennett a réclamé le portefeuille de la défense, non pas pour faire allégeance à Netanyahou puisqu’il a menacé lui aussi de démissionner s’il ne l’obtenait pas, mais pour monter en grade dans la hiérarchie ministérielle et, lui aussi, préparer les élections, en espérant qu’elles arrivent un peu plus tard.

« Lieberman a tiré le premier coup des élections à venir qu’il entend centrer autour de la débâcle de Gaza et de la prétendue “faiblesse” du premier ministre », estime l’analyste politique Anshel Pfeffer. « Netanyahou, de son côté, voudrait attendre un peu afin que la colère autour [du cessez-le-feu avec] Gaza se tasse et qu’il puisse préparer sa campagne en se présentant comme le seul adulte responsable dans la pièce. »

La prise de position de ces trois personnalités et la colère qui anime les résidents israéliens du sud-ouest du pays à proximité de la bande de Gaza, qui ont manifesté mardi et mercredi contre le « danger » que représente l’enclave palestinienne à leurs yeux, garantissent que la future élection, qu’elle se tienne dans une semaine ou dans six mois, se jouera une nouvelle fois sur le flanc droit.

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