John Bolton, l’homme qui pousse Trump à faire la guerre

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Le conseiller à la sécurité nationale John Bolton fut un partisan de la guerre en Irak. Il réclame depuis longtemps des frappes contre l’arsenal nucléaire iranien. Le voilà qui cherche désormais à convaincre Trump de l’opportunité d’une guerre avec le régime de Téhéran.

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New York (États-Unis), de notre correspondant.– Sous l’ère Trump, il est tentant de ne plus faire attention. De balayer les faits, comme s’ils étaient sortis d’un mauvais rêve. Voilà pourtant bien ce que le New York Times écrivait, ce lundi 13 mai : « Jeudi dernier, lors d’une réunion des principaux conseillers à la sécurité nationale du président Trump, le secrétaire à la défense par intérim Patrick Shenahan a présenté un plan militaire réactualisé qui envisage d’envoyer jusqu’à 120 000 militaires au Moyen-Orient si l’Iran devait attaquer les forces américaines ou accélérer ses travaux en matière d’armes nucléaires. »

« Cette réactualisation a été ordonnée par les partisans de la ligne dure menés par John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale de M. Trump », poursuit l'article, fondé sur les confirmations d'une « demi-douzaine » d'officiels américains, pour certains « choqués » par le chiffre : « 120 000 soldats, cela approcherait en effet la taille de l’armée américaine qui a envahi l’Irak en 2003 », rappelle le New York Times.

L'article, précis, a fait resurgir la menace, latente depuis la dénonciation américaine de l'accord sur le nucléaire iranien il y a un an, d'un conflit ouvert avec Téhéran. « Pas de guerre, ce serait un désastre absolu », a averti le sénateur Bernie Sanders, au diapason de nombreuses réactions hostiles.

Dans une déclaration typique, mêlant fanfaronnade, cynisme et attaques contre la presse, le président a confirmé tout en démentant. « D’où est sortie cette histoire ? Le New York Times… et le New York Times ce sont des “fake news”. Je pense que ce sont des “fake news”. Est-ce que je ferais cela ? Absolument. Mais il n’y a pas de plan pour ça. J’espère qu’il n’y aura pas de plan pour ça. »

Avant d'ajouter, sommet de « mindfuck » – l'art, très trumpien, d'embobiner et de dérouter : « Mais si nous faisions cela, nous enverrions vachement plus de troupes. »

Il est permis de lever les yeux au ciel et de fulminer. Et même de sourire : la Maison Blanche est bel et bien gouvernée par Ubu Roi. Mais il faut aussi s'inquiéter franchement. Dix-sept ans après le lancement de la désastreuse guerre en Irak, au motif mensonger que le dictateur Saddam Hussein détenait des « armes de destruction massives », une partie de l'administration américaine envisage une guerre avec Téhéran.

Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche le 3 mai 2019. Derrière lui, à droite, John Bolton. © Reuters Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche le 3 mai 2019. Derrière lui, à droite, John Bolton. © Reuters

Donald Trump, ignare en politique étrangère, a fait campagne contre les interventions militaires. Mais autour de lui, certains s'échinent de toute évidence à lui présenter celle-ci comme un fait accompli.

Mercredi matin, le département d'État américain a d'ailleurs ordonné dans un geste dramatique l'évacuation de l'ambassade américaine à Bagdad et du consulat d'Erbil, citant des menaces en provenance de l'Iran voisine. Ces menaces sont très nuancées par les services de renseignement européens ; pourtant, l'administration américaine les met en scène depuis des mois.

Le 5 mai, un communiqué de la Maison Blanche signé Bolton a indiqué le déploiement d'un porte-avions et quatre bombardiers à capacité nucléaire dans la région, invoquant sans plus de précisions « un certain nombre d’indications et d’alertes troublantes ».

Depuis, l'arsenal a été renforcé, avec un quai de transport amphibie et une batterie de missiles Patriot, réponse à des menaces, au prétexte d'« activités navales anormales » de bateaux iraniens.

Cette semaine encore, une source anonyme (et unique) attribuait à l'« Iran » l'« attaque » récente de deux tankers saoudiens, d'un navire norvégien et d'un bateau des Émirats arabes unis dans le détroit d'Ormuz, au large de l'Iran, passage stratégique pour le transit du pétrole dans le Golfe. Cette fuite est parue dans le Wall Street Journal, propriété du milliardaire Rupert Murdoch, un ami personnel du président américain – il détient aussi la chaîne Fox News, dont John Bolton fut pendant des années un chroniqueur rémunéré.

Des républicains influents comme le sénateur Tom Cotton, un dur qui a l'oreille de Donald Trump, réclament ouvertement des « frappes » contre l'Iran. « Deux » suffiraient pour gagner, dit-il. Bien sûr, il « ne défend pas une action militaire contre l'Iran ». Mais « si l'Iran attaquait, il y aura une réponse violente ». Cotton ressort en réalité le vieux manuel des interventions américaines, la plupart du temps justifiées par des « menaces » contre la sécurité nationale américaine…

Comme le souligne le New York Times, le principal promoteur d'un conflit ouvert avec l'Iran, l'homme qui fait dangereusement monter la tension s'appelle John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale du président depuis mars 2018. Depuis des années, Bolton rêve de bombarder l'Iran, sa principale némésis, avec Cuba.

Trump, qui a fait campagne contre les interventions militaires américaines, dit souvent pour plaisanter que Bolton va un jour le pousser à lancer une guerre. Après deux jours de fièvre cette semaine, le président finalement fait savoir aux chefs du Pentagone qu'il n'a pas envie d'un conflit. Mais à force de provocations, sa petite blague pourrait devenir réalité.

Au cours des derniers mois, le président a fini de purger la Maison Blanche des voix les moins extrêmes en matière de politique étrangère. Le nouveau secrétaire à la Défense Patrick Shanahan n'a pas les prévenances du général Mattis, son prédécesseur : ancien de la branche militaire de Boeing, il est le représentant archétypique du puissant complexe militaro-industriel américain, qui avale la moitié du budget américain.

Depuis avril 2018, John R. Bolton, 70 ans, connu pour sa moustache peu habituelle outre-Atlantique, est le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump. Son bureau est situé dans la « West Wing» de la Maison Blanche, au cœur du pouvoir.

Le puissant conseil de sécurité nationale, qu'il anime, est, selon le site de la Maison Blanche, « le principal forum du président » au sein duquel sont « discutés les dossiers de sécurité nationale et de politique étrangère ».

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Publié le 15 mai, l'article a été légèrement réactualisé ce dimanche.