C’est Rio+20, et la maison brûle grave

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Vingt ans après le sommet de la Terre historique de Rio, la nouvelle réunion de l’ONU sur le développement durable s’ouvre dans le pire contexte imaginable : extraction d’hydrocarbures en hausse, consommation d’énergies en plein boom, pics d’émissions de gaz à effet de serre… en contradiction absolue avec toutes les déclarations de principe et engagements. 2012 est l’année de l'énergie fossile. Et c’est parti pour durer.

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Ce devait être un sommet historique, l’inauguration d’une nouvelle alliance au service d’un double idéal : la lutte contre la pauvreté et la protection de l’environnement. Mais à la veille de l’ouverture de la conférence de Rio+20, mercredi 20 juin, plus aucune partie n’y croit. Les perspectives d’un accord sont réelles mais pour un texte qui se contente de limiter la casse. « C’est un sommet que personne ne veut, analyse Anabella Rosemberg, responsable du développement durable pour la confédération syndicale internationale (CSI). Il n’a jamais été très aimé, ni par son pays hôte, ni par les pays en voie de développement, ni par les mouvements sociaux qui n’en apprécient pas les thèmes, ni par tous ceux qui disent que le problème, c’est la crise et le chômage et pas le développement durable. On vit toujours dans le cauchemar de Copenhague. » 

Action de Greenpeace pour Rio+20 (DR) Action de Greenpeace pour Rio+20 (DR)

Le cauchemar de Copenhague, c’est l’incapacité de la communauté internationale à établir des règles pour concilier développement et préservation de l’écosystème. Depuis trois ans et l’échec du sommet de l’Onu sur le climat, en 2009, les conférences internationales se succèdent et piétinent. A l’exception notable de la réunion de Nagoya sur la biodiversité, en 2010, dont sont sorties quelques perspectives d’action.

Ces sommets butent sur la même opposition : la défense des intérêts économiques contre la protection de l’environnement. Pourtant, en 1992, quand le sommet de la Terre s’était conclu sur la promotion du développement durable, englobant à part égale l’économie, le social et l’environnement, beaucoup y avaient vu l’amorce d’un nouveau modèle de développement. A sa suite, était né le protocole de Kyoto (1997) limitant les émissions de gaz à effet de serre, la reconnaissance du principe de précaution, du principe pollueur-payeur, les agendas 21… Mais vingt ans après, en réalité, la contradiction entre l’économie et l’écologie n’est toujours pas levée. Les arbitrages des Etats continuent de pencher en faveur de l’activité économique et de la création de richesse monétaire.

Economie, social et environnemental : le triangle du développement durable Economie, social et environnemental : le triangle du développement durable

C’est une première contradiction, et elle détermine en grande partie les positions les plus conservatrices, et donc paralysantes, des négociations (Etats-Unis, Canada et, dans une moindre mesure, l’Europe). A fortiori en pleine crise. Même si Rio+20 n’est pas stricto sensu une conférence sur le climat, elle s’y rattache par ses thèmes du développement durable et de l’économie verte. Surtout, les pays riches se présentent à Rio en traînant le passif des financements promis à Copenhague (100 milliards de dollars par an jusqu'en 2020), et toujours pas mis en place : en clair, personne ne sait où trouver cet argent.

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Mediapart a décidé de ne pas envoyer de journalistes de sa rédaction à Rio, considérant que le faible enjeu de la négociation stricto sensu ne justifiait pas une telle dépense en temps, argent et émissions de CO2. Je couvre donc la conférence depuis Paris. Mais nous disposons de l'appui de l'un de nos pigistes réguliers, Claude-Marie Vadrot, qui s'est rendu sur place par ses propres moyens, ainsi que de nos blogueurs.