Le pari était osé. Imaginer le réveil des disparus de l'ancien ghetto de Varsovie, et leur confrontation avec les Polonais d'aujourd'hui. Igor Ostachowicz y parvient remarquablement, non sans une bonne dose d'humour. Dans son roman La Nuit des Juifs-vivants, qui vient de sortir en France chez l'Antilope, toute nouvelle maison d'édition tournée vers le monde juif, il raconte les péripéties d'un Varsovien découvrant tout à coup que sa cave est habitée. Le narrateur fait alors la connaissance de Raytchel, de son père, de Szymek… et entreprend de les promener dans la ville, leur faisant faire un saut dans le temps de plus de soixante-dix ans. Les situations que cela provoque, sans tomber dans le gag éculé du décalage temporel, sont cocasses et inattendues. Tout en ouvrant sur une critique féroce de la société de consommation actuelle et de sa superficialité, elles font apparaître l'incommensurable absence qui caractérise aujourd'hui Varsovie.