A Washington, une manifestation pro-Trump noyautée par l’extrême droite

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Des milliers d’Américains ont marché, samedi 14 novembre, à Washington, en soutien au président Donald Trump. Parmi eux, plusieurs groupuscules d’extrême droite. Tous contestent la victoire de Joe Biden et des démocrates qui ont, accusent-ils, « volé » la présidentielle du 3 novembre.

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Washington (États-Unis).– Sous un arbre, un peu à l’écart à quelques pas de la Maison Blanche, une poignée de jeunes hommes distribuent discrètement, samedi 14 novembre, des prospectus. Ils refusent de parler. « Tu ne peux pas rester là », lancent-ils, agacés mais polis. Soudain, ils aperçoivent un grand jeune homme, blanc aux yeux bleus, à qui ils tendent un bout de papier. « La restauration de la souveraineté américaine doit suivre la restauration de la famille américaine », y lit-on. Signé : Patriot Front, un groupe nationaliste blanc, initialement lié à une entité néonazie.

À Washington, lors du grand rassemblement de soutien à Donald Trump qui s’est tenu ce week-end, l’extrême droite était partout. 

Noyés dans la masse de manifestants qui a déferlé devant la Cour suprême pour montrer « sa force », les extrémistes de droite ont marché, nombreux, aux côtés de milliers d’Américains venus exprimer leur rejet vis-à-vis d’une élection présidentielle qu’ils considèrent, sans en apporter la preuve, comme « frauduleuse ».

Des manifestants pro-Trump, le 14 novembre, à Washington. © Patrica Neves/Mediapart Des manifestants pro-Trump, le 14 novembre, à Washington. © Patrica Neves/Mediapart

Remporté par le candidat démocrate Joe Biden avec une marge importante, aussi bien au niveau du vote populaire (plus de cinq millions de voix d’avance) que du collège électoral (306 grands électeurs contre seulement 232 pour Donald Trump), le scrutin présidentiel du 3 novembre dernier est aujourd’hui encore contesté outre-Atlantique. Dans la rue par les manifestants mais aussi par Donald Trump lui-même qui refuse pour le moment de reconnaître sa défaite.

« Il y a des preuves énormes de fraudes massives », a-t-il encore tweeté ces dernières heures après avoir successivement perdu ces derniers jours plusieurs batailles essentielles devant les tribunaux. La campagne Trump tente d’y invalider l’élection, sans succès pour le moment. Au point qu’en Arizona, un état clef du Sud qui a basculé démocrate cette année, ce sont les avocats du président qui ont eux-mêmes abandonné les poursuites liées à l’emblématique « Sharpiegate ». 

Des bulletins de vote en faveur de Donald Trump auraient été annulés dans le comté le plus peuplé, celui de Maricopa, après que les électeurs républicains eurent utilisé des stylos Sharpie, des feutres, pour remplir leurs bulletins. L’encre n’aurait pas été reconnue par les machines. Il n’y a pas assez de votes en jeu pour que la procédure puisse avoir un impact sur les résultats de l’élection, ont finalement reconnu les avocats du président lorsqu’ils se sont retirés.

À Washington, cependant, ce samedi, hors de question pour les manifestants que Donald Trump accepte sa défaite. De tous les âges, de tous milieux, ils ont crié pacifiquement, malgré quelques incidents, « Stop the steal ». Stop au « vol » de l’élection. Chrétiens, militaires, bikers, pro-armes, familles pro-life, Latinos, Noirs, Asiatiques… : tous, au-delà de leurs différences, appellent désormais à un nouveau décompte des voix, voire à la « destruction » du parti républicain si celui-ci venait à laisser tomber le président.

Le logo « AF », pour « America First », sur les drapeaux et les polos, samedi 14 novembre, à Washington. © Patrica Neves/Mediapart Le logo « AF », pour « America First », sur les drapeaux et les polos, samedi 14 novembre, à Washington. © Patrica Neves/Mediapart
C’est ce que demandent notamment des dizaines de manifestants arborant des drapeaux « AF », « America first » (l’Amérique d’abord), mouvement affilié à Nicholas Fuentes, un podcasteur d’extrême droite qui nie appartenir à la mouvance suprémaciste blanche. « Nous sommes en train de montrer la force que nous avons », a confié Jack, ce samedi, un militant du groupe galvanisé par la foule, fan de la théorie du grand remplacement et très critique du parti républicain. Il n’hésitera pas à suivre Donald Trump en cas de formation d’un nouveau parti à droite.

Dans le groupe, composé de plusieurs dizaines de jeunes hommes, une silhouette se balade avec un gilet sur lequel a été imprimé le drapeau confédéré, symbole de l’opposition du Sud à l’abolition de l’esclavage. Plus loin, c’est un aigle aux ailes déployées, à l’instar de l’imagerie nazie, qui trône au milieu des casquettes pro-Trump. « Certains peuvent avoir de mauvaises intentions, devenir violents, mais ce n’est pas la tendance d’AF », assure Jack. 

Le FBI considère la menace représentée dorénavant par l’extrême droite et les suprémacistes blancs comme une « priorité nationale » au même titre que les risques posés par des organisations terroristes telles que l’État islamique. Parmi les manifestants de ce samedi, la plupart n’appartiennent toutefois à aucun groupe extrémiste. Beaucoup en revanche semblent baigner dans les théories complotistes comme celles que déploie QAnon, ce mouvement qui défend l’existence d’un « État profond » marqué aux États-Unis par une élite présumée pédophile et sataniste.

Michael Sisco qui a fait campagne pour Lauren Witzke, une candidate au Sénat qui a défendu les thèses de QAnon, était lui aussi présent à Washington. Il enjoint le président Donald Trump à ne pas « reconnaître » sa défaite et critique les « fake news » des médias qu’il faudrait selon lui enfermer à « Guantanamo ». « Vous ne trouvez pas ça bizarre que Trump soit parti dans certains états avec une avance de six chiffres et qu’il ait ensuite perdu l’élection ? », interroge Sisco. 

Dans les rues autour de la Maison Blanche, des pro-Biden lui ont répondu en quelques mots. « Losers », ont-ils crié aux supporters du président.

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