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Mediapart jeu. 28 juil. 2016 28/7/2016 Édition du matin

Les Européens se divisent sur l'armement de l'opposition syrienne

15 mars 2013 | Par Ludovic Lamant

François Hollande et David Cameron ont imposé la crise syrienne à l'agenda du conseil européen, qui s'est achevé vendredi. Les débats ont confirmé de profondes divisions sur l'armement des rebelles, mais aussi sur les relations avec Moscou. Les eurodéputés sont également divisés.

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Bruxelles, de notre envoyé spécial

Ce devait être un conseil dominé par les débats sur la croissance et l'austérité en Europe, sur fond d'impasse politique en Italie. Mais les offensives diplomatiques de Londres et Paris ont bousculé l'ordre du jour, prenant prétexte des deux ans de l'éclatement de la crise syrienne. Les 27 chefs d'État et de gouvernement réunis à Bruxelles ont fait état de leurs désaccords, vendredi, sur un sujet révélateur des tergiversations de l'Union : la levée ou non de l'embargo sur la livraison d'armes aux révolutionnaires syriens.

Les exécutifs français et britanniques veulent suspendre cet embargo pour armer l'opposition syrienne. À l'issue du conseil de vendredi, François Hollande a répété en substance ce que son ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, avait déclaré dès mercredi : « Des armes sont livrées par des pays, dont la Russie, à Bachar Al-Assad et son régime. Nous devons en tirer toutes les conclusions. » Londres fait savoir, depuis le mois de février, qu'il souhaite la levée de l'embargo, ce que le premier ministre David Cameron a redit clairement mardi.



Les premières « mesures restrictives » de l'UE à l'encontre de la Syrie remontent à mai 2011. L'embargo, tel qu'il existe aujourd'hui, a été prolongé de trois mois en février. Les 27 sont donc censés se réunir en mai, pour débattre de l'avenir de cet embargo. Puisque la règle de l'unanimité prévaut, il suffit d'une voix récalcitrante pour que les sanctions, mécaniquement, tombent.

Mais les pressions franco-britanniques ont accéléré les choses. L'examen sera mené « dans les prochaines semaines », a estimé François Hollande. La décision pourrait en fait intervenir dès la réunion, la semaine prochaine (22 et 23 mars) à Dublin, des ministres des affaires étrangères de l'UE.

Si l'activisme franco-britannique semble avoir porté ses fruits concernant le calendrier, les Européens restent, sur le fond, très divisés. La Suède, la Finlande ou encore l'Autriche sont opposés à la levée de l'embargo. L'Allemagne compte elle aussi parmi les rangs des sceptiques, même si Angela Merkel s'est dite « prête à discuter », reconnaissant que son opinion sur le sujet « n'est pas faite ».

La chancelière redoute une surenchère qui ne réglerait rien : « Nous devons faire attention (à ce que ce régime) ne reçoive pas encore plus d'armes de la part de pays » qui le soutiennent, a-t-elle prévenu jeudi. Dans l'optique allemande, fournir des armes aux rebelles ne ferait qu'aggraver la situation. Si l'on en croit le compte rendu d'Angela Merkel, Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, est intervenue dans les débats du conseil, pour exprimer les mêmes inquiétudes. La Britannique redouterait que cette décision entraîne une hausse des exportations d'armes russes et iraniennes et l'entrée en jeu des Libanais du Hezbollah.

« Un aveu d'impuissance épouvantable »

François Hollande a reconnu que le sujet divisait, tout en estimant que les lignes bougeaient en Allemagne. Certains députés de la CDU, la formation d'Angela Merkel, se sont prononcés ces derniers jours en faveur d'une levée de l'embargo.

Le Parlement européen reflète les divisions du conseil, par-delà les grandes familles politiques. Guy Verhofstadt, chef de file des centristes (auquel appartient le MoDem), soutient vigoureusement Paris et Londres, estimant que « l'opposition syrienne a besoin de roquettes antiaériennes afin d'arrêter les avions d'Assad, qui sèment la mort et la destruction ». Et de rappeler que le chef de l'État-major de l'armée syrienne libre, Selim Idriss, lors d'une visite au Parlement européen la semaine dernière, « a donné son assurance que toutes les armes qui leur seront fournies ne tomberont pas dans de mauvaises mains », en référence aux djihadistes.

Chez certains socialistes, le ton est beaucoup plus critique. « Livrer des armes, c'est un aveu d'impuissance épouvantable. Je ne crois pas une minute que cela inversera le rapport de forces sur le terrain », avance à Mediapart Véronique De Keyser, élue socialiste belge qui suit de près le dossier. « On est en train de mettre le pied dans un engrenage qui ne va rien régler de la crise politique et humanitaire. Ce n'est pas parce que l'on est impuissants qu'il nous faut prendre une mauvaise décision », estime l'eurodéputée, qui avait défendu, il y a quelques semaines, l'offensive française au Mali.

Même scepticisme au sein du groupe des Verts : « Ce n'est pas en fournissant davantage d'armes que l'on sortira du conflit », juge Franzisca Brantner, une élue verte allemande. « On devrait plutôt canaliser l'énergie européenne dans deux directions : apporter une aide humanitaire dans les territoires qu'elle n'atteint pas aujourd'hui et aider l'opposition à bâtir des structures, dans les régions qu'elle parvient à libérer. »

Le dossier syrien divise d'autant plus qu'il met à l'épreuve les relations entre l'Union et la Russie. Moscou, accusé de fournir des armes aux troupes de Bachar al-Assad, est un poids lourd économique, qui multiplie les investissements en Europe centrale et orientale ces derniers mois. « Nous sommes tellement lâches vis-à-vis de la Russie, nous ne sommes pas prêts à mettre de côté nos intérêts économiques, pour avancer dans le dossier syrien », regrette Franzisca Brantner.

Le sujet de la relation avec Moscou était à l'ordre du jour du conseil, ce vendredi matin, et là encore, les Européens semblent s'être montrés très divisés. « Des discussions franches et ouvertes », a résumé José Manuel Barroso, le président de la commission, à l'issue du conseil. La Hongrie, la Finlande ou la Lituanie plaident pour un renforcement des partenariats économiques, malgré le soutien de Moscou à Bachar al-Assad. Les Russes pourraient même obtenir satisfaction, fin mars si l'on en croit le site Euractiv, dans un dossier ultra-sensible, portant sur l'octroi de visas aux Russes visitant l'Union. « Ce n'est vraiment pas le moment de mettre en route cette transaction », commente Franzisca Brantner.

En attendant, l'Union européenne, en étalant ses divisions, confirme l'étendue de ses failles diplomatiques. Martin Schulz, le patron du Parlement européen, a regretté que Paris et Londres aient annoncé, chacun de leur côté, vouloir lever l'embargo, sans chercher, auparavant, à construire un front commun en Europe. Au même moment, l'Union peine à soutenir, sur le terrain, comme elle l'avait pourtant promis en janvier, l'offensive française au Mali. Les 27 avaient en effet décidé de l'envoi d'une mission pour former les soldats maliens. Mais il manque encore des équipes sur place, notamment pour assurer la sécurité des formateurs, faute de pays volontaires.