Sur l'Aquarius: «J’ai dû enfoncer tout mon bras dans l’eau pour rattraper le bébé qui coulait»

Alors que l’Aquarius s’apprête à accoster en Espagne, Mediapart donne la parole à des membres de l’équipage, actuels ou vétérans, qui ont opéré à bord depuis 2016. Une expérience d’une dureté incomparable. Depuis le navire en route vers Valence, Clément enrage : « Je ne sais pas si c’est la pire rotation que j’ai vécue, mais c’est celle qui me met le plus hors de moi. »

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Pour décrire son retour à la maison en novembre 2017 après quatre rotations sur l’Aquarius, soit 2 000 migrants repêchés, Juliette dresse son propre tableau clinique : « J’étais en état de choc post-traumatique. » Pendant deux mois, cette sage-femme n’a pas pu travailler. « J’ai fait des cauchemars, je n’arrivais pas à reconnecter à ma vie, aux gens que j’adorais. Le retour à la réalité est d’une violence inouïe. » Quand elle a décidé d’embarquer, cette trentenaire n’en était pourtant pas à sa première mission avec Médecins sans frontières (MSF). Il y avait eu le Sud-Soudan, le Nord-Kivu (Congo), Kaboul (Afghanistan). « Mais personne ne ressort de l’Aquarius en étant le même. J’ai mis deux mois à en sortir, en fait. »